‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 223 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XIX

ques, qu'elles ne puissent recevoir d'atteinte dans le fond; et c'est jusqu'ici ce qui a rendu les miennes invincibles.

» Les dernières sont encore de cette force ; et le métropolitain n'y peut donner aucune atteinte , parce qu'elles sont données en exécution d'un arrêt. J'avoue bien qu'on peut s'opposer à l'arrêt, principalement en ce qu'il ordonne que je nommerai la dépositaire ; car il est vrai que c'est là une chose extraordinaire, et qui n'est pas régulièrement du droit de l'évêque.

» Voici donc ce qu'on ne peut me disputer : premièrement, l'obligation de me rendre compte de. tout ce qui regarde le temporel, et le pouvoir de régler et de statuer sur les comptes qu'on me rendra : secondement, le pouvoir de déposer les officières qui me seraient réfractaires, et même de les nommer s'il paraissait une affection de désobéissance , mais de les nommer de plein droit ; vous savez bien que j'ai toujours dit que cela ne m'appartenait pas, et que -la disposition qui m'en avait été accordée à la réquisition de M. le procureur-général, dépendait du cas particulier. Au reste, je ne crois pas que Messieurs du parlement défassent ce qu'ils ont fait^ étant absolument nécessaire pour régler les affaires de la maison, que j'aie du moins un an une dépositaire de conscience et de confiance. Je crois avoir des moyens certains pour soutenir cet arrêt, et M™* de Jouarre y perdra si elle l'entame. Pour ça qui est de la signature de la dépositaire, assurément ce ne sera pas une diflBculté. » {Lettre ux®.)

On voit par ces paroles que le feu couva longtemps sous la cendre. Bossuet, tout en affirmant que ses ordonnances sont en tout point canoniques, convient cependant que dans Tensemble il se rencontre plusieurs irrégularités. Nous en avons assez dit sur ce sujet, pour nous dispenser de plus de détails.

Tout recommandait M"*^ de Luynes à l'estime de Bossuet. Elles savaient le latin comme ne le savent plus guère les savants de nos jours, et la langue de Platon ne leur était pas étrangère ^ ; il y a plus encore, elles avaient fait dans les sciences et dans les arts des progrès considérables. A ces avantages^ elles joignaient ceux

1 Bossuet écrit à M"»® d'Albert, Lettre cciii : « Loin d'être persuadé que vous devez cesser votre traduction, je vous exhorte d'y joindre celle du Benedictus et du Nunc dimitiis, » Bossuet loue , dans une autre Lettre , l'élégance et la simplicité de ces traductions. Il ajoute ici : « Je n'improuve pas que vous composiez en latin; mais pour le grec, je crois cette étude peu nécessaire pour vous. » Et dans la Lettre cclyii : « Les vers latins sont très-beaux ; vous pourriez les avoir faits comme les françois, dont vous m'avez enveloppé l'auteur : je soupçonnois que c'étoit vous. Il n'y auroit point de mal d'apprendre un peu les règles de la poésie françoise à M"»» de Sainte-Gertrude, » etc»

d'une haute naissance et d'une grande considération. Cependant elles n'obtinrent point, dans le cloître , les places et les honneurs qui leur semblaient destinés. C'est que leur première éducation couvrait, aux yeux d'un grand nombre, leur mérite comme d'une tache originelle; et Louis XIY craignait que le jansénisme n'eût porté dans leur âme des racines profondes, tougours prêtes à produire leurs fruits empoisonnés ^ Après la démission de M"^" de Lorraine , Bossuet et ses amis demandèrent vainement pour l'aînée, M""" de Luynes, l'abbaye de Jouarre. Enûn on lui donna le Prieuré de Torci, bénéfice qui n'était pas à la nomination du roi, et dont le temporel se trouvait en mauvais état.

C'est pour M"* de Luynes, sœur de M"** d'Albert, que Bossuet a composé un petit écrit sur la vie cachée en Dieu. M"* de Luynes avait prié ce prélat de lui écrire ce que Dieu lui inspirerait pour son édification sur ces paroles de saint Paul : a Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu, b Bossuet lui envoya ce discours. Il lui montre en^quoi consiste la mort à laquelle le chrétien s'engage par son état; et il passe ensuite au grand mystère de la vie cachée en Dieu, en faisant voir de quelle manière la vie de Jésus- Christ a toujours été cachée en Dieu , comment elle l'est encore, même depuis qu'il est entré en sa gloire.

On se tromperait, si l'on croyait que ce discours, adressé à une simple religieuse, ne peut être utile qu'aux personnes de la même profession. 11 convient à tous les chrétiens, parce qu'il expose des obligations qui leur sont communes. Aussi Bossuet, en unissant, croit pouvoir s'adresser sans distinction, à 'tous en général, a grands ou petits, pauvres ou riches, savants ou ignorants, ecclésiastiques ou laïques, religieux ou religieuses, ou vivant dans la vie commune '. »'

* Bossuet écrit à M«« d'Albert, Lettre ce : « J'ai toujours ouï dire que votre éducation de toutes deux à Port-Royal avoit fait une mauvaise impression , que Monsieur votre frère môme avoit eu bien de la peine à lever par rapport à sa personne : j'ai dit ce que je devois là-dessus au P. de la Cbaise et au Roi même : » Lettre ccxlv : « Il est vrai qu'on a dit au Roi ce que vous avez sa...; ce sont de vieilles impressions de Port-Royal, dont on a peine à revenir ; mais qui, Dieu merci, ne font aucun mal, si ce n'est de retarder le cours des grâces de la Cour; ce qui est souvent un avancement de ceUes de Dieu.

' J, VII, p. 394, -* V. Lacqat, notes bistoriq., au commencement da vol

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