‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 124 sur 260 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Visite et instructions aux Ursulines de Meaux. — Sermon pour le jour de Pâques

1685. — Bossuet préside aux conférences.

En 1685, fiossuet avait déjà pris une connaissance fort étendue de son clergé et de son diocèse ; c'est dans sa ville épiscopale qu'il parait concentrer ses travaux apostoliques ; c'est pour la cathédrale et les monastères qu'il réserve son éloquente parole.

Parmi les nombreuses maisons religieuses qui décoraient la petite ville de Meaux et que le nouvel évéque couvrait de sa sollicitude pastorale, deux nous ont conservé des traces de la vie oratoire de Bossuet, celle des Ursulines et celle de la Visitation Sainte-Marie.

Le couvent des Ursulines, situé dans l'enceinte même de la ville et à peu de distance de la cathédrale^ renfermait un grand nombre de religieuses^ vouées à l'instruction des jeunes ûUes ^ 11 parait que le relâchement s'était introduit dans cette maison ; les religieuses se répandaient trop facilement au dehors; le silence était peu gardé au dedans; les étrangers y apportaient leur légèreté^

^ Les bâtiments subsistent encore et forment aujourd'hui le coUége commua ual, composé de deux cents élèves.

et la règle avait beaucoup à souffrir de cette vie trop dissipée. Les relations entre religieuses laissaient aussi à désirer; la charité recevait de fk'éguentes atteintes^ et de là des murmures^ des antipathies très-peu conformes à la perfection évangélique.

Au commencement de Tannée 1685, Bossuet entreprit la réforme des abus qu'il avait pu constater, soit par lui-mime, soit par les rapports gui lui étaient parvenus. Dans une visite solennelle^ il interrogea les religieuses^ se fit rendre un compte aussi exact que possible des habitudes de la maison^ des habitudes de chaque religieuse en particulier, afin de parer aux abus en pleine connaissance de cause. Quelque temps après^ il rendit une ordonnance qui rappelait aux habitantes du couvent les points généraux de leur règle et contenait des défenses exprimées en termes assez sévères. Â chacune de ses apparitions , Bossuet portait la parole. Deux solides exhortations précèdent rordonnance.'Dans la première *, Torateur rappelle à son auditoire l'esprit de la vocation, savoir : la pénitence^ le mépris du mondes le parfait renoncement, la soumission d'esprit, la mortification des sois; ce qu'il lui demande surtout^ c'est une franchise sans bornes et une pleine ouverture de cœur. Â la clôture de la visite^ l'orateur insiste sur deux points principaux^ la charité fraternelle, la nécessité impérieuse du silence :

a Hé bien! mes filles^ je tous défends^ de la part de Dieu et par l'autorite que j'ai sur tous, de vous maltraiter. Quand je dis maltraiter, j'entends de vous oflfenser par aucun emportement de paroles rudes et piquantes, qui blessent et qui aigrissent, qui témoignent du mépris, de l'aliénation et trop de fierté, et même de dire aucune chose contre le respect que TOUS vous devez les unes aux autres, de faire des divisions entre vous, et de parler contre les personnes consacrées à Dieu, cela étant tout à fait indigne de vous et opposé aux devoirs de votre état vraiment saint. Supportez-vous donc toutes, et traitez-vous avec une charité sincère. « Prévenez-vous les unes les autres en honneur et en honnêteté, d comme tous conseille saint Paul. Et moi je vous conjure au nom de Dieu, et je tous l'ordonne même, de ne jamais vous parler qu'avec douceur, modestie et charité; d'éloigner de votre conversation toutes ces paroles désagréables, contrariantes ou de raillerie; en un mot, tout ce qui est contraire à Tu-

* Prononcée le ô avril.

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