CHAPITRE PREMIER
Origines du gallicanisme. — Question de la monarchie irresponsable traitée aux Etats généraux de 1614 et repoussée. — Premiers débats en Sorbonne sur ce sujet.
Ce serait faire à l'Assemblée de 1682 un excès d'honneur que de lui attribuer Tinvention des fameux articles édités par elle. On n'arrive pas d'un seul bond à de pareilles extrémités. Il est dans la nature des choses que les idées extrêmes, ou^ si on l'aime mieux ^ les idées qui doivent exercer dans le monde une influence considérable^ soient préparées de longue main, et n'arrivent à leur maturité qu'après avoir suivi différentes phases et gravi successivement plusieurs degrés *•
' Voyez RoRHBACHER^ Histoire de l* Eglise, tome XXV, liv. lxxxvii. Voyez aussi les Moines d'Occident, par M. de Mûntalekbert^ tomes III, IV, V.
En remontant le cours des siècles, on voit la France assez fréquemment en opposition avec la chancellerie romaine. Plus le pouvoir des papes était étendu et respecté^ au moyen âge, plus les ofQciers subalternes de la cour romaine essayaient de le mettre à profit ^ pour satisfaire leur avidité et celle de leurs amis. L'exigence des employés fiscaux de la chambre pontificale sentait quelquefois l'extorsion ; notre fierté nationale s'en offensait et la repoussait. La France n'était pas ce qu'on appelle, en droit, pays d'obédience S et elle s'efforçait de maintenir les franchises qu'elle possédait justement ; c'est-à-dire qu'elle gardait la nomination aux bénéfices y et s'opposait^ soit à l'envahissement de la chancellerie romaine sur ce terrain^ soit aux impôts qu'on entreprenait d'établir sans droits bien légitimement prouvés.
Si les querelles n'avaient jamais roulé que sur le maintien de semblables franchises , elles n'eussent point entraîné de graves dissentiments, car, lorsqu'on appelait des gens du pape au pape lui-même, on était assuré d'obtenir justice.
C'est à partir du concile scbismatique de Bâle, que les démêlés prirent en France un caractère agressif. Aux questions purement temporelles se mêlèrent des questions de doctrine^ de discipline ecclésiastique; les «droits les plus évidents du pontife romain furent contestés avec plus ou moins d'audace, avec plus ou moins de tendance à la révolte. La trop fameuse pragmatique de Charles YII, cet odieux précurseur de la constitution civile du clergé , produisit un mal immense dans notre pays. Le schisme paraissait imminent^ lorsque , par un heureux dessein de la Providence, un concordat fut conclu entre Léon X et François I*', en 4514. Ce contrat solennel devait mettre fin aux discordes, et, pendant quelque temps, en effet, la paix paraissait devoir s'affermir.
Mais le tocsin de la réforme venait de sonner, et les juristes français accoururent de leur côté, pour couvrir les épaules du roi des pièces enlevées au manteau du pape. Les doctrines de Bâle reprirent crédit, et , vers le milieu du xvi* siècle , Guy Coquille essaya de les faire prévaloir aux Etats de Blois.
^ Dans les pays d'obédience, le Pape nommait à un très-grand nombre de bénéfices.