‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 224 sur 260 · LIVRE Vin. — CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE Vin. — CHAPITRE XIX

Ce discours , disons mieux , ce chef-d'œuvre , fut composé en 1692^ mais ne fut imprimé qu'en 1731^ par les soins de l'évégue de Troyes , gui lui donna le titre que l'on connaît. Bossuet avait écrit simplement : Discours sur les paroles de saint Paul : Vous êtes morts , etc. L'évêque de Meaux se révèle tout entier dans^ cette œuvre de vingt pages ; c'est bien son style admirable, ses nobles pensées, ses traits éblouissants et sublimes. Ce discours devrait passer sous tous les yeux, et remplacer tant de misérables productions qui rabaissent si fort les intelligences chrétiennes.

fi^Etma vie est eacîUe en Dieu : Cachée en Dieu, quel mystère ! cachée dans le sein de la lumière, dans le principe de voir. Oui ! cette haute et inaccessible lumière me cache le monde ^ me cache au monde et à moimême : je ne vois que Dieu , je ne suis vu que de Dieu : je m'enfonce si intimement dans son sein^ que les yeux mortels ne m'y peuvent suivre...»

jlme d'Albert vint à Torci en 1696. Trois ans plus tard, la mort Tenleva, dit Bossuet, a subitement en apparence, en effet avec les mêmes préparations que si elle avait été avertie de sa fin ^ » Saâdèle compagne, M""^ Comuau, nous a laissé le récit de ses derniers moments, a Pour disposer, dit-elle, cette sainte religieuse à son décès. Dieu lui mit au cœur la veille même de faire une revue exacte de sa vie à son confesseur. Elle se préparait i solenniser la fête de Purification, que Ton célébrait le lendemain, lorsqu'elle conçut ce dessein, qu'elle exécuta sur-le-champ. Etonnée de sa résolution, elle dit à son amie qu'elle ne savait pas dans quelle vue elle s'était déterminée à cette revue, dont la pensée ne lui était venue qu'au moment même où elle se confessait ; qu'elle s'y était sentie fortement portée, et qu'elle admirait comment elle avait pu se résoudre à Tentreprendre avec un autre que le saint prélat. Du reste, elle disdt que Dieu lui avait accordé la grâce de la faire comme si elle était sur le point d'aller au-devant du saint Epoux. Et quoiqu'elle eût naturellement de grandes frayeurs de la mort et des jugements de Dieu , elle se trouvait depuis cette

Dans son épitaphe tracée par Bossuet, plus loin, à la dernière lettre.

action dans une paix et un repos de conscience qui étaient inexplicables. Le lendemain, jour de la Chandeleur^ elle voulut par dévotion communier en viatique , et assista à tout l'office de la solennité. Pénétrée des plus vifs sentiments de foi , elle eut pendant cette journée^ avec la personne qui lui était intimement unie^ des entretiens admirables sur le mystère .de cette fête; et se ât faire des lectures analogues, qu'elle choisit elle-même. Son cœur semblait s'embraser de plus en plus^ à mesure que l'heure approchait de l'arrivée du divin Epoux.

B Dans la soirée, M""*^ d'Albert apprit qu'un de ses amis était mort subitement ; cette nouvelle la frappa vivement ; et après souper elle se retira dans sa chambre avec la sœur Cornuau , sa fidèle compagne, pour s'occuper de cette mort. Sensiblement touchée d'un pareil accident, elle se mit au pied de son crucifix^ afin d'offrir son sacrifice à Jésus-Christ, et de puiser dans ses plaies les consolations dont elle avait besoin. Mais bientôt fortifiée par sa soumission , elle passa de la douleur la plus amère aux sentiments de Tamour le plus tendre ; et dans les saints transports de son admiration , elle dit pendant une heure des choses ravissantes sur le désir de voir Dieu et le bonheur de le posséder. De temps en temps elle s'arrêtait , considérant l'incertitude de la vie, et disait à sa confidente avec un profond étonnement : a Ma chère, pensez -vous bien qu'on meurt en soupant? » C'était ainsi qu'était morte la personne dont elle pleurait la perte.

» Après Compiles, la sœur Cornuau, qui ne la quittait que pour les exercices réguliers, vint la trouver, et elles employèrent quelque temps à des pratiques de dévotion. Enfin M"® d'Albert, avant de se retirer, voulut aller souhaiter la bonne nuit à sa sœur : les deux sœurs s'embrassèrent pour la dernière fois sans le savoir. M""*^ d'Albert proposa ensuite à son amie de dire Matines. Hais sur la réponse que cette sœur lui fit^ qu'elle pensait qu'il était trop tard, elles sortirent ensemble pour voir à l'horloge l'heure précise qu'il pouvait être. Il fallait, pour y arriver, traverser le chœur et l'avant-chœur; et en y passant, M"® d'Albert fit une longue prière devant le SaintrSacrement : elle s'arrêta de même assez longtemps devant l'image de la sainte Vierge, qui était dans

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