CHAPITRE V
imaginée soit au momeut du traité d'L’trccht, soit depuis. Et les exemples ne manquaient pas pour fournir des arguments aux diplomates français. Le plus éclatant de tous était le mariage du fils de Louis XV avec l’infante fille de Philippe V; et cependant aucune réclamation ne s’était élevée ni contre cette alliance ni coutre d’antres analogues. L’union des deux couronnes sur une même tête, voilà tout ce que le traité d’Utrecht voulait et pouvait empêcher. Aussi les dissertations de lord Palmerston ne prouvaientelles rien autre chose que la mauvaise humeur d’un homme battu dans une guerre d’intrigues. En fait, le gouvernement français avait jusqu’à la venue de lord Palmerston agi avec une certaine franchise; en droit, il était inattaquable; et il eût été à l’abri de tout reproche, si M. Guizot s’était abstenu de sa misérable équivoque sur la simultanéité. Mensonge d’autant plus malheureux qu’il était insignifiant , n’ôtant ni n’ajoutant rien à la gravité de l’événement, et sans aucune importance dans la question de droit.
En somme, le fait en lui -même était maladroitement grossi par les colères des rivaux et par les déclamations triomphales des amis. Si lord Palmerston signalait le mariage du duc de Montpensier comme un acheminement à la monarchie universelle, le Journal des Débats, dans des élans de flatterie, avouait la même pensée. On revenait, suivant lui, à la grande politique de Louis XIV ; il répétait la phrase consacrée : « Il n’y a plus de Pyrénées. » Et cette ambition orléaniste que lord Palmerston faisait si hautement ressortir, semblait s’exalter elle-même avec orgueil dans les colonnes des journaux officiels. Mais, de part et d’autre, il y avait exagération. Le mariage du duc de Montpensier n’était ni une
conquête pour la France, ainsi que l'annonçait le ministère par ses organes dévoués, ni un événement européen, ainsi que le proclamaient les Anglais. C'était pour Louis-Philippe uue bonne affaire de famille, et rien de plus.
S’il s’ensuivit des résultats importants, ce fut par la faute de lord Palmerston. Il sépara encore une fois l’Angleterre de la France, et permit aux trois cours du Nord d’accomplir en silence la dernière spoliation de la Pologne, qu’elles n’auraient jamais osé tenter, si les deux pays constitutionnels étaient restés d’accord.