ARTHUR HADEN
Royal Academy, où ses demandes d'insérer dans le catalogue une nomenclature sans précédent rencontraient la plus vive résistance et elle avait été aussi une des raisons de l'éloignement grandissant que le public lui témoignait. Or, maintenant que dans une exposition particulière où il était maître, il pouvait se donner libre cours, il venait généraliser ce qu'on eût pu tenir jusqu'alors pour un fait d'exception. Presque toutes ses œuvres peintes portaient, comme titre ou sous-titre, une désignation appelée à marquer la combinaison de coloris recherchée, et ces désignations étaient prises à la langue musicale, dont il venait étendre systématiquement l'emploi au domaine de la peinture. On trouvait dans le catalogue des œuvres dénommées : « Harmonie en gris et couleur pêche. Symphonie en bleu et rose. Variations en bleu et vert. »
Iv'idée de combinaisons de couleur, la recherche des tons, l'importance attachée au coloris, sont des notions qui se sont maintenant suffisamment répandues pour se faire accepter partout, mais qui étaient absolument absentes de l'esprit en Angleterre, au moment où Whistler s'y produisait. Les peintres avaient alors de tout autres visées que des recherches de palette. Et aussi Whistler, venant surtout donner, comme fondement à son art, des combinaisons de pure peinture et d'une beauté de matière, était tellement hors des voies battues, qu'il demeurait par làmême incompris et suscitait une désapprobation générale.
Quand, par surcroît, on le vit adopter systématiquement une langue qui n'avait encore appartenu qu'à la musique, l'hostilité prit tout à fait le caractère d'un soulèvement, lyes mieux disposés donnèrent pour cause à sa conduite l'excentricté naturelle qu'on lui attribuait, mais
les autres l'accusèrent ouvertement de charlatanisme et d'imposture. Il n'y a sortes d'attaques, d'insultes, de mépris que, pendant des années, cette nomenclature empruntée à la musique ne lui ait attirées de la critique et du public.