‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 20 sur 260 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Quel fut le rôle de Bossuet au milieu de ces graves débats?

Nous rentrerons dans nôtre cadre en examinant cette question, qui a pour nous un très-vif intérêt. Bossuet comptait alors trentesix ans ; il faisait partie des docteurs de la maison de Navarre , à la tête desquels marchait Tillustre et vénérable Cornet. En 1664, comme en 4663, le chanoine de Metz s'attacha au grand- maître de Navarre et le suivit résolument dans son opposition aux entreprises du parlement. Il apporta même dans sa résistance et ses votes une vivacité qui fut remarquée de ses collègues et des ministres. Le principal document qui éclaire cette partie si ignorée et si confuse de l'histoire du temps, c'est un manuscrit trouvé dans les papiers de Colbert , et contenant le portrait de

' Mémoires. — Paris, Charpentier, 1863.

presque tous les docteurs de Sorbonne. Il émane , autant qu'on peut le conjecturer^ de Tabbé Bourzeis^ dont il est souvent question dans les Mémoires du P. Rapin. Cet abbé avait une figure impossible; et il parait que le moral répondait trop exactement au physique. Ne manquant d'ailleurs ni de souplesse ^ ni d'esprit^ ambitieux, aimant la cour ^ janséniste avoué , quoiqu'il eût signé le Formulaire , il devint le principal agent secret du ministre Golbert, qui s'était ménagé plus d'une intelligence^ au sein de la faculté.

Bourzeis, pour répondre aux faveurs de la cour, se chargea de tracer au ministre une fidèle peinture des docteurs fournis par les différentes maisons de Paris , et c'est un travail des plus curieux ^ Nous y trouvons, sur Bossuet, une double note qu'il est impossible de passer sous silence.

a M. Bossuet est sans contredit un bel esprit ; a bien du savoir pour son âge , et autant qu'en peut avoir un jeune homme qui se dorme à la prédication. Mais la considération ou l'exemple de M. Cornet dont il est la créature, a été la cause principale qui l'a fait gauchir en cette occasion. »

d Bossuet. — Esprit adroit , complaisant , cherchant à plaire à tous ceux avec qui il est, et prenant leurs sentiments quand il les connaît. Ne veut point se faire des affaires, ni hasarder les mesures qu'il a prises , qu'il croit sûres pour aller à son but. Ne pouvant croire que ceci puisse durer. Ainsi se ménage extraordinairement, et cherche dans la Faculté quelque milieu à prendre et quelque détour lorsqu'il n'est pas contre, et par là il est assez suivi par plusieurs personnes; outre qu'il parle latin nettement et agréablement, il a même assez de connaissance de ces matières, parce qu'il a étudié avant de s'adonner à la prédication. S* insinuant dans le monde à cause de son talent de la prédication, et par là il ne manque pas de créance dans la Faculté. Attaché aux Jésuites et à ceux qui lui peuvent faire sa fortune, plutôt par intérêt que par inclination. Car naturellement il est assez libre , fin , railleur , et se mettant fort au-dessus de beaucoup de

» Voyez Bouix, Revue, 1863. — Août et septembre.

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