‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 84 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE XI

conduire de telle sorte que, jusqu'à notre dernier soupir, nous rendions avec empressement à Votre Sainteté l'obéissance qui lui est due , nous emploierons notre zèle à défendre les droits des Eglises, autant qu'il sera possible de le désirer. A la lecture des présentes, nous espérons que Votre Sainteté, et nous l'en prions très-humblement, voudra bien nous recevoir en grâce, dans toute sa bienveillance, et daignera nous placer à la tête des Eglises auxquelles notre roi très-chrétien a bien voulu nous nommer, »

£n général, nous accordons peu de confiance aux lettres de rétractation des évêques nommés ; elles sont tardives, et le public y voit trop clairement un motif qui n'est pas celui du parfait désintéressement. Il parait que celle qu'on vient de lire cachait un piège; mais le Pape qui la prit, sensu obvio et genuino, se montra satisfait et accorda les bulles.

» De son côté, le roi avait bien voulu, dès le commencement du nouveau pontificat, suspendre les ordres qu'il avait donnés en 1682 dans toutes les écoles du royaume de n'enseigner et de ne soutenir sur la puissance spirituelle et temporelle des Papes que la doctrine contenue dans les quatre propositions établies dans l'assemblée du clergé. Sa Majesté laissant à cet égard une entière liberté, de même que sur plusieurs autres questions qui ne touchent point à la foi, et que l'on abandonne à la dispute des écoles.

B Dans le même temps que les évêques qui attendaient des bulles , écrivirent au Pape la lettre dont on était convenu , le roi lui écrivit de sa main, le 14 septembre 1693, la lettre suivante :

a Très-saint Père, j'ai toujours beaucoup espéré de l'exaltation de Votre Sainteté au pontificat pour les avantages de l'Eglise et de l'avancement de notre sainte religion. J'en éprouve présentement les effets avec bien de la joie dans tout ce que sa béatitude fait de grand et d'avantageux pour le bien de Tun et de l'autre. Gela redouble en moi mon respect filial envers votre béatitude. Comme je cherche de lui faire connaître par les plus fortes preuves que j'en puis donner , je suis bien aise aussi de faire savoir à Votre Sainteté que j'ai donné les ordres nécessaires, pour que les choses contenues dans mon édit du 22 mars 4682, touchant la déclaration faite par le clergé de France, à quoi les conjectures passées m'avaient obligé, ne soient pas observées ; et que désirant que non-seulement Votre Sainteté soit informée de mes sentiments, mais encore que tout le monde connaisse par une marque particulière la vénération que j'ai pour ses grandes

et saintes qualités^ je ne doute pas qae votre béatitade n'y réponde par toutes les preuves et démonstrations envers moi de son afiFection paternelle. Je prie Dieu œpendant qu'il conserve Votre Ssdnteté plusieurs années au régime et gouvernement de son Eglise. Ecrit & Versailles^ le 14 septembre 1693 ^ »

La lettre des évêgues nommés produisit en France un effet qu'il est facile de deviner. Le fanatique auteur de la Tradition des faits, Ghauvelin, s'écrie^ dans son indignation de sectaire: a Quel scandale ne donnèrent pas les évêques qui, oubliant qu'ils étaient Français , se détachèrent du reste de la nation pour reconnaître les injustes prétentions de la cour de Rome y et demander humblement pardon de ce qui s'était fait dans l'assemblée!.... Une démarche aussi criminelle ne montrait que trop évidemment que la plupart de ceux qui avaient signé la déclaration ne s'y étaient prêtés que par respect humain , et que dans le fond du cœur ils conservaient ces sentiments ultramontains ! x> L'aveu est bon à recueillir. Legendre dit de son côté : a Cette lettre ût grand bruit, et comment n'en aurait pas fait une palinodie aussi extraordinaire? En pays étranger, elle fut regardée comme une abjuration expresse. En France, au contraire on disait que ce retour , parce qu'il n'était fait que par des particuliers, ne donnait point atteinte à ce qui avait été arrêté en 1682. » (Mém.y p. 159.)

Bossuet, par cette lettre et la manière dont elle était interprétée, fut jeté dans un grand embarras, lorsqu'il voulut, plus tard, s'appuyer sur le sentiment unanime professé par le clergé de France. Alors, ou bien il tordit le sens de la lettre, ou bien il révéla les pensées secrètes qui étaient entrées dans la rédaction. Voici cette interprétation, que nous voudrions pouvoir taire pour rhonneur du grand écrivain : a Les sujets français qui devaient être promus à l'épîscopat s'empressèrent, dans les lettres pleines de soumission qu'ils écrivirent au souverain Pontife, de souscrire cette profession : Qu'ils voulaient tenir pour non décrété tout ce que dans l'assemblée on supposait avoir été décrété contre la puissance ecclésiastique et l'autorité pontiQcale. Car, disent-ils,

* Bausset.

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