‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 190 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XIV

vues d'une sage providence qu'elles soient méconnues par ceux mêmes qui sont témoins de leur accomplissement. Il peut même arriver que ceux qui concourent à l'exécution des desseins de Dieu, ou sur qui les prophéties se vérifient^ n'en comprennent pas le mystère , et servent, sans y penser, d'instruments à la manifestation des conseils étemels. L'Esprit saint qui a inspiré les prophéties, et qui en dirige l'exécution, n'a besoin ni de la science, ni de l'attention, ni enfin du concert des hommes, pour conduire ses prédictions à leur fin.

D Bossuet explique par là comment les anciens ne sentaient pas aussi clairement qu'on peut le faire aujourd'hui , l'accomplissement des oracles de rApocal}rpse , qui se réalisaient cependant sous leurs yeux. Il faut, pour ainsi dire, être tout à fait hors des événements, pour bien en remarquer la suite et l'ensemble. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on ne trouve pas dans les écrits des Pères tout ce que nous apercevons maintenant dans l'Apocalypse sur la chute de l'empire romain.

D D'ailleurs, une sage circonspection défendait aux Pères et aux écrivains ecclésiastiques , contemporains de ce grand événement, d'appeler l'attention publique sur les rapports qui attachaient la chute de Tempire romain à la prophétie de saint Jean. C'eût été exposer l'Eglise aux calomnies de ses ennemis , et provoquer de nouvelles et sanglantes persécutions. Ils n'auraient pas manqué de l'accuser d'avoir appelé la vengeance du ciel , tandis qu'elle n'était que dépositaire des oracles qui l'avaient dénoncée.

» Enfin, il régnait alors une opinion singulière, à laquelle plusieurs Pères de l'Eglise avaient accordé trop de confiance. Ils avaient bien entrevu que l'Apocalypse prédisait la ruine de l'ampire romain ; mais plusieurs d'entre eux s'étaient persuadé que l'époque de ce grand événement était liée à la fin du monde. Or, comme ils ne croyaient pas que le monde touchait à la fin, ils n'osaient pas convenir que l'empire romain fiït dissous, quoique ses membres épars sous leurs yeux ne leur offrissent plus qu'un cadavre privé de vie et de mouvement. Mais toujours est-il vrai que tes Pères conviranent sur le point essentiel, qui est que la diute de la puissance romaine était annoncée dans FApocalypse.

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D De tous ces principes, Bossuet condut qu'on se tourmenterait en vain à chercher une tradition constante pour expliquer TÀpocalypse. On ne peut se livrer, sur ce grand siget, qu'à de simples conjectures. C'est par la comparaison des monuments de l'histoire, par le rapport et la suite des événements; c'est en formant un sens complet et suivi, qu'on peut exposer quelques opinions plus ou moins spécieuses , sans prétendre jamais avoir déchiffiré ce livre plein de mystères.

j> Bossuet entre ensuite dans l'explication des mystères que contient TApocalypse : il divise son plan en trois parties, dont la première contient les avertissements^ la seconde les prédictions, et la troisième les consolations et les promesses. Son dessein n'est pas d'approfondir les différents sens de cette célèbre prophétie , qui a si souvent et si inutilement exercé la sagacité de plus d'un homme de génie. Il se propose uniquement de montrer qu'elle a été accomplie dans une de ses parties importantes par la chute de ce colosse, qui pesait sur la terre entière. Il était dans l'ordre de la Providence que Rome , enivrée du sang des martyrs, expiât ses fureurs, et qu'un empire fondé sur la bienfaisance et la charité succédât à un empire qui n'avait établi sa grandeur que sur l'ambition des conquêtes et la désolation de l'univers. Ainsi , conclut Bossuet, sans préjudicier à une nouvelle interprétation de l'Apocalypse , on peut reconnaître qu'il en est une que la Providence a déjà accomplie.

D Quant aux prophéties de l'Apocalypse pour les temps avenir, Bossuet, en les regardant comme possibles, les regarde comme impénétrables à ses faibles lumières, et il ajoute, avec cette mo* destie qui sied toiqours si bien au génie :

a L'avenir se tourne presque toujours bien autrement que nous ne pensons, et les choses mêmes que Dieu en a révélées arrivent en des manières que nous n'aurions jamais prévues ; qu'on ne me demande donc rien sur l'avenir. »

D Bossuet a fait précéder son commentaire de l'Apocalypse d'une savante préface, dans laquelle nous avons puisé l'analyse que nous venons de donner de cet ouvrage ; mais il crut devoir y joindre w

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