‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 132 sur 260 · UVRE VIII. — CHAPITRE.VII · texte numérisé non relu

UVRE VIII. — CHAPITRE.VII

cette autorité que les libertins se réyoltent avec un air de mépris. Mais qu'ont-ils vu ces rares génies, qu'ont-ils vu plus que les autres ? Quelle ignorance est la leur 1 et qu'il serait aisé de les confondre^ si^ faibles et présomptueux^ ils ne craignaient d'être instruits 1 Car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent^ et que les autres^ qui les ont vues^ les ont méprisées? Ils n'ont rien vu : ils n'entendent rien : ils n'ont pas même de quoi établir le néant ^ auquel ils espèrent après cette yie ; et ce misérable partage ne leur est pas assuré. Us ne savent s'ils trouveront un Dieu propice , ou un Dieu contraire. S'ils le font égal au vice et à la vertu : quelle idole ! Que s'il ne dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon ou d'un mauvais choix : qui leur dira^ ou ce qui lui plait, ou ce qui l'offense^ ou ce qui l'apaise ? Par où ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier Etre soit indifférent ; et que toutes les religions, qu'on voit sur la terre, lui soient également bonnes ? Parce qu'il y en a de fausses, s'ensuit-il qu'il n'y en pas une véritable ; ou qu'on ne puisse plus connaître l'ami sincère, parce qu'on est environné de trompeurs? Est-ce peut-être que tous ceux qui errent sont de bonne foi? L'homme ne peut-il pas, selon sa coutume, s'en imposer à lui-même? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'il aura mis par ses préventions à des lumières plus pures? Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains; et qu'il n'y ait pas en Dieu une justice , dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle? Que s'il est une telle justice^ sou* veraine, et par conséquent inévitable; divine, et par conséquent infinie; qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature, et qu'une justice infime ne s'exerce pas à la fin par un supplice .infini et éternel? Où en sont donc les impies, et quelle assurance ont-ils contre la vengeance éter* nelle dont on les menace ? Au défaut d'un meilleur refuge, iront-Us enfin se plonger dans l'abime de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur, qui ne trouve presque point de place dans les esprits ? Qui leur résoudra ces doutes, puisqu'ils veulent les appeler de ce nom ? Leur raison, qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit que des con* jeetures et des embarras. Les absurdités où ils tombent, en niant la reli'« gion , deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne ; et pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles^ ils suivent , l'une après l'autre , d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc après tout. Messieurs, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité, sinon une erreur sans fin, une témérité qui hasarde tout, un étoiurdisse^ ment volontaire, et en un mot un orgueil qui ne peut souffrir son re-» mède, c'est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par Tintempérânce des sens. L'in«

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tempérance de Tesprît n'est pas moins flatteuse. Gomme l'autre, elle se fait des plaisirs cachés, et s'irrite paria défense. Ce superbe croit s'élever au-dessus de tout et au-dessus de lui-môme, quand il s'élèye^celm semble, au-dessus de la religion, qu'il a si longtanps révérée : il se met au rang des gens désabusés : il insulte ,en son cœur aux faibles espritSi qui ne font que suivre les autres sans rien trouver par eux-mêmes; et devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait lui-même son Dieu.

Cest dans cet abîme profond que la Princesse Palatine allait se perdre. Il est vrai qu'elle désirait avec ardeur de connaître la vérité. Mais où est la vérité sans la foi, qui lui paraissait impossible, à moins que Dieu l'établit en elle par un miracle ? Que lui servait d'avoir conservé la connaissance de la Divinité ? Les esprits même les plus déréglés n'en rejettent pas ridée, pour n'avoir point & se reprocher un aveuglement trop visible. Un Dieu qu'on fait à sa mode , aussi patient , aussi insensible que nos passions le demandent, n*incommode pas. La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut , fait qu'on croit respirer un air nouveau. On s'imagine jouir de soi*mème et de ses désirs; et dans le droit qu'on pense acquérir de ne se rien refuser, on croit tenir tous les bimis ^ et on les goûte par avance.

En cet état, chrétiens , où la foi même est perdue, c'est-à-dire, où le fondement est renversé, que restait-il à notre princesse? que restait-il à une âme, qui, par un juste jugement de Dieu, était déchue de toutes les grâces, et ne tenait à Jésus-Christ par aucun lien? qu'y restait^, chrétiens, si ce n'est ce que dit sabit Augustin? U restait la souveraine misère et la souveraine miséricorde : Eestabat magna miseria , ei fMgm misericardia K II restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse , qui la voulait rappeler des extrémités de la terre ; et voici qaelle fut la première touche. Prêtez Toreille, Messieurs ; elle a quelque chose de nûraculeux. Ce fut un songe admirable ; de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges ; dont les images sont s i nettes et si démêlées; où l'on voit je ne sais quoi de céleste. Elle crut 9

« Et le grand orateur entre dans le récit des songes mystérieux qui préparent et achèvent le grand ouvrage de cette conversion. La Princesse Palatine en avait exposé toutes les circoDstauces dans une lettre à l'abbé de Rancé. Bossuet prépare Fesprit de ses auditeurs à Técouter avec toute Tattention et tout

^ In Psah t; n, 8j tome IV, col. 466.

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