CHAPITRE IV
Au moment où il fut arrêté, il dit seulement : « Je me suis trop pressé. » Il paraît en effet qu’il était un tireur des plus habiles, et ses camarades racontaient qu’il ne manquait jamais un chevreuil à cent cinquante pas. Du reste, il avouait qu’il était venu dans l’intention formelle de tuer le roi.
Il était évident que la politique était complètement étrangère à cet attentat. C’était l'œuvre d’une rancune aveugle chez un homme exalté et sans principes, vengeant sur le roi la juste sévérité de ses chefs immédiats. Cependant l’esprit de parti s’en fit encore une arme contre la liberté ; et le zèle monarchique, exagéré jusqu’à la fureur, appelait la solidarité du crime sur les écrivains et les orateurs de l’opposition.
« Nous entendons dire autour de nous, écrivait le Journal des Débats, que le crime est isolé et qu’il est étranger à
la politique. Isolé, soit la justice nous dira cela; mais
quel que soit son jugement , il ne nous persuadera pas que l’attentat de Lecomte ne soit pas un crime politique. Contre
les rois il n’y a pas de crime privé Le crime lui-même
peut n’être que le fait de l’homme. Les inspirations viennent du dehors. »
Cette thèse, nous le reconnaissons, est assez vraie en général; (mais dans cette occasion, elle n’avait jamais été mieux démentie par les faits. C’était donc une triste manœuvre que d’annoncer à l’Europe que, malgré les apparences, il y avait toujours au fond de la société des pensées de régicide, et qu’une guerre implacable continuait d’exister entre Louis-Philippe et une partie de la population. Au surplus, l’opinion publique fit justice de ces téméraires accusations, et le procès de Lecomte démontra clairement qu’aucune in. 7