‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 30 sur 260 · LIVRE VII. -. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. -. CHAPITRE V

jamais soulevé d'objection, et l'éditeur, M. Emery, n'a jamais été soupçonné d'ultramontanisme ^ Voici ce que nous lisons : cr Le chancellier Le Tellier et l'archevêque de Reims son flls, de concert avec M. de Meaux, ( précepteur du Dauphin ) formèrent le projet d'une assemblée générale du clergé. La régale en était le sujet principal... L'évoque de Tournai, de Choiseul-Praslin, se joignit à eux... d

Sur quelle matière devra délibérer l'assemblée? Les deux Tellier et Choiseul veulent qu'elle statue sur la question de la régale et sur l'autorité du Pape. Bossuet ne partage pas ce sentiment. Il s'arrête à la régale et dit que l'assemblée se rendra odieuse, si elle touche au Pape. Il rappelle les difficultés soulevées par son livre de F Exposition et prévoit les plus «graves embarras si on se jette dans une dispute hors de saison.

Plus tard, Colbert insistera auprès du roi pour qu'on traite la question du Pape. L'archevêque de Paris et le P. Lachaise agissaient dans le même sens. Le Pape nous a poussés , il s'en repentira '. Le roi donna ordre de traiter la question. Bossuet voulut traîner la chose en longueur, mais sur l'ordre du prince, il se rendit. (Fleury, ibid.) Il était aussi question de statuer sur les appellations au futur concile ; mais Bossuet rappela que ces appellations avaient été nommément condamnées par les papes Pie II et Jules 11, sous peine d'excommunication encourue ipso facto.

Le Pape fut-il averti de la convocation de l'assemblée? fut-il invité à y donner son consentement et à la présider, comme c'était son droit le plus incontestable? Nullement.

L'assemblée de 1682, comme plus tard celle de Pistoiedont elle est le prélude, sera convoquée par le prince, dirigée par le prince, close par le prince, sanctionnée dans ses actes par le prince. Le Pape déclarera illégitime et anticanonique cette réunion , on passera outre. Le Pape sera jugé sans être entendu ; l'assemblée qui lui refuse l'infaillibilité va se l'attribuer à elle-même et tracer les limites où devra se renfermer le successeur de Pierre. Pour colo-

* Voyez Pièces justificatives j n» 23.

' Voilà, à coup sûr, une parole bien caUiolique, bien épiscopale.

rer éloguemment cette usurpation^ on s'écriera : a 0 sainte Eglise romaine...., si je t'oublie^ puissé-je m'oublier moi-même.... » Et l'Eglise^ mère et maîtresse^ devra courber humblement le front devant le jugement de trente-six évêques 1 Quelle aberration I quel aveuglement déplorable I

La question de la régale était plus claire que le jour; les conciles^ les constitutions apostoliques, le plus simple bon sens Tavcdent résolue d'avance. Le Pape, dans la plénitude de sa puissance spirituelle^ ou un concile légitimement assemblé pouvaient seuls changer ou modifier Tétat de choses établi en France. Les évêques français^ agissant de leur propre autorité , sapaient par sa base la constitution de l'Eglise en s'ingérant dans de semblables matières.

Quant aux prérogatives du Pape , c'est le point culminant de toute question tbéologique et canonique. Or. qui avait donné droit à trente-six évêques de statuer sur un sujet qu'aucun concile œcuménique n'avait abordé? Au nom de qui parlent-ils? à qui ont-ils la présomptueuse prétention de dicter des lois? Non, non, jamais on ne vit rien de tel. Il faut que le fait existe pour qu'on le croie possible.

Dans un temps où la volonté du roi était toute-puissante, la convocation du clergé en assemblée générale ne paraissait pas offrir beaucoup de difficulté. Mais Colbert et ses satellites avaient trop d'habileté pour ne pas sonder lès dispositions du clergé et savoir si la future assemblée entrerait docilement dans les vues de la cour ; si la majorité des évêques consentirait à frapper sur le Pape et à limiter sa puissance.

On tâta l'opinion, et bientôt on acquit la conviction qu'un échec serait le résultat le plus assuré. L'affaire étant engagée^ il fut résolu qu'on avancerait de manière à atteindre sûrement le but. Ce qu'on ne pouvait obtenir de la libre conscience, on le demanda à la ruse. Les faibles furent intimidés, les intrigants flattés , les récalcitrants exclus.... Aux plus redoutables, on réserva les lettres de cachet, cet engin de politique ténébreuse, qui dispense de toute procédure et de toute raison. Par ce quadruple moyen on se prépara une assemblée facile, et prête à dire avec Daniel

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