CHAPITRE IH
verabre 1830, il se fit espion de la police autrichienne, et mérita de bonnes récompenses par ses dénonciations, surtout à la suite de l’expédition de Joseph Zaliwski en 1833. Fier de la protection de l’Autriche, il se crut tout permis, et comme sa femme l’incommodait, il la tua. Pour un tel homme, l’autorité fut indulgente, et on ne le condamna qu’à trois ans de prison.
A peine relâché, en 1845, il viola une jeune orpheline, âgée de dix ans. Renfermé de nouveau, il fut retâché au commencement de février 1846; on le destinait à un rôle actif dans les massacres. Il répondit dignement à la confiance de ses patrons.
Plein d’audace et d’activité, Szela eut bientôt réuni autour de lui une bande nombreuse de soldats libérés, et, le 19 février, il donna l’exemple des massacres. Ses anciens seigneurs devinrent ses premières victimes. Le 20, dans la journée, les villages de Siedlisko et de Smarzawa furent attaqués par ses bandes, et il se porta lui-même, avec ses fils et les plus féroces de ses partisans, au château des Bogusz. Le chef de la famille, vieillard âgé de quatrevingt-sept ans et gravement malade, s’était réfugié dans un grenier à l’approche des brigands; il fut découvert, jeté par la fenêtre et achevé à coups de fléau. Son petitfils, âgé de quatorze ans, avait été caché par sa mère effrayée dans la cave d’une maison voisine; il en fut retiré et égorgé par les ordres de Szela. Nicodème Bogusz, fils du vieillard, frappé lui-même de paralysie depuis quatre années, incapable de se mouvoir, fut tué à coups de fléau, en présence de sa femme et de ses quatre enfants. Enfin, dix-sept personnes furent impitoyablement immolées dans le château, et Szela emmena chez lui, comme trophées de ses victoires,
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les veuves des victimes et quatre petits enfants, pendant que les brigands qui l’accompagnaient mettaient la maison au pillage.
Ce premier exploit porta haut la réputation de Szela, et il se vit bientôt à la tête d'une petite armée de 10 à là mille hommes, avec lesquels il promena partout le meurtre et la dévastation; se donnant les airs d’un conquérant en pays ennemi, et traitant de puissance à puissance avec les autorités autrichiennes. Son orgueil s’exaltait dans le crime, et il disait à ses compagnons qu’il ne connaissait que trois puissances : Dieu au ciel, V empereur à Vienne, et Szela sur la terre.
Les paysans s’étaient flattés que les terres des seigneurs leur seraient livrées en partage ; mais les starostes leur firent savoir que tant que les veuves et les enfants des nobles vivraient, les biens immeubles resteraient leur propriété. « Je comprends, répondit Szela ; alors il faut tuer les chiennes « et les petits chiens. »
Voilà l’homme que les autorités autrichiennes, nonseulement acceptèrent comme complice, mais honorèrent comme un libérateur. Le comte Lezanski, envoyé pour pacifier le pays, se montrait avec Szela dans les rues de Tarnow, échangeant avec lui des cigares. Il contraignit môme l’évêque d’inviter Szela à dîner, et de lui envoyer à table un verre de vin pour boire à la santé de l’empereur.
Et afin que la monstrueuse connivence du gouvernement ne fût douteuse pour personne, l’empereur lui-même donna une éclatante marque de satisfaction au forçat libéré. Le 5 août 1847, parut à Vienne le décret impérial suivant ;