‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 102 sur 260 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Bossuet se met à la tête d'un projet de censure contre les théologiens jésuites.

Le Roi refuse son approbation.

a Dès le moment où Bossuet apprit l'exaltation d'Innocent XI , 1676, il augura favorablement des dispositions d'un pontife recommandable par sa piété. Il rédigea un projet de lettre qui semblait supposer qu'elle était écrite au nom de plusieurs évêques de France. Il y exposait au Pape la corruption qu'on s'efforçait d'introduire dans la morale chrétienne par des rafûnements et des subtilités absolument opposés à la sainteté et à la simplicité de l'Evangile. Il exhortait Innocent XI à suivre l'exemple d'Alexandre YII, qui avait déjà frappé d'anathème les proposi-

» Tome XXII, no 12, p. 453.

lions les plus condamnables de ces indéfinissables casuistes. Nous n'avons point retrouvé ce projet de lettre de Bossuet ; mais l'abbé Ledieu qui l'avait sous les yeux, nous apprend « qu'elle était écrite en latin et qu'elle était si belle, qu'elle méritait d'être rendue publique. »

«On ne peut guère douter que cette lettre n'ait contribué à exciter le zèle d'Innocent XI, et n'ait influé sur la condamnation que ce pontife porta en 1679, en proscrivant soixante-cinq propositions des nouveaux casuistes. Mais les décrets d'Alexandre Vil et d'Innocent XI émanés du tribunal de l'inquisition, n'étaient point et ne pouvaient pas être reçus en France *. Cependant les protestants se prévalaient du silence de l'Eglise gallicane pour lui reprocher l'espèce d'indifférence , avec laquelle elle laissait violer les principes les plus sacrés de la morale évangélique. Plusieurs évêques de France avaient à la vérité opposé des censures sévères à ces coupables excès ; mais ces décisions particulières et isolées ne pouvaient avoir autant de force et d^autorité qu'une censure prononcée au nom de l'Eglise de France tout entière *.

» Aussitôt que Bossuet vit l'assemblée de 4682 en activité, il proposa l'établissement d'une commission chargée spécialement de l'examen de la morale. L'assemblée applaudit unanimement à un projet si digne d'elle; et M. de Harlay lui-même plaça Bossuet à la tête de cette commission. Il s'occupa aussitôt à recueillir toutes les propositions qui méritaient d'être censurées. Il les vérifia luimême dans les auteurs dont elles étaient extraites ; il traça un plan où toutes les matières se trouvaient classées suivant l'ordre des préceptes du Décalogue; il plaça sous chacun de ces préceptes les propositions des casuistes qui leur étaient contraires ;

1 Si réminent historien avait pris la peine de déduire ses raisons , nous lui en serions reconnaissant; car d'après les lois constitutives de la société chrétienne, les décrets dont il parle pouvaient et devaient être reçus en France aussi bien que dans tous les pays que le soleil de l'Eglise éclaire. Cette doctrine gallicane est simplement schismatique.

* Voilà encore une assertion fausse ; l'Eglise de France, en tant qu'Eglise de France, n'a aucune autorité. Nous avons vu à quoi se réduisait cette prétendue Eglise de France. Quand les prélats réunis entendaient imposer leurs décisions aux non-réunis. Us commettaient un excès de pouvoir des plus manifestes.

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