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fut venue occuper un local spécialement construit pour elle dans Piccadilly, la Burlington house, la Society of Brihish artists demeura loin du courant artistique et les visiteurs qu’elle avait attirés jusqu'alors, commencèrent à lui manquer. L'ouverture de la Grosvenor Gallery plus au loin encore, dans Bond street, était venue lui porter un nouveau coup. Les expositions de la Society of British artists avaient été comme une annexe de celles de la Royal Academy, où lon pouvait voir les artistes repoussés du sanctuaire officiel. Mais ce rôle d'exposition annexe avait maintenant été pris par la plus jeune et mieux située Grosvenor Gallery. La Society of British artists restait donc délaissée et sentait la vie lui manquer.
Elle se mit alors à rechercher des éléments nouveaux d’attrait et elle jugea que le meilleur serait de recruter quelque artiste au nom retentissant. Whistler remplissait au mieux les conditions, aussi la Grosvenor Gallery à son ouverture l’avaitelle pris, avec la pensée qu'il laiderait à exciter la curiosité publique et la Society of British artists songeait à son tour à lui, pour en obtenir le même avantage. Il recevait conséquemment l'invitation de la société d'exposer dans ses galeries, on prendrait les œuvres qu'il voudrait, mises à la première place. Il avait continué depuis son retour de Venise d'exposer à la Grosvenor Gallery. En 1881 il y avait envoyé le portrait de Miss Alexander, et en 1884 celui de Lady Archibuld Campbell, mais les propositions de la Socrely of British artists lui parurent tellement avantageuses qu'il crut devoir les accepter. Délaissant
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Bond Street et la Grosvenor Gallerv, il allait donc maintenant montrer ses œuvres dans Suffolk street. La Society of British artists avait annuellement deux expositions, une d’hiver et une d'été. Whistler débutait chez elle à l'exposition d’hiver de 1884, avec le portrait de Me Louis Huth, peint en 1877. À l'exposition d'été de 1885, il mettait une série d’aquarelles et dominant le tout, le portrait en pied du violoniste Sarasate, récemment peint.
C'était la seconde fois qu'il peignait un homme en habit noir et, comme sa coutume lorsqu'il avait exécuté un certain motif, était de ne point le répéter ou s’il le faisait, de lui trouver une combinaison de coloris ou des accessoires différents, Son premier portrait d’un modèle en habit noir ayant été peint sur fond clair, son second devait être sur fond sombre. Le portrait de Sarasate avec son arrangement tout en noir et son enveloppe trés sensible, ressemble à un nocturne. Or comme les nocturnes restaient toujours particuliérement honnis, il n’est pas étonnant qu'il ne fût trés discuté, admiré par une élite et les jeunes artistes, incompris et dénigré par la foule. Whistler y avait d’ailleurs heureusement réalisé ce qu'il avait recherché. Sarasate, debout, le violon à la main, donne bien l’idée du virtuose inspiré! Le portrait se trouve maintenant au Musée de Pittsburgh.
La Society of British artists s'était vue ranimée par Whistler. Elle avait, grâce à sa présence, obtenu dans la presse et le public, une attention à laquelle elle n’était plus habituée. Elle
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pensa maintenant à faire un pas de plus, à le placer à sa tête, afin de retirer tout le fruit possible de sa célébrité. En juin 1886, il fut donc élu président. Il chercha alors, en continuant à exposer de nombreuses œuvres de divers genres et en introduisant certaines réformes, à rénover le vieil organisme. Dans l'hiver de 1885, il avait montré, entre autres choses, le portrait de M" Cassatt, arrangement en noir n° 8. En 1886 il montrait un portrait de Lady Colin Campbell, harmonie en blanc d'ivoire : en 1887 le portrait de M" Walter Sickert, arrangement en violet el rose. Il recrutait en même temps de nouveaux membres, choisis parmi les artistes connus de l'Angleterre et de l’étranser. Îl obtenait une charte qui permettait à la société de se qualifier de « Royale ». En 1887, l'exposition annuelle arrangée par lui présentait un aspect inattendu. À l'accumulation habituelle d'œuvres sans mérite, succédait un choix restreint, où dominaient surtout les productions des nouveaux venus de talent. Les salles, autrefois sombres, avaient été décorées d'après une combinaison de couleurs claires et gaies.
Mais ces innovations heurtaient tellement les intérêts des membres négligés, elles déplaisaient si fort aux anciens, attachés aux errements traditionnels, qu’elles soulevérent une violente opposition. À une nouvelle élection en juin 1888, Whistler et ses partisans se virent en minorité et un artiste routinier M. Bayliss, fut élu président. Dés lors une réaction complète se produisit contre les réformes introduites. Whistler et les artistes amenés par lui se retirérent, aprés quoi la vieille
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En l’année 1888, où nous sommes maintenant parvenus, Whistler comme peintre demeurait généralement incompris. L'état de l'opinion publique, à première vue, ne paraissait guère changé à son égard. Cependant au fond il gagnait du terrain. Les artistes de la nouvelle génération goûtaient son originalité. On pouvait reconnaître chez nombre d’entre eux des reflets de sa manière ou même des emprunts directs faits à ses procédés et à son esthétique. Le public lui-même, si son jugement demeurait toujours défavorable, se calmait depuis qu'il ne voyait plus de nouvelles œuvres, du genre de celles qui l'avaient d’abord exaspéré. Whistler en effet quelque fût son esprit de combativité, avait fléchi sur le point des nocturnes, il n’en produisait plus. Il s’opérait donc en sa faveur un travail souterrain de l'opinion. On peut ainsi donner les années 1883- 1884 comme celles où arrive à son point extrême l’animadversion en Angleterre et où, après cela, un mouvement en sens contraire se prépare. Un dernier incident, qui aura marqué l'hostilité existante, se produisait à la vente de la collection Graham, chez Christie, en avril 1886. La collection comprenait un nocturne et des plus clairs, en bleu et argent; lorsqu’on le présenta pour être vendu, il fut sifflé par l'assistance. Il devint évident que le combat tirait à sa fin et que Whistler sentait que la période la plus agitée de sa vie arrivait à son terme, lorsqu’en 1890 on le vit publier le recueil de ses écrits,
pamphlets et épigrammes. Il y avait longtemps que ses amis lui conseillaient de les réunir. Il se décida enfin à cette publication, pour échapper au danger de la voir faire par un autre. Ce ne fut même qu'avec peine qu’il obtint la suppression d’un volume compilé et imprimé sans son consentement. Il avait chargé un Américain, M. Sheridan Ford, de rechercher les communications de toutes sortes envoyées pendant des années à la presse. Lorsque celui-ci eut accompli sa besogne, Whistler et lui ne purent s'entendre sur la rétribution qu’elle méritait et sur l’usage à faire des documents réunis. M. Ford en possession des textes, se résolut alors à les publier lui-même. Il parvint à produire un volume aux États-Unis, dont quelques exemplaires qui subsistent, purent être distribués avant la saisie de l’ensemble provoquée par Whistler'. M. Ford essaya ensuite vainement de lancer son volume d’une façon subreptice en Belgique et à Paris, encore arrêté et saisi, mais Whistler comprit que le seul moyen d'empêcher définitivement la publication par un tiers était de la faire lui-même sans plus tarder. Le volume autorisé de ses écrits parut à Londres, chez William Heinemann, en 1890 sous le titre de The centle art of making ennemies. (Le joli art de se faire des ennemis.) On y trouve réunis, un compte rendu de son procès avec Ruskin, le pamphlet qui suivit sur l'Art et les critiques d'art, son catalogue de la seconde exposition des vues de Venise, avec les
1 The gentle art of making ennemies. Published by Sheridan Ford, New-York, Frederick Stokes and Brother, 1890.
jugements hostiles de la critique, le Ten o’clock, ses propositions sur l'esthétique, et enfin la suite de ses controverses, démêlés, attaques et ripostes, à laquelle ont donné lieu les incidents de ses années de combat. Le livre présente ainsi une image complète de l’homme et le laisse voir en effet tel qu’il a été, joignant la sûreté de vue et la rectitude du jugement à la plus étonnante veine d'humour et de persiflage.
Whistler, après avoir au début signé ses œuvres de son nom, avait adopté comme marque un papillon. Il devait étendre l’usage de cette sorte de monogramme à ses lettres et écrits et en faire un emploi général. Le papillon a changé d'aspect avec les années, il a fini par être placé dans des poses variées sur une feuille de support. Il avait revêtu dès l’origine une forme qui eût obligé un entomologiste à créer, d’après lui, un genre spécial et il était appelé à se caractériser de plus en plus. Dans le volume où sont réunis ses écrits, Whistler l’a introduit, en manière de signatures, au cours des pages, pour en faire définitivement un étrange animal. Il la comme pénétré, dans chaque cas, de l'esprit propre à l’écrit au bas duquel il figure. Lorsqu'il s’agit de pamphlets, d’épigrammes ou de morceaux d'attaque, le gentil papillon des champs s’est ainsi transformé en bête de combat, se convulsant dans des poses agressives et laissant voir une longue queue terminée par un dard menaçant.