‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 80 sur 222 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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l’État afin d’ajouter aux ressources des populations ouvrières ; des chantiers considérables furent établis sur tous les points, pour réparer les ravages des dernières inondations et pour rétablir les communications interrompues.

En même temps, dans les différentes localités où les souffrances populaires étaient les plus vives, les autorités municipales s’efforçaient de les soulager, soit en ouvrant des ateliers de charité sur les routes et sur les chemins vicinaux, soit en allouant des crédits destinés à payer aux boulangers la différence du prix du pain livré au-dessous du cours aux ouvriers nécessiteux et aux indigents, A Paris, le conseil municipal maintenait, en faveur des indigents, le prix du pain de première qualité à 80 centimes les deux kilogrammes. Les différences énorme* que l’on dut payer par suite de cette mesure, forcèrent la ville à contracter un emprunt de 25 millions.

Malheureusement les mesures de charité ne sont que des soulagements momentanés qui n’apportent aucun remède aux véritables causes d’une crise.

A la rareté des céréales se joignait la rareté du numéraire produite par le jeu effréné des spéculations, qui, après avoir excité de folles espérances, accumulaient de nombreuses ruines.

La chambre qui venait d’être dissoute avait voté les six grandes lignes de chemins de fer qui doivent, dans toutes les directions, rayonner autour de la capitale, et la mettre en communication avec tous les points du territoire, savoir :

La direction du nord-ouest par Rouen, le Havre, Caen et Cherbourg;

La direction du nord par Valenciennes, Lille, Dunkerque et Calais;

La direction de l’est par Metz, Nancy et Strasbourg;

La direction du midi par Lyon, Avignon et Marseille ;

La direction du centre et du sud-ouest par Orléans, Bourges, Tours, Bordeaux et Nantes ;

La direction de l’ouest par Chartres, Alençon, Rennes, le Mans et Nantes.

D’autres lignes secondaires avaient été également votées.

Aussitôt se mirent en mouvement gros et petits financiers; des compagnies nombreuses se formèrent, les unes agissant avec des capitaux considérables, les autres avec des capitaux fictifs ; mais les unes et les autres inondant le public de prospectus fabuleux et offrant aux passions avides les promesses les plus exagérées. On répondit à leur appel avec un empressement aveugle; les plus petites bourses s’ouvrirent sans méfiance ; les épargnes de l’ouvrier, du domestique, du petit commerçant furent jetées dans l’abîme sans fond de l’agiotage. La spéculation se développa sur une échelle immense. Non-seulement on trafiquait sur des actions de compagnies non encore constituées ; mais encore on vendait et l’on achetait avec primes des promesses d’actions. Tous les esprits sérieux prévoyaient une catastrophe qui devait porter sur tous les rangs et sur toutes les fortunes. La production, d’ailleurs, et par conséquent le travail et le commerce se trouvaient arrêtés ; car chacune des compagnies exigeant un premier versement, les sommes improductives s’accumulaient dans les caisses; aux transactions sérieuses avaient succédé la fiction et le mensonge : il n’y avait plus d’affaires, il n’y avait que des jeux de bourse.

Au moment même où, par suite de ces coupables manœuvres, le numéraire disparaissait de la circulation, d’im-

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