‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 45 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE Vill · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE Vill

toute la convenance et tonte la proportion qui les assortit Tan avec l'autre. Ainsi, de quelque côté qu'il la considère, il est hors de lui; et ravi en admiration il s'écrie : Quam pulchra tabemacula tua, Jacob, et tentoiia tua, Israël! « Que vous êtes admirables sous vos tentes, enfants de Jacob ! » quel ordre dans votre camp I quelle merveilleuse beauté parait dans ces pavillons si sagement arrangés ; et si vous causez tant d'admiration sous vos tentes et dans votre marche , que sera-ce quand vous serez établis dans votre patrie !

11 n'est pas possible, mes frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée TOUS n'entriez dans de pareils sentiments. Une des plus belles parties de TEglbe universelle se présente à vous. C'est l'Eglise gallicane qui vous a tous engendrés en Jésus-Christ : Eglise renommée dans tous les siècles, aujourd'hui représentée par tant de prélats que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé {a) et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l'ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C'est en leur nom que je vous parle; c'est parleur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Eglise gallicane, pleine de science et de vertu ! mais qu'elle est belle dans son tout, qui est l'Eglise catholique ; et qu'elle est belle saintement et inviolablement unie à son chef ^ c'est-à-dire au successeur de saint Pierre ! 0 que cette union ne soit point troublée ! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite !

Esprit saint. Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison, affermissez-y la paix. La paix est l'objet de cette assemblée : au moindre bruit de division , nous accourons effrayés pour unir parfaitement le corps de TEglise, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. Mais puisqu'il s'agit d'unité, commençons à nous unir par des vœux communs, et demandons tous ensemble la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

Messeigneurs,

« Regarde , et fais selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne. » C'est ce qui fut dit à Moïse, lorsqu'il eut ordre de construire le tabernacle ^ Mais saint Paul nous avertit* que ce n'est point ce tabernacle bâti de main d'homme qui doit être travaillé avec tant de soin, et formé sur ce beau modèle : c'est le vrai tabernacle de Dieu et des hommes ; c'est l'Eglise catholique, où Dieu habite , et dont le plan est fait dans le ciel. C'est aussi pour cette raison que saint Jean voyait dans l'Apoca-

[a) Tant de Prélats I voilà une hyperbole difficile à justifier. l^élite du clergé^ est une vérité de même ordre.

* Exad,, XXV, 40. — ^ Hehr,, vm, 9.

lypse « la sainte cité de Jérusalem S » et l'Eglise qui commençait à s'établir par toute la terre; il la voyait, dis-je, descendre du ciel. C'est là que les dessins en ont été pris : ce Regarde^ et fais selon le modèle qui t'a été montré sur cette montagne, p

Mais pourquoi parler de saint Jean et de Moïse? écoutons Jésus-Christ lui-même. Il nous dira a qu'il ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père ^. » Qu'a-t-il donc vu, chrétiens, quand il a formé son Eglise? qu'at-il vu dans la lumière éternelle et dans les splendeurs des saints où il a été engendré devant l'aurore ? C'est le secret de l'Epoux, et nul autre que l'Epoux ne peut le dire.

a Père saint , je vous recommande ceux que vous m'avez donnés, » je vous recommande mon Eglise ; a gardez-les en votre nom , afin qu'ils soient im comme nous ^ » et encore : « Comme vous êtes en moi, et moi en vous, ô mon Père, ainsi qu'ils soient un en nous. Qu'ils soient un comme nous ; qu'ils soient un en nous * : » je vous entends , ô Sauveur ; vous voulez faire votre Eglise belle, vous commencez par la faire parfaitement une : car qu'est-ce que la beauté sinon un rapport , une convenance , et enfin une espèce d'unité? Rien n'est plus beau que la nature divine, où le nombre même, qui ne subsiste que dans les rapports mutuels de trois Personnes égales , se termine en une parfaite unité. Après la divinité , rien n'est plus beau que l'Eglise, où l'unité divine est représentée. « Un comme nous, un en nous : regardez , et faites suivant ce modèle. »

Hue si grand ft lumière nous éblouirait : descendons , et considérons l'unité avec la beauté dans les chœurs des anges. La lumière s'y distribue sans se diviser : elle passe d'un ordre à un autre, d'un chœur à un autre avec une parfaite correspondance , parce qu'il y a une parfaite subordination. Les auges ne dédaignent pas de se soumettre aux archanges, ni les archanges de reconnaître les puissances supérieures? C'est une armée où tout marche avec ordre , et comme disait ce patriarche ; a C'est ici le camp de Dieu *. » C'est pourquoi dans ce combat donné dans le ciel, on nous représente a Michel et ses anges contre Satan et ses anges *. » 11 y a un chef dans chaque parti; mais ceux qui disent avec saint Michel : « Qui égale Dieu? » triomphent des orgueilleux , qui disent : Qui nous égale ? et les anges victorieux demeurent unis à leur Créateur sous le chef qu'il leur a donné. 0 Jésus qui n'êtes pas moins' le chef des anges que celui des hommes : a Regardez et faites selon ce modèle ; » que la sainte hiérarchie de votre Eglise soit formée sur celle des esprits célestes. Car, comme dit saint Grégoire ' :

» Apoc, XXI, 10. — * Joan., v, J9. — « Ibid., xvii, 11. — * iWd., 21, 22. — » Gènes., xxxii, 2. — « ApoCf xii, 7. — ' S. Greg., Epist., lib. V, Epist. uv, tom. Il, col. 784.

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