‹ Histoire de J. McN. Whistler et de son œuvreChapitre 33 sur 46 · CRETE · texte numérisé non relu

CRETE

iéelle personnalité de Joe Siev, e 'est que dans un er | donnant les portraits dessités des anciens camarades décrits par la plume, on en détibweait un-qui reproduisait, sans qu ‘on pût s'y méprendre, les oes de Whistler. -Or Whistler trans- | posé en jue Sibley était drenu « un paresseux apprenti, le roi

de la Bohémie, le roi dés Tevands », un poseur, s’habillant avec, excentricité pour attités lateation dés passants dans la rue, un vaniteux plein de l'idée de lui-même, incapable envers qui que ce soit d'amitié dumaite, un plaisantin cherchant péniblement des mots des «2 s'appropriant ceux des autres, se tenant d'ailleurs cos league + encontraitun failleur plus brutal ou plus fort du poignet sue ln. Ce portrait devenait d'autant plus noir, que les autres ddr sur contraire embellis. Joe Sibléy seul maltraité paraissaët, sels et laid, En outre, parmi. les

anciens camarades, Du Mass owvait moyen d’envanterun

ou deux arrivés, disaitl, ko chmeet de la gloire par leur talent et pour avoir produit de, maxtes de premier mérite et de Joe : Sibley il n'était rien dés. get pét apprendre qu'il se füt vraiment | distingué comme pete #2 draveur,

La façon dont Whagiss tai présenté sous les traits de on Sibley, ne laissait aussi dioste sur les sentiments de l’auteur à son égard. Pour qu'us hs crne avancé dans la vie comme Du : Maurier traçât d'un ais: homme, son contemporain, un tel portrait, il fallait qu'il semwrit contre lui une profonde. malveillance et une vieille same. Cependant apparemment il ne

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s'étaient connus à Paris pendant leurs années d’études, puis ensuite établis tous les deux à Londres, s'ils n'avaient noué de véritable amitié, ils avaient entretenu des relations cordiales. Mais il faut avoir fréquenté les artistes, pour savoir quels sentiments amers cachent souvent entre eux les apparences de la camaraderie. Il y a surtout l'envie que cause à tous, celui qui d'abord a pu être méconnu et qui ensuite s'élève en véritable supériorité de talent et d'invention, par-dessus les autres. La réelle suprématie ! c’est là ce que certains ne peuvent jainais accepter ou pardonner.

Du Maurier et Whistler s'étaient rencontrés tout jeunes sur le pied d'égalité. Puis Du Maurier était resté en arrière, pendant que Whistler s'élevait au premier rang dans les arts de la peinture et de l’eau-forte, lui demeurait un dessinateur de second ordre dans l’art inférieur de l'illustration. Ensuite Whistler, au cours du long combat soutenu contre les artistes à la mode en Angleterre, quoiqu'il n’eût jamais nommé Du Maurier, l'avait en quelque sorte implicitement rangé parmi ceux qu'il traitait de simples producteurs d’ordre inférieur. Enfin Du Maurier dont tout le succès venait de ses dessins du Punch, y avait un rival, Charles Keene. Il était le préféré du public, mais les vrais artistes, et en particulier Whistler, mettaient Keene fort au-dessus de lui. Cette grande place comme artiste que Whistler s'était faite, le mépris qu’il n'avait cessé de montrer pour cet art banal dont Du Maurier était un desreprésentants, la préférence accordée à Keene, avaient fait naître chez Du Mau-

rier des sentiments de rancune, auxquels la publication de ses souvenirs dans Tr1lby, lui permettait de donner cours.

Whistler ressentit vivement l'attaque dont il était l’objet et, dans la presse anglaise, jeta feu et flamme. Du Maurier ne présenta que des explications ambiguës, sans chercher à se disculper au fond, ce qui montrait bien de quels réels sentiments 1l était animé. Mais si Whistler n’obtenait aucune satisfaction de l'écrivain, il en était autrement des éditeurs. Ceux-ci s'étaient mis dans un mauvais cas. Ils avaient, eux Américains, dans un magazine américain, laissé vilipender le plus grand artiste qu’eussent les États-Unis. Whistler avait maintenant recueilli, auprès de ses compatriotes, la reconnaissance de son talent et était devenu un homme à ménager. Les éditeurs Harper and brothers lui accordèrent donc toute la réparation qu'il demanda. Ils lui écrivirent une lettre d’excuses rendue publique. Ils y faisaient connaître que la vente du numéro du magazine incriminé était arrêtée. Ils déclaraient en outre que s'ils eussent pu se douter qu'il fût désigné dans le texte publié, ils l’eussent amendé de manière à en enlever toute la partie le concernant, qu'ils supprimeraient d’ailleurs du volume à paraître. Le roman de Trilby a ainsi été expurgé à sa publication sous forme définitive et Joe Sibley ne s’y trouve plus.

Whistler eut après cela à soutenir un procès que lui intenta Sir William Eden, à l’occasion d’un portrait de Lady Eden qu'il avait peint et qu’à la.suite d’une rupture survenue, il se refusait à livrer.

Sir William Eden était un baronnet anglais de vieille souche. Sa femme, répandue dans la société à Londres, y brillait comme belle personne. Il en était fier et après lavoir fait peindre par divers artistes, il voulut encore posséder son portrait par Whistler. Il s’adressa, pour connaître les conditions auxquelles celui-ci lui ferait une tête ou un buste de sa femme, au représentant de la maison Boussod Valadon à Londres, qui lui dit que le prix demandé pourrait s'élever à quatre ou cinq cents guinées. Le baronnet trouvant cette somme excessive, eut recours au romancier George Moore, qui s’entremit en qualité d’ami commun. Dans ces circonstances, Whistler con-

sentit à un prix de faveur. Les conditions ne furent pas net-

tement établies, et c’est de là que plus tard devaient venir les difficultés, mais comme il s'agissait d’un accord entre personnes se confiant les unes aux autres, il fut seulement dit que Whistler ferait un petit portrait, laissé à son jugement comme arrangement et dimension, pour un prix de cent à cent cinquante guinées.

Lady Eden commença à poser, à Paris, dans l’atelier de Whistler, le 9 janvier 1894. Le portrait était terminé, sauf quelques dernières touches à lui donner, lorsque Sir William Eden, le 14 février, c’est-à-dire le jour de la Saint-Valentin, vint à l'atelier exprimer à Whistler sa satisfaction et, lui tendant une lettre cachetée, lui dit : « Je vous remets votre Valentine. « Vous l’ouvrirez quand je serai parti. » Il faut savoir que la coutume en Angleterre, le jour de la Saint-Valentin, est d’en-

voyer, sous le couvert de lettres, des images, des souvenirs, des cadeaux même de prix. C’est là une gracieuseté, un acte de bienveillance entre amis ou gens qui se connaissent. Lorsque Sir William Eden se fut retiré, Whistler ouvrit la Valentine. Il y trouva un chèque de cent guinées en paiement du portrait de Lady Eden. Il eut un moment de désagréable surprise. Il avait fait sur l'intervention d’un ami, à un prix de faveur, un portrait caressé et poussé à un haut point de réussite; tel qu'il était, 1l eût pu le vendre comme tableau, pour une somme supérieure aux cent ou cent cinquante guinées prévues. Et tout à coup, le destinataire prenait sur lui d'établir le prix définitif, le fixait arbitrairement au minimum dont il avait été question et en accomplissant cet acte certainement mesquin, prétendait cependant agir avec gracieuseté, par la remise de la somme sous forme de Valentine.

Whistler écrivit immédiatement au baronnet une lettre ironique, pour lui accuser réception de sa Valentine. Il lui déclarait qu « il le trouvait réellement magnifique, qu'il l'avait emporté sur toute la ligne ». Celui-ci revint demander à Whistler de s'expliquer, se déclarant choqué du ton de sa lettre. Il offrit d'ajouter les cinquante guinées du prix maximum dont on avait parlé, aux cent déjà remises. Mais Whisler ne voulut accepter ou donner aucune explication. [reçut le visiteur à la porte de son atelier, sans même le laisser entrer, se bornant à répéter : « Vous êtes réellement magnifique », et lorsqu'ils se séparèrent, ils s'étaient froissés de manière à ne plus se revoir.

Whistler, pris à l’improviste par la réception de cent guinées sous forme de Valentine et par le procédé inattendu d’un homme du monde considéré comme un ami, ne sut décider sur l'heure de la conduite à tenir, surtout il ne sut prévoir un procès devant les tribunaux. Par conséquent il ne pensa point à se réserver. [Il remit le chèque reçu à son banquier et de plus envoya le portrait de Lady Eden à l’exposition du Champ-de- Mars de cette année 1894, où il figura sous le titre de Portrait de Lady E... Brun et or. On va voir, quand un procés sera engagé, comment on tirera parti contre lui de ces deux actes.

Loin que Whistler oubliât la remise insolite de la Valentine, son ressentiment ne fit que grandir. Il crut décidément voir que le baronnet, depuis le moment où il avait fait intervenir un ami pour s'assurer un portrait, n'avait eu d'autre idée que de lPobtenir au plus bas prix possible, au-dessous de sa valeur, et que toutes ses protestations de gratitude et d’admiration n'avaient tendu qu’à ce but intéressé. Il se résolut donc à rendre les cent guinées reçues et à garder le portrait, en effaçant la tête de Lady Eden, mais en conservant le corps et l’arransement des couleurs, pour les utiliser avec un autre original. Telle fut la décision que son représentant communiqua à Sir William Eden, sur ses demandes réitérées de recevoir livraison du portrait. Celui-ci, repoussé, intenta un procès pour obtenir l’objet disputé. Il fut plaidé le 27 février 1895 à la 6° chambre du tribunal civil, sous la présidence de M. Toutée.

Les avocats des parties firent un long exposé des circons-

tances de la cause, ils se contredisaient naturellement sur l’ensemble et les détails. Dans ces conditions, les juges ne paraissent pas s'être inquiétés de tirer réellement au clair les mobiles d'action sous lesquels les adversaires avaient agi. Ils ne virent dans l'affaire qu’un contract intervenu entre le producteur d’un certain objet, un tableau, et un acheteur. Et se basant sur ce que Whistler avait reçu et remis à son banquier le chèque de cent guinées — ce qui à leurs yeux constituait acceptation définitive du prix — ils déclaraient que le portrait, à partir de ce moment, avait cessé d’appartenir au peintre vendeur pour devenir la chose du baronnet acheteur, que le peintre n'avait donc plus aucun droit d'y toucher, de le remanier ou d’en effacer les traits de Lady Eden, surtout aprés l'avoir lui-même tacitement reconnu comme achevé, en l'envoyant à l'exposition du Champ-de-Mars. Le tribunal condamnait donc Whistler, d’abord à rembourser à Sir William Eden les cent guinées reçues, puis à lui livrer le portrait dans

l’état où il se trouvait, la tête effacée, et enfin, par surcroit,

à lui payer mille francs de dommages et intérêts, pour les dépenses faites par sa femme, en venant inutilement séjourner Fans.

Whistler fit appel de ce jugement. Devant la Cour, son avocat, Me Beurdeley, précisa le débat. Il acceptait cette partie du jugement qui obligeait à rembourser les cent guinées, puisque son client avait pris lui-même l'initiative de les mettre à la disposition du baronnet; il reconnaissait même qu'une

indemnité pouvait être due à Lady Eden, qu’on aurait inutilement fait venir poser à Paris, mais ensuite il s’attachait à établir le droit de son client comme artiste, de décider s’il livrerait ou non le portrait et par conséquent le bien fondé de sa conduite

Chelsea sous la glace.

en ayant refusé, dans les circonstances survenues, de le livrer. M° Beurdeley montrait qu'une œuvre d'art, telle qu’un portrait par un grand artiste, ne pouvait être assimilée à un produit de pur métier. Par la nature des choses, la qualité de beauté, le mérite de structure, la perfection de forme qui doivent s'ajouter dans un objet à la partie d'exécution purement maté-

rielle, pour constituer l’œuvre d'art, sont de nature exceptionnelle et de réussite incertaine. Par conséquent l'artiste doit pouvoir rester juge, jusqu’au dernier moment, de la question de savoir s’il les a obtenus et si l’objet produit lui convient assez, pour lui permettre de le livrer. Une œuvre à exécuter par un artiste ne saurait donc donner lieu à un contract de vente ferme. Il ne peut y avoir entre artiste et amateur qu'un engagement d’un autre ordre, qu'une promesse de faire qui, au cas où l'artiste manquerait de la réaliser, doit se résoudre de sa part en dommages et intérêts. M° Beurdeley demandait donc que cette partie du jugement qui condamnait Whistler à livrer le portrait fût cassée.

La Cour, présidée par le premier président Périvier, ordonna, comme le tribunal l'avait fait et comme Whistler y avait toujours consenti, que les cent guinées seraient rendues à Sir William Eden, qu’en outre il toucherait mille francs de dommages et intérêts, pour l'inutile dépense et perte de temps de Lady Eden. Puis, se rendant aux raisons que M° Beurdeley avait fait valoir et adoptant ses conclusions, elle cassait le jugement du tribunal sur le point de la livraison du portrait. Elle décidait que Whistler en resterait possesseur, sauf à en changer la nature et à en effacer les traits de Lady Eden.

L'arrêt de la Cour réformant le jugement des premiers juges, donna satisfaction à Whistler. Il conservait le tableau qu'il s'était refusé à livrer et il avait fait décider qu'entre un artiste et un amateur, pour une œuvre à exécuter, il ne saurait y avoir con-

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