AVANT-PROPOS
Lorsqu'un homme s'est acquis dans le monde quelque éclatante célébrité I un préjugé fort répandu exige que tout genou yienne fléchir devant elle^ La critique se tourne en dénigrement ; les révélations de l'histoire prennent le nom d'attaques jalouses et passionnées ; la moindre blessure est qualifiée d'attentât aux gloires nationales t Chrétiens et prêtres y nous nous révoltons contre ces errements de Tesprit public ^ quand il s'agit des ennemis de notre Eglise^ et/ par une inconséquence bizarre^ nous les adoptons avec obstination , aussitôt que l'on touche aux hommes dont nous suivons la bannière. Tel est Técueil auquel il faut se heurter, en prenant la route de l'histoire impartiale. Pour nous, la scène va changer. Le barde sublime qui chantait avec tant d'harmonie et de majesté les gloires de la sainte Eglise , échange sa harpe d'or contre le fer obscur du partisan , et embusqué derrière on ne sait quelle masure , le voici qui attente violemment aux plus légitimes prérogatives du vicaire de Jésus-Christ. Spectacle lamentable et qu'on ne peut contempler sans une amère douleur! Effrayante tâchç pour l'historien, qui doit peindre des contrastes aussi choquants, serré entre sa conscience et les préjugés nationailx toujours si redoutables. Mais enfin la vérité nous appelle et nous n'entendons point la sacrifier à un intérêt quelconque.
Lorsque nous rédigions le travail qui va suivre , il y avait encore quelque courage et (quelque mérite à dire la vérité. Aujourd'hui ce mérite a {presque entièrement disparu. Les documents qui guidaient notre marche n'avaient alors reçu qu'une publicité fort restreinte, tandis qu'ils apparaissent au-! jourd'hui en plein soleil.
s AVANT-PROPOS.
Un respeetaUe magistrat^ M. Charles Gérin, par une heureuse inspiration y fouillait, il y a quelques années^ les manuscrits de la Bibliothèque nationale et les archivés de quelques- ' uns des ministères. Le fruit de ses patientes et intelligentes recherches fut la découverte de pièces ignorées jusqu'à nos jours, et projetant la plus éclatante lumière sur les manœuvres qui préparèrent la fameuse assemblée de 1682, et déterminèrent les actes de ce conciliabule politico-théologique. Il est vraisemblable que le dossier se serait de beaucoup accru, si, par un amour extrême de la liberté et de la vérité , on n'avait pas fermé à M. Gérin les cartons du ministère des affaires étrangères , comme on vient de fermer ceux du ministère d'Etat à M. d'Haussonville. Peut-être d'autres jours viendront-ils à luire, et sera-t-il possible d'achever la moisson commencée par M. Gérin.
Le butin précieux, amassé par ses soins, fut analysé et reproduit dans la Revue des Sciences ecclésiastiques, de M. Bouix ; c'est là que nous avons puisé les matérjiaux qui forment le tissu de notre narration. M. Gérin a eu la bonne pensée d'encadrer toutes ses pièces dans un travail spécial , et d'en former un volume in-8^ qu'il vient de publier *. Nous devrons nécessairement renvoyer plus d'une fois le lecteur à cet important recueil. D'un autre côté, comme nous faisons figurer l'analyse de M. Bouix en pièces justificatives, nous laisserons les indications qui figuraient dans notre travail. Seulement il restera bien entendu que le mérite en revient à l'auteur principal , M. Gérin.
Dans le chapitre n, qui a pour titre : Biens ecclésiastiques sous Louis XIY, l'honorable auteur met à jour de tristes plaies qui expliquent l'àpreté du gouvernement à étendre et soutenir la Régale. Colbert et ses complaisants légistes ont
i Paris^ J. Lecoffre^ 1 vol. de 600 pages.
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prouvé juridiquement au monarque quUl est maître absolu des biens de ses sujets , à plus forte raison le maître des biens domaniaux et ecclésiastiques. Ce droit de propriétaire universel étiit trop obligeant , pour que le roi s'en défendit. Du droit à l'acte, il n'y avait qu'une simple conséquence à tirer. Sa Majesté prit donc possessiçn d'abord des abbayes, qu'elle distribua largement aux parents plus ou moins proches de ses favorites, à ses enfants illégitimes, à tous les courtisans dont il fallait refaire la fortune et récompenser le zèle. De plus les évèchés se trouvèrent successivement grevés de pensions que le titulaire devait payer à un valet de chambre , à un officier de l'armée, à un homme de lettre..., etc. etc. M. de Colbert encourageait par ce simple moyen les auteurs complaisants qui célébraient la gloire du nouveau Mécène, et faisaient fumer leur encens le plus pur devant Jupiter et les nymphes de sa cour.
Si aux détails fournis par M. Gérin , on ajoute les récits de M. de Montalembert, contenus dans V Introduction à son histoire des Moines d' Occident ^ on se fera une idée des vraies causes qui amenèrent la décadence des monastères, leur ruine finale et l'abaissement du clergé, à qui toute voie de recours se trouvait fermée.
DB
ET DE SES ŒUVRiES
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