‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 88 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE XII

toute en latin plus ou moins rude, hérissée de textes nombreux et de raisonnements qui ne sont pas toujours faciles à saisir. Le corps de l'ouvrage est divisé en trois parties :

La 1'% « où Ton traite de la suprême puissance, en ce qui concerne le temporel des rois. »

La â"", c< où Ton agite les questions du concile de Constance^ du concile de Baie et de ce qui s'y rapporte. x>

La 3% a où Ton reprend la doctrine de l'école de Paris^ dès l'origine du christianisme, d

En tout 11 livres, 362 chapitres, environ 1,300 pages d'impression.

Cet ouvrage est de ceux dont on parle beaucoup et qu'on lit très-peu ; il faut en effet un rare courage pour parcourir ces sentiers épineux dont nulle fleur ne vient égayer les sinuosités interminables. Ceux qui se sentiront assez de patience pour les aborder et les suivre, trouveront des notes de M. Lâchât projetant une trèsutile lumière sur les points où le sophisme et la fausse érudition peuvent dérouter le commun des lecteurs. L'analyse de cette œuvre, aujourd'hui fort justement délaissée, serait fastidieuse, et nous nous contenterons d'en rapporter l'histoire , qui sera déjà par elle-même assez longue.

Bossuet, en voyant serrée de toute part l'œuvre qu'il venait d'épouser, dut concentrer ses forces et hâter la fin de son travail. À quelle époque fut-il terminé ? C'est ce que nous ne saurions dire avec quelque certitude. Tout nous porte à croire que manuscrit et copie se trouvaient achevés et revus avant 1689. Nous lisons dans l'abbé Ledieu : a II (M. de Meaux] finit entièrement ce travail en l'année 1685. J'en ai la préface et la conclusion avec tous les titres des chapitres, pour conserver la mémoire et le dessein d'un si grsCnd ouvrage, o

Nous avons peine à croire que l'ouvrage , tel que nous le possédons, fut fini entièrement en 1685 , car c'est à peine si les ouvrages que réfute Bossuet avaient paru , en France , à l'époque dont il s'agit. La copie dont parle l'abbé Ledieu est sans doute une de celles que le secrétaire gardait, pour son propre compte, et qu'il enfermait dans la fameuse grande armoire.

Quels motifs ont arrêté l'impression d'un ouvrage auquel l'auteur devait s'être affectionné ? M. de Bausset prétend que ce fat le roi qui en défendit la publication^ pour ne point irriter de nouveau la cour de Rome et mener à bonne fin les négociations déjà entamées.

a Les circonstances ne permirent pas alors de le rendre public. Louis XIY désirait de se rapprocher de la cour de Rome ; et il craignit de l'aigrir encore plus , en établissant de nouvelles discussions sur cette déclaration , qui avait si vivement irrité les ultramontains.

D Cette négociation traîna en longueur plusieurs années, et il n'y eut de conciliation définitive qu'en 1693. Ce n'était pas dans un pareil moment qu'il convenait d'offrir un nouveau prétexte de division ; et une considération si puissante ne permettait pas à Bossuet de publier son ouvrage. »

Le roi, en effet , souffrait d'une situation qui privait les diocèses de leurs pasteurs et jetait le trouble dans les consciences. On sait que pour conclure la paix avec le Saint-Siège, il fiait par renoncer à la déclaration et publier un édit ^ qui lui enlevait le caractère légal et obligatoire dont elle avait été revêtue. Il est vraisemblable que les quatre articles seraient tombés dans un complet oubli , sans les manœuvres des ministres et des parlementaires, qui ne perdaient aucune occasion de relever l'orgueil du roi^ de lui montrer sa couronne en péril , son autorité amoindrie et méconnue, par les prétentions de la cour de Rome.

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