LIVRE Vni. — CHAPITRE XIII. 34S
Il s'agit dans cet Avertissement d'une des plus grandes questions gui aient été agitées ps^mi les hommes, sous quelque forme de gouyemement que la Providence les ait destinés à vivre. Bossuet entreprend d'examiner si le fondement des empires repose sur l'autorité des rois ^ ou sur la volonté du peuple dans lequel on prétend placer l'origine et le droit de toutes les souve* rdinetés.
» Il avait établi dans son Histoire des variations, que les réformés du seizième siècle avaient consacré la révolte à main armée contre les souverains légitimes par principe de religion^ par des délibérations expresses et solennelles de leurs synodes nationaux et provinciaux, par des consultations raisonnées de leurs plus célèbres théologiens. Il avait mis sous les yeux de toute l'Europe les preuves authentiques d'une accusation si grave ; et il les avait puisées dans les actes mêmes des synodes nationaux et provinciaux, dans les registres publics de leurs assemblées^ dans les historiens mêmes de la réforme^ tels que Théodore de Bèze, d' Aubigné et un grand nombre d'autres.
Bossuet avait opposé à cette conduite si différente de celle des premiers chrétiens la doctrine et les exemples de Jésus-Christ et des apôtres. Il avait rappelé ces célèbres oracles qui prononcent en des termes si formels^ que ni la religion^ ni les plus violentes persécutions ne peuvent et ne doivent jamais servir de motif ou de prétexte^ pour se soustraire à l'obéissance due aux puissances que Dieu a établies sur la terre.
» Lorsque r Histoire des variations parut^ les protestants les plus habiles^ tels que Bayle, Basnage et Jurieu lui-même^ évitèrent de contredire les faits allégués par Bossuet^ ou de justifier la doctrine et les décrets séditieux des synodes protestants. Ils se bornèrent à essayer d'éluder la rigueur des conséquences qu'il en avait tirées ; ils prétendirent a que la religion ne s'était trouvée que par accident dans ces querelles, et pour y servir de prétexte. C'était sans doute ce qu'il y avait de plus sage et de plus adroit pour éviter d'entrer dans une discussion, qu'il était impossible de soutenir avec quelque espérance de succès. Mais Jurieu était incapable de tant de circonspection ; et l'emportement de son carac-*
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tëre ne lui pennettait jamais d'abseryer aucune meÉture. On le vit tout à coup établir en maxime générale^ que les peuples ont toujours le droit de se révolter contre leurs souverains, lorsqu'ils en sont opprimés^ et que la défense de leur religion est surtout un titre légitime pour se soustraire à leur autorité. 11 fit plus, il osa établir cette étrange assertion sur des exemples tirés de rEcriture sainte, et prétendit que les décisions si formelles de Jésus- Christ et des apôtres étaient des conseils^ et non pas des préceptes pour les temps de persécution.
» Il ne fut pas difficile à Bossuet de montrer que lorsque Jésus- Christ avait dit d'une manière si impérative et si absolue : a Rendez à César ce qui est à César^ et à Dieu ce qui est à Dieu ; » lorsqu'il avait déclaré que son royaume n'était pas de ce monde ; lorsqu'il avait blâmé saint Pierre d'avoir fait usage de ses armes contre les ministres de l'autorité publique chargés de l'arrêter ; lorsque enfin, traduit devant le tribunal de Pilate, il avait reconnu dans cet officier de Tempereur une puissance que le ciel lui avait donnée sur lui-même^ Jésus-Christ et les apôtres se trouvaient alors dans un temps de persécution.
C'était bien aussi dans un temps de persécution^ et sous le glaive même de Néron, que saint Pierre écrivait : « Soyez soumis au roi et aux magistrats pour l'amour de Dieu^ parce que c'est la volonté de Dieu y x> et qu'il ajoutait ^ afin de ne rien omettre : (( Soyez soumis à vos maîtres^ même fâcheux et inexorables. » Saint Paul était déjà dans les liens, et presque sous le coup des persécuteurs, lorsqu'il ordonnait qu'on a fût fidèle et obéissant, et qu'on priât pour eux avec instance. » Saint Paul avait réfuté d'avance l'idée singulière de Jurieu, lorsqu'il avait dit : « Soyez soumis par nécessité, non-seulement à cause de la colàre^ mais encore à cause de la conscience. » On n'a pas besoin sans doute d'observer avec Bossuet , que l'Eglise tout entière gémissait sous la plus violente et la plus cruelle de toutes les persécutions, lorsque TertuUien , au nom de tous les chrétiens , dans la plus docte et la plus sainte apologie qu'ils aient jamais présentée aux empereurs, demandait à Dieu de donner a à tous les empereurs une longue vie, un empire heureux, une famille tranquate , de coura-