‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 180 sur 260 · LIVRE Vni. ~ CHAPITRB XH · texte numérisé non relu

LIVRE Vni. ~ CHAPITRB XH

daos rorighie des choses; par où il montre qa'il ne sait pas même qu'il y a un ordre eutre les lois naturelles^ les moindres cédant aux plus grandes. Ainsi ^ lorsque les enfants d'Adam se marièrent ensemble , ce ne fut pas une dispense de la loi naturelle qui défend le mariage des frères et des sœurs^ mais l'effet de la subordination de cette loi à une autre loi plus essentielle^ et, si on peut ainsi parler, plus fondamentale, qui était celle de continuer le genre humain. »

» Cette loi fondamentale avait été déclarée à Adam et à Eve par le suprême Législateur lui-môme^ par le Créateur du genre humain , lorsqu'il leur avait dit : a Croissez et multipliez- vous, et remplissez la terre. » La voix même de la nature , gui veut être multipliée et qui ne veut pas périr, parce que son auteur Ta faite pour durer, se faisait entendre dans ce précepte divin. C'est aussi par cette raison que Dieu a créé les deux sexes ; ce qui fait que leur union est autant de droit naturel que leur distinction. C'était donc en méconnaissant Tessence même du mariage, que Jurieu fondait sur des lois positives ce qui est fondé sur la nature même. Les lois positives peuvent bien régler les conditions du mariage pour les effets qu'il doit produire dans Tordre de la société ; mais la nature avait fait les mariages avant l'existence d'aucunes lois positives.

a Au reste^ comme dit Bossuet, lorsque s'élevant au-dessus de Moïse et des patriarches, Jésus-Christ proscrivit à jamais la polygamie, il ne lit que rendre au mariage la forme que Dieu lui avait donnée dans son origine. Car alors, en bénissant l'amour conjugal comme la source du genre humain. Dieu ne lui permit pas de s'épancher sur plusieurs objets comme il arriva dans la suite^ lorsqu'un même homme eut plusieurs femmes; mais réduit à l'unité de part et d'autre, il en fit le lien sacré de deux cœurs uiûs. C'est sur cette idée primitive que Jésus-Christ réforma le mariage ; et comme disent les Pères, il se montra le digne fils du Créateur, en rappelant les choses au point où elles étaient à la création. Cest sur cet immuable fondement qu'il a étabU la sainteté du mariage chrétien et le repos des familles. La pluralité des femmes, autrefois permise ou tolérée pour un temps ou pour des raisons particulières, fut ôtée à jamais, et tout ensemble les divisions et les jalousies qu'elle introduisait dans les mariages les plus saints. Une femme qiû donne son cœur tout entier et à jamais, reçoit d'un époux fidèle un pareil présent, et ne craint point d'être méprisée ni délaissée pour une autre; toute la famille est unie par ce moj'en. Le*

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enfants sont élevés par des soins communs^ et un père qai les voit tous naître d'une même source leur partage également son amour; c'est Tordre de Jésus-Christ et la règle que les chrétiens n'ont jamais violée par aucun attentat. »

2) Bossuet ne croit pas^ dans cet avertissement, devoir traiter la question du divorce. Il s'agissait de la polygamie et du landgrave de Hesse, et non pas du divorce. Il se borne à exposer les étranges excès où Jurieu portait la faculté du divorce , excès qui firent rougir les ministres protestants eux-mêmes , et que Basnage se crut en droit de désavouer en les reprochant à Jurieu. Bossuet oppose aux licences honteuses de Jurieu la sainte inflexibilité de la discipline de TEglise catholique.

a C'est une règle inyiolable parmi nous de ne point permettre les secondes noces ^ à Tune des parties^ qu'après que les preuves de la mort de l'autre sont constantes. On n'a point égard aux captivités ni aux absences les plus longues. Les papes ^ que la réforme veut regarder comme les auteurs du relâchement^ n'ont jamais laissé affaiblir cette discipline. »

B Et donnant tout à coup à son style cette majesté que le génie de Bossuet imprimait toujours aux oracles de la religion, il dit :

a L'Eglise parle toujours pour l'absent et ne permet pas qu'on l'oublie^ ni qu'on mette au rang des morts celui pour qui le soleil se lève encore. »

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