‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 125 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE VI

nlon et à cette civilité qui doit paraître et qu'il faut faire régoer dans vos entretiens. Parmi les grands et les princes du monde^ nous voyons qu'ils se traitent tous les uns les autres avec honneur et respect^ quoiqu'ils soient égaux en qualité^ chacun d'eux se rendant honneur réciproquement, sans craindre de se rabaisser : et n'est-ce pas se faire honneur à soi-même que de traiter avec honneur les personnes de même dignité? C'est ainsi^ mes filles^ que vous devez en user parmi vous. Non que je désire une civilité affectée et mondaine^ ce n'est pas celle-là que je demande : celle que je vous recommande d'avoir entre vous doit être fondée sur ce que vous êtes à Jésus-Christ. »

Quant au silence, Bossuet va y revenir plus spécialement dans le cours d'une retraite ouverte le 18 avril, et dans une quatrième instruction, dont nous ne connaissons point la date :

«Remarquez, mes chères filles, que tous les fondateurs de religions ont eu trois pensées et raisons quand ils ont établi et prescrit le silence dans leur règle. La première, c'est qu'ils ont connu et vu par expérience qae le silence retranchait beaucoup de péchés et de défauts. Et en effet, où le silence n'est pas observé comme il doit l'être, combien s'y glisse-t-il d'imperfections et de désordres? C'est ce que nous verrons bientôt dans la suite de cet entretien. In multiloquio non deerit peccatum^ dit le Saint- Esprit ^ : « Le péché suit toujours la multitude des paroles. » Et saint Jacques a eu raison de dire que la langue est l'organe et le principe de tout péché '. La seconde raison qu'ont eue encore les fondateurs d'ordres en établissant l'esprit de retraite, c'est qu'ils ont prévu que la dévotion et Tesprit d^oraison ne pouvaient subsister sans le silence. Ceci est visible et trop vrai; nous le voyons tous les jours dans ces âmes épanchées et dissipées qui aiment à se répandre au dehors. Hé ! dites-moi, chères âmes, sont-elles pour l'ordinaire bien spirituelles et filles d'oraison, si elles ne sont recueillies? Quelques bons sentiments et mouvements intérieurs que Dieu leur donne dans la prière, ils seront sans fruit, tandis qu'elles se dissiperont aussitôt, recherchant à causer et à parler : il est certain que toute l'onction de la dévotion s'évanouira et se perdra insensiblement ; car elle ne peut se conserver que dans une âme silencieuse et parfaitement récolligée, attentive sur soi-même. Ainsi il ne faut pas espérer ni attendre grande spiritualité ni piété d'une religieuse, qui aime à discourir et à s'entretenir avec celle-ci et avec celle-là, qui ne peut demeurer une heure dans sa cellule en repos et en silence.

* Prov., X, 19.

^ Jac, III, 6.

» Enfin^ la troisiôme raison qm a porté les foAdateurs de recommander si étroitement le silence à leurs religieux , c'est parce que le silence mût les frères. Et en effet, c'est un moyen très-propre pour maintenir la charité; la paix et l'union dans une maison religieuse; puisque le silence bannit tous ces discours et entretiens qui la divisent et la détruisent. Car, pour l'ordinaire, qu'est-ce qui fait la matière de ces conversations trop familières^ sinon les défauts de ses sœurs ? ce qui apporte bien souvent du trouble et de la division dans une communauté ; et tout cela faute de silence. Quand on veut réformer un monastère qui n'est plus dans sa première ferveur, que fait-on ? l'on observe soigneusement si les règles y sont bien gardées, spécialement les plus essentielles. S'aperçoit-on que le silence manque et n'est plus observé, c'est par là que l'on commence : aussit6t on y rétablit le silence qui n'y étaitpoint gardé ; parce que c'est ce moyen qui retranche tout d'un coup les autres imperfections, abus ou désordres qui arrivent dans une maison religieuse, pour s'être relAchée sur la règle du silence...

» Enûn ètes-vous tentées de curiosité, et avez-vous envie de vous épancher vainement, en allant trouver justement celle-là qui est un vrai bureau d'adresse, et cette autre-ci qui sait toutes les nouvelles, et qui a incessamment les oreilles ouvertes pour entendre tout ce qui se passe de nouveau dans la maison, laquelle est toujours en haleine pour tout savoir? N'y allez pas, gardez le silence ; mortifiez ces désirs de curiosité. Croyezmoi, mes chères filles^ voiis aurez plus de consolation de tout ignorer, et de ne point apprendre les choses qui ne vous concernent point : votre conscience en sera plus pure, votre esprit plus dégagé et plus libre pour vous entretenir avec Dieu dans l'oraison. Faites plus d'état d'une heure de récollection, où vous avez été seules avec Dieu, que de plusieurs autres où vous vous êtes contentées parmi les entretiens des créatures; car, pour l'ordinaire, la vertu en est bien affaiblie. »

Il faut noter que des six exhortations ou conférences faites dans la maison des Ursulines , aucune n'est écrite de la main de Bossuet ; ce sont les religieuses gui ont recueilli pieusement les paroles de leur évêque et les ont conservées comme un précieux monument. D. Deforis les a imprimées sur le manuscrit gui lui a été fourni par le couvent, encore très-florissant au temps où il vivait.

Le beau monastère de Sainte-Marie, appartenant aux Dames de la Visitation, était situé à sept ou huit cents pas du mur d'enceinte qui fermait les jardins de Févêché *. Bossuet affectionnait beau-

* Il ne reste plus guère aujourd'hui que l'ancienne infirmerie, l'emplacement du couvent et les jardins.

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