LIVRE VIT. — CHAPITRE XVI
et il attacha à chaque proposition les notes et les qualifications qu'il présumait devoir être énoncées dans la censure.
D II fit plus ; il composa pour Tinstruction des membres de l'assemblée plusieurs traités particuliers sur les points les plus importants^ que les casuistes s'étaient efforcés d'obscurcir par leurs déplorables subtilités. Ce fut dans cette vue , et en cette occasion qu'il composa son traité sur Yitsure S où il établit, dans huit propositions, la doctrine de l'Ëglise sur cette matière ; les principes des probabilistes furent discutés et réfutés dans un autre traité. Il donna sur l'amour de Dieu des règles et des maximes qui rappelaient aux chrétiens l'obligation que leur impose ce précepte, le premier, le plus saint et le plus naturel de tous les préceptes '.
» A l'exemple du concile de Trente, il joignit à la censure des propositions des chapitres de doctrine où il exposait les principes et les règles que la parole de Dieu et la nature même prescrivent sur les devoirs les plus essentiels de la vie chrétienne et sur toutes les parties de la morale.
» Ce g-rand travail était précédé d'une préface , où il en développait tout le plan , et en démontrait la nécessité ; il avait fait entrer dans cette préface les plus magnifiques éloges de l'Eglise romaine, et des papes Alexandre YII et Innocent XI , qui avaient déjà porté de pareilles censures.
B Bossuet avait si bonne opinion du zèle d'Innocent XI pour l'honneur de la religion et de l'Eglise, qu'il aimait à se persuader que les divisions actuelles du Saint-Siège et de la Cour de France n'empêcheraient pas le Pape de donner la sanction de son autorité à une censure qui serait reçue avec applaudissement dans toutes les parties de l'Eglise. C'était dans cette confiance qu'il écrivait à Rome au théologien du cardinal d'Estrées (M. Dirois) :
^ Le traité sur l^usure ne contient nullement la doctrine de V Eglise; il est plein d* exagération^ quoiqu'on puisse dire qu'il reflète l'opinion commune des scolastiques français. L'argumentation croule par sa base^ depuis les décisions que le Saint-Siège a données sur cette matière et que l'Eglise de France a reçues comme toutes les autres Eglises.
* Le traité sur V amour de Dieu nécessaire dans le sacrement de pénitence ne fut composé que dans les dernières années de la vie de Bossuet; il figure donc ici mal à propos. (Voyez Lâchât, Remarques historiq^ies, tome V.)
i90 HISTOIRE DE BOSSUET.
» Vous pouvez être certain que nous irons trës-modérémenty tâchant de parler de sorte que le Saint-Siège puisse confirmer ce que nous ferons, et changer en bulles les décrets de l'inquisition^ dont l'autorité^ comme tous sstvez^ ne fait point loi ici^ de sorte que notre intention est de préparer la voie à une décision^ qui nous donne la paix ici^ et affermisse éternellement la règle des mœurs.
» La commission du clergé avait déjà examiné et approuvé toutes les parties du plan de Bossuet ; il était prêt à en faire le rapport à l'assemblée ; et la censure allait être portée , lorsqu'elle reçut ordre de se séparer le 29 juin 1682.
» On ne peut que se livrer à des conjectures sur les motifs qui portèrent Louis XIY à rompre si brusquement une assemblée qui avait si bien mérité de TËglise^ du roi et de la France : on attribua dans le temps cette résolution imprévue aux représentations du cardinal d'Ëstrée^ , chargé alors des affaires de France à la cour de Rome. Ce ministre fit valoir avec beaucoup d'art toutes les considérations qui devaient inviter le roi à se renfermer dans les mesures de modératîcm et fermeté qu'il s'était prescrites, et qui avaient si heureusement rempli toutes les vues de sa sagesse et tous les intérêts de sa politique.
D Le droit de régale^ étendu sur toutes les églises du royaume avec l'aveu et le consentement du clergé lui-même, la déclaration de l'assemblée sur la puissance ecclésiastique^ le dévouement entier et absolu de toute l'Ëglise de France à un monarque dont elle connaissait Tamour sincère pour la religion , le concert de tous les ordres du royaume pour le maintien de sa dignité et des justes droits de sa couronne , tout avertissait l'Europe, et Rome en particulier , qu^un prince qui avait rempli tous ces grands objets avec autant de sagesse que de bonheur, n'avait rien à redouter des ennemis ou des envieux de sa puissance.
» Louis XIV avait voulu se défendre contre Innocent îl : mais il n'avait jamais eu la pensée ni de l'attaquer, ni de Thumilier. Il était au contraire pénétré de respect pour les droits légitimes du Saint-Siège, et pour les vertus du Pontife qui y était placé ; et le cardinal d'Ëstrées n'eut pas de peine à lui persuader qu'après avoir montré avec tant d'éclat toute l'étendue de son pouvoir, il