CHAPITRE V
n’avait pas à craindre cette alternative. En effet, la conférence entre M. Guizot et lord Normanby avait lieu le 23 août, et dans la nuit du 26 au 27, la reine Isabelle faisait savoir à ses ministres que son choix s’était fixé sur le duc de Cadix, et immédiatement après M. Bresson demandait officiellement la main de l’infante pour le duc de Montpensier; elle lui fut aussitôt accordée.
Les journaux anglais prétendirent que cette nuit du 26 au 27 fut passée dans de scandaleuses orgies entre les deux reines, l’ambassadeur français et quelques affidés ; que le consentement au double mariage fut arraché à l'ivresse; enfin que cette soudaine détermination devait être attribuée moins à une combinaison politique qu'aux hallucinations de la débauche. Il se peut, sans doute, qu’un joyeux souper ait été la préface ou la conclusion de ce double contrat ; ce détail importe peu au jugement de l’histoire. Mais l’impartialité nous oblige de rappeler qùe le double projet était depuis longtemps discuté, que Marie Christine y mettait encore plus d’empressement que Louis-Philippe, et que par conséquent elle n’avait pas besoin d’y être excitée par les fumées du vin.
Quoi qu’il en soit, les exagérations passionnées des journaux anglais démontraient combien l’opinion publique était excitée au delà du détroit, non-seulement parmi les hommes politiques, mais aussi dans toutes les classes de la population. Il est vrai de dire que le gouvernement français ne sut ni faire preuve de dignité et de franchise, ni se retrancher fièrement dans son droit, ainsi qu’il convenait aux représentant d’une grande nation. Des équivoques, des subterfuges, le mensonge même servent à tromper les ressentiments britanniques. M. Guizot, embarrassé de son triomphe, ne
sait comment l’annoncer à l’ambassadeur anglais. Enfiii, le \n septembre, l’ayant invité à une conférence, il lui apprend que le mariage de la reine avec le duc de Cadix est arrangé. Il ajoute qu’il n’a pas de détails, la nouvelle étant arrivée par la voie télégraphique; il lui échappe cependant de dire que la reine sanctionnerait en même temps le mariage de sa sœur avec le duc de Montpcnsier. **«> « En même temps? s’écrie Normanby. — Pas en même temps, répond M. Guizot; il n’aura pas lieu en même temps. » Malgré cette promesse, lord Normanby témoigna tout le déplaisir qu’il ressentait, et ne dissimula pas qu’un pareil événement était de nature à troubler le bon accord qui régnait entre les deux pays. Il rappela à M. Guizot la promesse faite à lord Aberdeen de ne pas conclure le second mariage avant que la reine fût devenue mère. M. Guizot en convint, mais affirma en même temps avoir dit à lord Aberdeen que, s’il voyait quelque danger d’un mariage Cobourg, il se regarderait eommc affranchi de cet engagement. Ce danger, suivant lui* était arrivé. En conséquence, il avait changé de marche en voyant pour la première fois un prince de Cobourg placé sur la liste des candidats.
Deux jours après, lord Normanby revint auprès de M. Guizot pour lui donner communication dé la lettre qu'il écrivait à lord PalmerslOn, et dans laquelle sé trouvait reproduite la conversation du 1er septembre, et entre autres ces mots : « Les deux mariages ne se feront pas en même temps. » M. Giiizot s’empressa d’en reconnaître l’exactitude. Mais il ne tarda pas à se rétracter. Le 23 septembre, dans une nouvelle conférence, il nia d'abord qu’il se fût servi de ces expressions; puis, comme l’ambassadeur anglais lui rappelait textuellement ses paroles, il convint qu il pouvait