‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 85 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE XI

notre intention n*a jamais été de décréter quoi que ce soit; ce qu'on peut voir clairement par les procès-verbaux de l'assemblée. En efTet, rien n'a été décrété comme de foi, rien BYeo ^intention (Rengager les consciences ou de condamner Topinion* contraire : à quoi nul ne pensait , même en songe. C'est pourquoi , comme on paraissait croire que le clergé avait porté des décrets de cette nature, les Français repoussèrent avec une grande douleur de cœur un semblable sentiment. Le Pontife ne demandait rien autre

chose, et les évèques n'avaient rien de plus à dire Et, en

effet, que demandait le bon et pacifique pape Innocent XII? Que les évêques abjurassent une doctrine erronée , une doctrine schismatique et fausse? Non, certainement. Les évèques dirent simplement, on n'a pas eu l'intention de rien décréter (en matière de foi] ; voilà ce que le Pontife voulait (dans son erreur), que les évêques fissent profession d'abjurer et de détester. x>( Gailia orthodoxa, n** YI et X. )

Si telle était bien la restriction mentale que les évêques nommés apportaient dans la lettre adressée au souverain Pontife, nous les plaignons, et, Bossuet^ en la sortant de l'ombre où elle devait demeurer^ rend un fâcbeux service à ses collègues. Ce qu'il y a de plus regrettable peut-être, c'est que Bossuet vient se heurter à des invraisemblances qui vont jusqu'à l'absurde. En effet, si le Pape avait exigé des évêques ce que Bossuet lui prête , ceux-ci étaient autorisés à lui répondre : Très-Saint-Père , nous conservons assez de théologie pour faire la distinction facile entre une décision en matière de foi qui lie les consciences , et l'expression d'un sentiment théologique qui nous est particulier. Nous avons peut-être été très-téméraires en adoptant la décision de l'assemblée, mais nous supplions Votre Sainteté de nous croire encore assez de raison pour ne point donner dans les excès dont on nous accuse.

Si , d'un autre côté , le Pape avait pu soupçonner la pensée cachée des signataires de la lettre, il leur aurait sans doute répondu : Vous vous faites une injure que jamais je n'aurais songé à vous adresser. Je ne vous reproche point la puérile prétention de formuler des dogmes, mais d'avoir embrassé une doctrine nou-

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velle, fausse y i^jarieuse aa Saint-Siège^ sinon directement schismatique^ au moins conduisant au schisme et à rinsub(M*dination. Gomme vous devez pcdtre une portion du troupeau fidèle dans la doctrine saine , je vous demande de détester de cœur et d'abjurer de bouche ces choses^ qui porteraient le scandale autour de vous.

Mais qui pourra se flatter de saisir la vérité dans un temps où tout conspire à la voiler, et sur un sol où ne semble germer qne la contradiction ? D'un côté^ on affirme n'avoir voulu exprimer qu'une opinion libre ; et d'un autre côté , l'assemblée se conduit comme si elle avait le pouvoir suprême^ comme si elle formait uu concile œcuménique^ en envoyant sa déclarcUion à toutes les Eglises.

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