‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 133 sur 260 · LIVRE Vni. — CHAPITRE Vli · texte numérisé non relu

LIVRE Vni. — CHAPITRE Vli

le respect dû aux oracles du ciel, sous quelque forme qu'il daigne les faire entendre. »

a Prêtez l'oreille, écoutez et prenez garde surtout de n'écouter pas avec mépris l'ordre des avertissements divins et la conduite de la grâce... Ce songe admirable est du nombre de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges, dont les images sont si nettes et si démêlées, où l'on voit je ne sais quoi de céleste,. ... Dieu, qui fait entendre ses vérités en telle manière et sous telles figures qu'il lui plaît, instruisit la Princesse, comme il a instruit Joseph et Salomon ; et durant l'assoupissement que l'accablement lui causa, il lui mit dans l'esprit cette parabole si semblable à celle de l'Evangile : elle voit paraître ce que Jésus-Christ n'a pas dédaigné de nous donner comme l'image de sa tendresse... »

a Vient ensuite le récit de la Princesse Palatine , tel qu'elle en avait rendu témoignage à l'abbé de Rancé ; et au moment où la Princesse cesse de parler, c'est Bossuet qui prend la parole. Par an des plus beaux mouvements que l'éloquence puisse inspirer, il associe tout à coup tous ses auditeurs au miracle de cette conversion^ comme s'ils en avaient été témoins ; il les unit à lui dans l'expression de sa reconnaissance pour les merveilles du Très- Haut, il dit:

« Souvenez-vous^ ô sacré pontife ! quand vous tiendrez en vos mains la sainte victime qui ôte les péchés du monde, souvenez-vous de ce miracle de sa grâce; et vous, saints prêtres, venez ; et vous, saintes filles, et vous, chrétiens; venez aussi, ô pécheurs, tous ensemble commençons d'une même voix le cantique de la délivrance, et ne cessons de répéter avec David : Que Initia est bon! que sa miséricorde est éternelle! »

a Bossuet parlait à un siècle religieux , fécond en conversions éclatantes ; et il ne vint alors à l'idée de personne de lui reprocher d'avoir dégradé la majesté accoutumée de son style, en faisant entrer dans une oraison funèbre des images et des expressions dont TËcriture se sert elle-même. Assurément l'orateur qui venait de présenter le plus magnifique tableau de la religion ; qui, par la force seule du raisonnement^ venait de courber tous les esprits sous le joug de la foi, n'avait pas besoin de rappeler ces détails simples et familiers, s'il n^eùt pas jugé que leur simplicité même était plus propre à persuader et à toucher. C'est Bossuet lui-même qui nous en avertit.

214 HISTOIRE DE BOSSUËT.

« Je meplabi dit-il^ à répéter toutes ces paroles, malgré les oreilles délicates; elles effacent les discours les plus magaiiiques^ et je voudrais ne parler plus que ce langage. »

a Ce ne fut que longtemps après, et lorsqu'on n'était plus familiarisé avec ce langage , qu'on affecta de rougir pour Bossuet de sa pieuse simplicité. Cependant une réflexion qui devait se présenter assez naturellement , aurait pu dispenser de cette singulière compassion pour Bossuet. Il est certain que la Princesse Palatine était une personne d'un esprit supérieur. 11 est également certain que Tabbé de Rancé, à qui elle avait confié ses pensées et ses sentiments^ était un homme de beaucoup d'esprit. Quant à Bossuet, on croirait le dégrader en parlant de son esprit. Lorsque trois têtes aussi fortes se réunissent pour attacher une grande importance à un événement singulier, on peut penser qu'il y a bien de la grandeur dans une telle simplicité.

a Nous devons faire observer que Bossuet , dans cette oraison funèbre , rend à la Princesse Palatine un témoignage qui a un grand poids dans sa bouche, et qui confirme ce que nous avons déjà dit de ses opinions sur cette matière. »

a Safoi(de la Princesse Palatine) ne fut pas moins simple que yiye. Dans les fameuses questions qui ont troublé en tant de manières le repos de de nos jours , elle déclarait hautement qu'elle n'avait d'autre part à y prendre, que celle d'obéir à l'Eglise. »

0 L'oraison funèbre de la Princesse Palatine est peut-être de toutes les oraisons funèbres de Bossuet , celle qui atteste le plus la force et la fécondité du génie. Si elle n'a pas l'éclat , la pompe que l'on admire dans celles de la reine d'Angleterre, de Madame Henriette et du grand Condé , c'est parce qu'on ne doit point les y chercher. Mais elle offre plus qu'aucune autre de vastes sujets de méditation aux âmes religieuses, et même à celles qui désirent fixer leurs pensées incertaines sur les fondements de la rdigion. En un mot y on peut dire avec La Harpe, a que cette oraison fanèbre est le plus sublime de tous les sermons. » (Bauss£t.)

Semblable aux héros de la vieille Rome, qui passaient des honneurs du triomphe à l'humble conduite de la charrue ^ Bossuet revient de ces augustes assemblées au - dessus desquelles plane

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