‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 87 sur 260 · UYBB VU. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

UYBB VU. — CHAPITRE XII

dans la Faculté de tbédofie^ qui publia une DùserUUian théolo-gique et juridique contre la déclaration de 1682.

D Un second ouvrage sortit de la même école sous le titre de doctrine des docteurs et professeurs , tant anciens que modernes^ de la Faculté de théologie de Louvain, sur la primauté^ l'autorité et Pinfaillibilité des papes. L'auteur garda l'anonyme.

D 11 n'y eut pas jusqu'à un marquis Gevoli de Caretto qui se crut en droit d'intervenir dans cette controverse. Il publia deux petits volumes in-12 contre les évêques de France^ auteurs ou approbateurs de la déclaration de 1682'; et il proposait tout simplement de les driUer avec la déclaration.

» Ces excès de quelques hommes obscurs auraient peu mérité rattention de Bossuet ; mais il dut être un peu étonné en voyant un archevêque de Gran ou Strigonie, primat du royaume de Hongrie, « qui , après avoir fait parade^ dit Bossuet, d'un concile national qu'il se promettait de tenir en son temps, aOn sans doute de mettre au même niveau Tautorité du clergé de France, se per- ' mettre , accompagné peut-être de cinq ou six évêques , de foudroyer les décrets de tant de prélats français, ou plutôt de toute TEglise gallicane, et condamner les quatre articles du clergé comme offensant les oreilles chrétiennes, comme absurdes, tout à fait détestables, inventés par les ministres de Satan , et distillant, au travers d'une écorce de piété, le venin du schisme le plus aSreux. »

» Une pareille censure, qui ressemblait plutôt à une déclamation, n'avait rien de bien alarmante »

^ Voici le texte de la condamnation prononcée :

« Les propositions du Clergé de France qui , pour des oreilles chrétiennes, sont absurdes et tout & fait détestables ayant été disséminées dans les provinces du royaume de Hongrie , par les ministres de Satan , dans le but de donner un aliment et un appui à la perfidie de Terreur , comme à d'autres calamités intestines^ et de faire pénétrer le poison du schisme dans les âmes imprudentes des fidèles, sous les dehors séduisants de la piété , ifous n'avons pas cru devoir nous mettre en peine de réfuter, pour le moment, comme l'ont entrepris d'illustres théologiens^ ces propositions, qui sont assez flétries et réfutées par la perpétuelle tradition des saints Pères, par les décrets des conciles œcuméniques, et les témoignages formels de la parole de Dieu même, malgré les efforts que font les auteurs de ces propositions pour interpréter à leur sens certains passages des livres saints qu'ils torturent pour en faire sortir

i60 HISTOIRE DE BOSSUffT.

Ce langage peu convenable, ce tos dégagé^ railleur et de mauvais goût , Bossuet , il faut le dire avec regret ^ en wait donné l'exemple à son historien , ce qui prouve que l'acte du primat avait porté coup.

a Bossuet^ dit le cardinal Yillecourt^ Bossuet, jusque-là à sage et si réservé à l'égard des plus insolents ennemis de l'Eglise , oublie sa gravité ordinaire pour se railler d'un homme qui loi est^ supérieur par son rang^ et dont la conduite devait, au moins, lui inspirer quelque égard et même quelque estime, puisqu'il n'avait agi que pour venger l'honneur du Père commun des fidèles. « Il veut^ sans doute ^ dit avec un ton méprisant l'évêque de Meaux , il veut, sans doute ^ mettre l'autorité du concile national qu'il se promet de tenir en son temps , au même niveau que ceDe du clergé de France ! » £t pourquoi pas ? Le clergé français doitil avoir un privilège sur celui des autres nations ? Et s'il pouvait mériter ce privilège , serait-ce pour le temps où il dégrade , autant qu'il est en lui, la grandeur de son chef? Mais ce n'est pas seulement une nation catholique qui condamne l'assemblée de 1682 ; bientôt tous les peuples unis de communion avec le Saint- Siège ne feront entendre qu'un cri unanime de réprobation et d'indignation contre cette inqualifiable assemblée ^ »

Evidemment c'est la France qui jouit seule des dons de la science , de la sagesse , de la modération et de l'infaillibilité. Les

lears opinions. Nous avons suiyi les traces de nos prédécesseurs qui^ en pareille circonstance , ont été unanimes dans la disposition de proscrire les doctrines funestes et dangereuses^ en matière de foi...

j> C'est pourquoi , le saint nom de Dieu invoqué , et après avoir préalablement examiné la question dans la meilleure forme que la difficulté des temps et des lieux pouvaient le permettre; après avoir mûrement détibéré avec nos vénérables frères^ les évéques^ les abbés, les prévôts, les Chapitres, et grand nombre de professeurs en théologie et d'hommes hai)ile8 dans la science des saints canons :

»Nous flétrissons et proscrivons les quatre propositions susdites; nous les interdisons ti tous les fidèles chrétiens de ce royaume ; nous défendons de les lire, de les retenir, et plus strictement encore d'oser les enseigner, jusqu'à ce qu'intervienne , à l'égard de ces mêmes propositions , l'oracle infaillible da siège apostolique, auquel seul appartient, par le privilège immuable qu'ils reçu de Dieu , le droit de prononcer en dernier ressort sur les questions de foi. »

^ La France et le Pape.

UVRE Vil. — CHAPITRE XU. 161

autres nations doivent s'estimer heureuses de lui servir humblement de satellites et de rouler exclusivement dans son orbite. £t cependant nous verrons , à propos du livre de Quesnel et de la question du quiétisme , les plus fortes têtes gallicanes broncher péniblement sur le terrain de la vraie théologie.

Au sein même de Rome, et d'une main toute française, la déclaration subit de rudes atteintes. Ecoutons encore M. de Bausset :

« Un prêtre français , nommé Charlas^ réfugié à Rome y pour avoir pris une part très-active aux troubles du diocèse de Pamiers au sujet de la régale y composa un traité qu'il intitula : De Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ ; il y étalait une affectation d'érudition capable de faire impression sur les gens peu instruits^ qui forment toujours le plus grand nombre.

r> Les écrits du même genre se multiplièrent tous les jours. Des censeurs plus imposants que ceux que nous venons de nommer , le savant cardinal d'Aguirre, le cardinal Sfondrate^ connu par sa vaste érudition, le père Thyrso Gonzalès^ général des Jésuites^ et plusieurs autres y publièrent des ouvrages où ils censuraient avec une extrême rigueur la doctrine des quatre articles ; et les honneurs éclatants dont Innocent XII crut devoir récompenser leur zèle^ semblaient leur donner^ aux yeux de la multitude, les apparences de la victoire et du triomphe. »

Le docteur Charlas avait été vicaire-général de Pamiers. Doucement condamné à mort par lé parlement de Toulouse , et exécuté aussi en effigie, pour avoir osé décliner la compétence d'un tribunal séculier , et protester énergiquement contre les ordonnances schismatiques du métropolitain, il s'était réfugié à Rome, afin d'y plaider la cause du droit et de la justice indignement foulée aux pieds.

Son livre est empreint d'une vivacité qu'on s'explique^ mais les entreprises anticanoniques des régaliens y sont exposées sous le jour le plus accablant.

Charlas avait lu le discours d'ouverture envoyé à Rome par son auteur , et les points faibles de cette œuvre éloquente ne lui purent échapper. Les erreurs historiques sont relevées avec une

T. 11. il

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vigueur remarquable et une connaissance de Thistoire gui nous étonne aujourd'hui. D*où Ton peut conclure d'abord, que si le niveau de la sdence ecclésiastique s'est abaissé dans notre pays , on le doit à l'influence des idées gallicanes ; en second lieu, que si la critique a mis de notre temps beaucoup de choses en lumière, elle n'a pas tout inventé. L'authenticité et la valeur canonique de la fameuse pragmatique, si hautement invoquée par Bossuet, est, on peut le dire, renversée de fond en comble par le docteur Gharlas. Les erreurs imputées au pape sont réfutées avec une force de logique et une abondance de preuves qu'on ne peut qu'admirer.

L'illustre Thomassin porte le même jugement sur la pragmatique, et si Bossuet, dans le livre de la défense , revient sur ce sujet, ce n'est pas faute d'avertissement.

C'est donc en grande partie , à l'occasion du docteur Charlas , que l'évêque de Meaux jeta les fondements de son volumineux ouvrage, auquel il donna pour titre : Defensio declaratimis cleri Gallicaniy défense de la déclaration du clergé de France.

a II composa cet ouvrage immense , dit Tabbé Ledieu , où il épuise la matière et porte les preuves jusqu'à la démonstration, il y réfute particulièrement le Tractahts de libertatilms Eccksiœ Gallicanœ.

Mais d'autres adversaires paraissaient, presque en même temps, sur la brèche.

D'abord nous apercevons Sfondrate, abbé de Saint-Gall, et plus tard cardinal. Son livre, intitulé Gallia vindicata, la France vengée , a pour objet principal d'établir que la doctrine de la déclaration, mauvaise en soi , forme rupture avec l'enseignement commun de la France , de même que le schisme de Henri YIII brisait avec le passé de l'Angleterre. Bossuet comprit toute la force de l'argument, et voulut y répondre, ce qu'il fit faiblement, avec plus d'affirmations que de preuves solides ^ Plus tard Scheelstrate , chanoine d'Anvers , puis bibliothécaire du Vatican ,

* La thèse de Sfondrate^ reprise avec succès par plusieurs cootroversistes^ a toujours été particulièrement désagréable aux gallicans. Le Piémontals Soardi qui la soutint avec beaucoup de science et de talent , dans le niiUeu du siècle

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homme d'une science profonde et très-versé dans les antiquités chrétiennes, vint à son tour combattre la déclaration. Une grande partie de son travail roule sur les anciens conciles^ dans leurs rapports avec le pontife romain^ et principalement sur le concile de Constance, tant de fois invoqué par les gallicans.

Ajoutons 1<^ les dissertations du savant cardinal d'Aguirre {Défense de la chaire de Saint-Pierre contre la déclaration du clergé de France , un vol. in-folio , écrit en latin ) , qui parurent en France, vers 1686 ou 4687.

^ Le traité du père Thyrso Gonzalès , publié vers la même époque , et nous aurons une idée de ce feu croisé qui foudroie la déclaration.

Bossuet^ entouré et pressé par des adversaires qui s'avancent de l'Allemagne, de la Belgique, de la Suisse, de l'Italie, pouvait-il briser sa plume et recevoir en silence les coups portés à la décla-ration ? Il faudrait peu le connaître pour supposer qu'il acceptât un rôle aussi négatif. Nous venons de voir qu'à partir de ce moment, oa ne trouve guère en Févêque de Meaux qu'un auteur blessé, irrité par la contradiction, et il en sera de même toutes les fois que reviendra la question des quatre articles. Non-seulement la modération lui fera défaut assez habituellement , mais il donnera dans des arguties peu dignes d'un esprit d'ailleurs si ferme, si net , si plein de raison.

a Bossuet, dit son historien, aurait désiré que les qtmtre orticles fussent accompagnés d'un écrit dans lequel on se serait borné à présenter les preuves les plus décisives et les plus propres à faire impression sur les esprits prévenus : dans cette vue, il avait déjà préparé une espèce d'apologie fondée sur les autorités les plus irrécusables , et dont Rome même ne pouvait contester l'authenticité. Mais l'archevêque de Paris (M. de Harlay), en convenant de l'utilité du projet, crut y apercevoir des inconvénients qui le portèrent à l'écarter, et peut-être serait-il injuste de lui en faire un reproche.

» Il put croire que la doctrine de l'Eglise gallicane n'avait be-

dernier, vit son ouvrage condamné par arrêt du parlement de Paris et brûlé par la main du bourreau.

soin que de se montrer pour se défendre^ et que ce serait en quelque sorte douter de son orthodoxie, que de paraître croire qu'elle eût besoin d'une apologie. Mais M. de Harlay était encore plus fondé à craindre que cette apologie ne fût une espèce de défi et d*appel à tous les écrivains ultramontains ; que ce serait provoquer les contradictions au lieu de les prévenir ; que dans tout ce qui est abandonné aux disputes des hommes , les opinions les plus raisonnables et les mieux fondées ne peuvent échapper à toutes les objections ; qu'en un mot ce serait ouvrir inutilement un vaste champ de controverse ; qu'il valait mieux attendre qu'on fût attaqué pour se défendre y et qu'on serait toujours à temps de répondre aux objections qu'on ferait^ sans s'épuiser à résoudre des objections que l'on ne ferait peut-être jamais.

» Ces considérations pouvaient paraître assez plausibles pour faire impression^ et engager Bossuet lui-même à suspendre l'exécution de son premier dessein.

x> Mais ce qu'il n'a pu faire sous le nom et sous l'autorité de l'assemblée de 1682, il Ta depuis exécuté dans son grand ouvrage de la Défense de la déclaration du clergé^ l'un des monuments les plus imposants de la prodigieuse érudition de Bossuet , et de son dévouement à la gloire de l'Eglise gallicane ^ » (Bausset.)

Quand on se donne des maîtres ^ il faut renoncer à sa liberté personnelle; il faut obéir. Bossuet sacrifie aujourd'hui ses desseins à la volonté de M. de Harlay ; plus tard^ si nous en croyons son historien ; il sacrifiera son immense travail à la volonté du

roi.

Nous comprenons facilement la préoccupation de Tillustre écrivain. Il avait trop d'intelligence pour ne pas sentir combien était ruineux le fondement de son édifice ; de là le besoin de l'étayer par tous les côtés à la fois. Mais nous allons voir que l'entreprise offrait les plus graves difficultés; et le monument devant lequel s'agenouille M. de Bausset n'a pu satisfaire son auteur. rg^Le livre de la Défense y tel que nous le donnent les éditions de Versailles et de Paris, forme une volumineuse compilation^ écrite

i Nous dirons^ nous le monument le plus déplorable dont un évoque puisse charger sa conscience et sa mémoire.

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