‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 189 sur 260 · LIVRE VIU. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIU. — CHAPITRE XIV

le décret da synode de Gap de 1603, qui déclarait le pape l'Antéchrist : décret qui avait paru si choquant et si ridicule aux protestants mêmes y qu'ils Favaient abandonné depuis longtemps et semblaient désirer qu'il fût entièrement oublié.

» Aussi Bossuet s'était bornée dans le treizième livre de son His^ toire des variations y à faire honte à Jurieu de ressusciter une qualification dont aucun protestant ne se permettait plus de déshonorer ses écrits. Mais non content de la faire revivre , Jurieu y ajouta des injures si indécentes et si grossières contre le siège de Rome, qu'il serait impossible de les transcrire aujourd'hui sans révolter le goût et l'imagination des lecteurs.

» V Accomplissement des prophéties de Jurieu n'inquiétait pas beaucoup Bossuet. Il était également tranquille sur Tillusion passagère qu'il avsdt fait partager aux malheureux réfugiés, et sur l'esprit de vertige qu'il avait répandu parmi la populace de Hollande. Mais il fut indigné de la scandaleuse profanation qu'il osait faire d'un livre dans lequel les protestants mêmes reconnaissent les caractères de l'inspiration. Bossuet se proposa donc de publier ses pensées sur l'Apocalypse, en renfermant ses conjectures dans ces justes bornes^ que l'intention de l'Eglise a toujours été de respecter et qu'un génie aussi sage était incapable de franchir.

B Tels furent les moti& et les circonstances qui le déterminèrent à publier^ en 1689, son Explication de V Apocalypse.

a L'Apocalypse > selon Bossuet, est rEvangile de Jésus-Christ ressuscité, yainqueur de la mort, parlant et agissant dans tout l'éclat de sa gloire, n

B II propose d'abord une manière générale d'expliquer l'Apocalypse , dont saint Augustin a posé les fondements et tracé le plan dans la Cité de Dieu. Cette explication consiste à nous montrer deux cités, deux villes mêlées selon le corps et séparées selon l'esprit. L'une est Babylone ou le monde, c'est-à-dire, les méchants et les impies; l'autre est Jérusalem^ ou l'Eglise considérée dans sa partie la plus haute, c'est-à-dire , dans les saints et dans les élus. Tous les caractères d'idolâtrie et de prostitution marqués dans saint Jean, conviennent exactement à la première de ces deux cités« Les souffironces, les persécutions, la foi, la patience,

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enfin la victoire et un parfait triomphe sont le partage de la seconde cité.

D Mais quelque juste que soit cette explication^ Bossuet fait voir sans peine qu'elle ne remplit point toute l'étendue de la prophétie de l'Apôtre^ et qu'à proprement parler, TApocalypse ne serrà pas une révélation si elle ne contenait que cet unique sens. Saint Jean n'a mérité le titre de prophète que par la connaissance qui lui a été donnée de prédire des choses futures), et en particulier ce qui devait bientôt arriver dans l'Eglise et dans Tempire. Aussi Bossuet ne peut être de l'avis de ceux qui renvoient à la fin des siècles l'accomplissement de cette prophétie. Un événement qui, malgré les profondes obscurités de ce livre mystérieux, parait y être marqué avec la dernière évidence^ doit nous faire entendre que cette prophétie est accomplie dans une de ses parties principales. Cet événement est la chute de l'ancienne Rome^ et le démembrement de son empire sous Alaric. Bossuet le prouve par une suite de témoignages respectables qui font voir que la tradition constante de tous les siècles a reconnu la Babylone de saint Jean dans l'ancienne Rome. Ce seul fait lui suffit pour faire évanouir toutes les rêveries de Jurieu et les illusions des esprits faibles qui avaient eu la simplicité de les adopter. Quoiqu'il suive dans cette explication les sentiments des Pères, il observe cependant qu'il faut distinguer leurs conjectures d'avec leurs dogmes, et leurs opinions particulières du consentement unanime de la tradition ; c'est ce consentement unanime qui forme seul la tradition.

» Bossuet établit en conséquence qu'on doit admettre plusieurs sens dans les Ecritures^ un seul n'étant pas toigours capable d'épuiser leur fécondité. Ainsi, une interprétation littérale de l'Apocalypse ou des prophètes peu très-bien convenir avec d'antres explications^ qui proposeraient des vues nouvelles ou plus étendues. Les sens différents qu'elles découvriraient se trouveraient figurés dans ceux qui seraient déjà accomplis , et les faits qui en résulteraient , représentés par des événements déjà arrivés.

2> Il établit un second principe. Il prouve que^ bien loin qu'il soit nécessaire que les prophéties soient toujours parfaitement entendues^ lorsqu'elles s'accomplissent, il entre qudiquefds dans les

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