‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 46 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE Vffl · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE Vffl

« Si la seule beauté de Tordre fait qu'il se trouye tant d'obéissance où il n'y a point de pêché^ combien plus doit-il j avoir de subordination et de dépendance parmi nous où le péché mettrait tout en confusion sans ce secours? n

Selon cet ordre admirable^ toute la nature angélique a ensemble une immortelle beauté^ et chaque troupe^ chaque chœur des anges a sa beauté particulière; inséparable de celle du tout. Cet ordre a passé du ciel à la terre; et je tous ai dit d'abord qu'outre la beauté de l'Eglise universelle, qui consiste dans l'assemblage du tout, chaque Eglise placée dans un si beau tout avec une justesse parfaite, a sa grâce particulière. Jusqu'ici tout nous est commun avec les saints anges : mais saint Grégoire nous a fait remarquer que le péché n'est point parmi eux ; c'est pourquoi la paix j règne éternellement. Cette cité bienheureuse , d'où les superbes et les factieux ont été bannis , où il n'est resté que les humbles et les pacifiques, ne craint plus d'être divisée. Le péché est parmi nous : malgré notre infirmité l'orgueil y règne ; et tirant tout à soi , il nous arme les uns contre les autres. L'Eglise donc, qui porte en son sein, dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de division, n'aurait point de beauté durable, ni de véritable unité, si elle ne trouvait dans son unité des moyens de s'y affermir, quand elle est menacée de division.

Ecoutez, voici le mystère de l'unité catholique, et le principe immortel de la beauté de l'Eglise, Elle est belle et une dans son tout ; c'est ma première partie , où nous verrons la beauté de tout le corps de TEglise : belle et une en chaque membre; c'est ma seconde partie, où nous verrons la beauté particulière de l'Eglise gallicane dans ce beau tout de l'Eglise universelle : belle et d'une beauté et d'une unité durable ; c'est ma dernière partie , où nous verrons dans le sein de l'unité catholique des remèdes pour prévenir les moindres commencements de division et de trouble. Que de grandeur et que de beauté ! mais que de force, que de majesté , que de vigueur dans l'Ëgilise ! car ne croyez pas que je parle d'une beauté superficielle •qui trompe les yeux. La vraie beauté vient de la santé : ce qui rend l'Eglise forte, la rend belle ; son unité la rend belle, son unité la rend forte. Voyons donc dans son unité , et sa beauté et sa force : heureux si l'ayant vue belle premièrement dans son tout, et ensuite dans la partie à laquelle nous nous trouvons immédiatement attachés , nous travaillons à finir jusqu'aux moindres dissensions qui pourraient défigurer une beauté si parfaite. Ce sera le fruit de ce discours, et c'est sans doute le plus digne objet qu'on puisse proposer & un si grand auditoire.

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