‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 86 sur 222 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« définitive, avant la discussion des articles, est encore ce qni peut « mieux pallier les entraves que cette triste campagne ne peut man- « quer de faire surgir. »

Le môme jour il écrivait encore :

Mon cher ministre,

« Le duc de Montpensier me rend vos lettres de Bresson, que je « vous remets bien à la hâte. Il concourt très-vivement à tout ce que je « vous ai écrit ce matin. 11 faut effacer, annuler formellement tout ce « que Bresson a dit en sus de ce que j’avais autorisé. Il faut que les « miens sachent qu'il était interdit & Bresson de dire ce qu’il a dit, « et que la simultanéité est inadmissible. Il nous a fait là une rude « campagne ; il est nécessaire qu'elle soiibiffée, et le plus tôt possible. »

Dans une nouvelle lettre du 24 juillet, il insiste de nouveau :

« Il faut donc qu’il n’y ait pas seulement un désaveu verbal de la « part de Bresson, qui serait verba volant, même s'il le faisait complet, « ce qu’il ne ferait probablement jamais, mais que ce désaveu soit remis « par écrit à la reine Christine, de manière à ce qu'on ne puisse jamais « essayer de nier le positif ou d’en contester la notification. »

Mais en ce même jour, le 24 juillet, M. Guizot envoyait au roi communication de la dépêche de Palmerston, datée du 49 juillet. Il ajoutait dans sa lettre : « Ma première impression , en recevant ceci, est que nous devons nous attacher plus que jamais à notre idée actuelle : Cadix et Montpensier. »

Louis-Philippe lui répondit le 25 :

« Mon cher ministre,

« La lecture des pièces que j’ai reçues de vous ce matin, à neuf heures « et demie, et que je vonç renvoie immédiatement, me laisse sous « l'empire des plus pénibles impressions, non pas que je m’attendisse a h mieux de lord Palmerston, mais parce que j’espérais qu’il ne se

« serait pas mis si promptement à découvert. Mon impression actuelle' « est qu'il faut lui rendre coup pour coup, el le prendre tout de suite

« corps à corps Janine a parlé à merveille; mais actuellement

« nous avons à préparer, selon moi, une riposte à cette étonnante et a détestable dépêche, dont je crois que nous pourrons faire fortement « repentir lord Palmerston. »

Cependant le déplaisir de Louis-Philippe ne l’entraîne pas encore à revenir sur sa détermination. Car il ajoute dans la , même lettre :

« Tout ceci doit nous presser encore plus de faire parvenir à la reine » Christine le désaveu de la simultanéité. Plus nous avons de man- » vaise foi à craindre, plus il importe que les cartes que nous avons en » main soientnettes, et qu'on ne puisse pas nous accuser d’avoir deux » langages, et d'être exposés au parti qu’on pourrait en tirer contre » nous. »

Enfin, il écrit dans le post-scriptum :

a Je vous conjure de ne pas accoler, dans vos lettres à Bresson a Cadix et Montpensier ; cette aceolade sent trop la simultanéité, et « elle est trop désagréable à tous les miens, et ne me couvient pas « mieux qu’à eux. »

M. Guizot s’aperçoit qu’il s’est trop avancé. Cependant il cherche avec ménagement à combattre les timidités du roi.

« Je suis tout à fait d'avis, écrit-il dans une lettre du même jour, que « le roi ne doit pas s’engager à la simultanéité des deux mariages, et « que, tout en manifestant l'intention de faire celui de monseigneur le « duc de Montpensier, c’est seulement loisque celui de la reine sera « conclu, qu’on doit traiter définitivement de l'autre ; mais je prie en « même temps le roi de réfléchir combien la situation est en ce moment « délicate, tendue, critique. Il va se faire évidemment un grand elfort « pour le Cohourg. Notre parade contre ce çoup, c’est Cadix et Mont- « pensier. N alfaiblissons pas trop celte parade au moment même où « nous avons besoin de nous e:i servir. »

CHAPITHE V.

H résulte Assez clairement de ces lettres, que M. f.uizot se regardait comme entièrement dégagé des conventions arrêtées avec le cabinet anglais, tandis que Louis-Philippe hésitait encore. Il est vrai de dire qu’il n’avait jamais désiré la simultanéité des deux mariages; il ne la désirait pas davantage après la dépêche du 19 juillet; mais les circonstances l’y entraînèrent, et il ne se crut plus tenu aux promesses faites à lord Aberdeen, en présence des agressions de lord Palmerston.

En effet, lorsque Marie-Christine et ses conseillers virent que le ministre entreprenant de l’Angleterre présentait officiellement comme son candidat le prince de Cobourg, ils s’effrayèrent de l’influence que pourrait avoir ce mariage accompli par une pareille main. L’ex-régente n’oubliait pas que c’était aux intrigues britanniques qu’elle avait dû son expulsion et le triomphe d’Espartrro: elle ne se dissimulait pas que Bulwer et Palmerston étaient prêts à seconder les progressistes, et quoiqu’elle eût elle-même provoqué cette combinaison du temps de lord Aberdoen, elle vit combien elle devenait menaçante pour elle sous le patronage de lord Palmerston. Il entrait donc dans ses vues de contraindre Louis-Philippe à se prononcer. La simultanéité des deux mariages lui avait été promise par M. Bresson ; il lui importait de l’obtenir définitivement pour s’assurer la puissante protection de la France. Dès lors, à toutes les ouvertures qui lui furent faites sur le mariage de la reine avec don Francisco, duc de Cadix, elle subordonnait son consentement au mariage simultané de l’infante avec le duc de Montpensier. Un ajournement, selon elle, compromettait le second mariage et le rendait peut-être Impossible; il fallait

prononcer sur l’heure et se prononcer sur les deux unions

à la fois, l’une étant la condition sine quâ non de l’autre. Elle laissait même pressentir qu’à défaut d’une prompte acceptation, elle ne pourrait plus résister à la pression de l’Angleterre et de ses agents, et qu’elle se verrait contrainte d’accepter le prince de Cobourg. Il est probable aussi que M. Bresson, pour réparer sa propre erreur, exagérait les inquiétudes et les exigences de Marie-Christine.

Quoi qu’il en soit, aux Tuileries on jugea qu’il y avait urgence. Un Cobourg sur le trône d’Espagne était un échec irréparable à l’influence française. De lord Palmerston, on pouvait tout attendre; sa venue était déjà un signal de troubles ; ses premiers actes semblaient une renonciation à tous les engagements antérieurs. M. Bresson fut autorisé à reprendre la négociation sur les deux mariages simultanés ; la conclusion était prévue d’avance.

Jusque-là le gouvernement français, dans cette question, n’avait manqué ni de franchise ni de dignité. Il ne sut pas conserver ce rôle jusqu’à la fin, et se jeta dans les voies détournées de la ruse et de l’intrigue. M. Bresson, cachant à Bulwer sa double négociation, lui laissait seulement entrevoir qu’il appuyait don François d’ Assise de préférence à don Enrique, duc de Séville, lequel, à défaut du Cobourg, les Anglais mettaient en avant. L’ambassadeur d’Angleterre à Paris, lord Normanby, fit même connaître officiellement à M. Guizot que son gouvernement faisait des démarches pour obtenir la main de la reine en faveur de don Enrique. Il n’y avait pas d’objection à faire; ce prince était dans les conditions désignées par le gouvernement français. Aussi M. Guizot répondit que si la reine d’Espagne était amenée à faire choix de don Enrique, ce choix satisferait parfaitement la cour de France. Mais il savait bien qu’il

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