‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 21 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

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choses. Ainsi lorsqu'il verra un parti qui conduit à la fortune y il y donnera, quel qu'il soit, et il y pourra servir utilement. Il gouverne paisiblement le doyen de Saint-Thomas; et le Plessis Gresté et Thomassin le suivent volontiers. »

Ce portrait est exagéré , mais on ne peut pas nier qu'il offre plus d'un trait de ressemblance *. Voici ce que nous croyons- devoir y ajouter pour notre compte. Bossuet n'est pas une de ces natures, un peuraides, mais simples et fortes, qui s'avancent, d'une seule pièce, dans la carrière où elles sont une fois entrées. Son image présente un homme essentiellement multiple, ayant plus de vivacité dans l'esprit que de fermeté dans le caractère. Il semble souvent agir , moins par sa propre inspiration , que par une impulsion étrangère. Aussi on le voit passer successivement ou simultanément des mains de Cornet à celles de M'"'' de Longueville et des jansénistes ; des mains du roi et de ses ministres à celles de son neveu, de l'archevêque de Heims, et autres intrigants, dont les mœurs cadraient mal avec les siennes Hôte de

la cour, il varie, comme varient les cours. Delà, naissent des contrastes surprenants. L'apôtre rigide de la morale se fait le complaisant facile du pouvoir ; le chrétien embrasse la chaire de Pierre, l'instrument de la cabale glisse dessous un baril de poudre; Torateur et le polémiste défendent avec une extrême vigueur les abords du temple sacré, le partisan y introduit furtivement son

César, par une porte dérobée ; la même plume qui foudroie les Eglises séparées, trace les desseins d'une Eglise nationale ; Tapologiste éloquent de la papauté se transforme en un de ses plus dangereux détracteurs ; Tévêque qui revendique avec une ardeur, même injuste , ses droits et prérogatives , foule aux pieds les droits et les prérogatives du chef suprême de l'Eglise universelle. A l'exemple de plusieurs de ses collègues, il brave les excommunications et les irrégularités avec une quiétude effrayante. Ajoutons que Bossuet ne retourne jamais en arrière, quand il est lancé dans l'arène. S'attache-t-il à un système? se mêle-t-il à une entreprise? Qu'il obéisse ou non à son propre mouvement, il

* Voyez M. Charles Gérin^ Recherches historiques, etc., chap. vu. Bossuet et l'assemblée de 1682.

poursuit son chemin avec une opiniâtreté dont on trouve peu d'exemples. C'est ce qui ressortira clairement des affaires de la Déclaration^ du Quiétisme et du Probabilisme. Ce qui aura encore lieu de nous surprendre et de nous afdiger, ce sera plus tard^ d'entendre Bossuet affirmer^ écrire ^ que les six articles expriment parfaitement les doctrines de la Faculté de Paris. Ou Bossuet avait entièrement perdu la mémoire^ ou il trahissait la vérité. Trahir la vérité I N'est-ce pas^ hélas 1 le terme où Ton aboutit fatalement, quand on quitte la voie droite ?

Les hommes à qui Dieu accorde la puissance ou le génie et qui sont appelés à jouer un rôle dans le monde^ oublient trop qu'une heure leur est donnée pour leur gloire ou leur confusion. lis ont le tort grave de s'enfermer tellement dans le présent, que les futurs jugements de l'histoire échappent à leurs prévisions.

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