‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 91 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE XlII · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE XlII

ment sur la doctrine du cardinal Sfondrate. Il voulut même éviter de donner à cette dénonciation un éclat gui aurait pu affliger on blesser les amis que la mémoire du cardinal Sfondrate conservait encore à Rome , ou plutôt , comme dit Bossuet dans sa lettre au Pape^ pour ne paraître point agir avec plus de faste que de modestie.

B Bossuet se chargea de la rédaction de cette lettre; il la .composa en peu de jours, et elle fut souscrite le 23 février 1697 par Tarchevêque de Reims^ l'archevêque de Paris (NoaiUes), Bossuet, révêque d'Arras *, et l'évêque d'Amiens *.

» Cette lettre paraissait se borner à énoncer les propositions du livre qu'on avait jugé les plus répréhensibles. Le respect que Bossuet voulait observer pour le Saint-Siège , lui défendait en quelque sorte de prévenir son examen et son jugement; mais il avait eu soin de placer à la suite des propositions les raisons et les autorités qui devaient en déterminer la condamnation ^

a Très-saint Père, disait Bossuet au nom de cinq évèques^ c'est le devoir des évêqiies de découvrir^ sans aucune acception des personnes^ les erreurs qui naissent dans TEglise^ qu'il convient de frapper avec d'autant plus de force , qu'elles partent d'un lieu plus élevé...

» Quoique favorablement prévenus pour la mémoire^ le^oût et l'élégance de cet illustre personnage^ cependant un langage si inouï nous a frappés d'étonnement.... Rejetez donc^ très-saint Père ^ loin de l'Ëglise de Dieu^ à laquelle vous présidez avec autant de sagesse que de puissance^ rejetez ces sentiments bas et énervés , qui détruisent toute la force de la piété^ en se couvrant de ses apparences. Celui-là ne dénoue point les nœuds^ mais ne fait que les embarrasser davantage^ qui se conduit plutôt par des afifections humaines et de faibles raisonnements^ que par la tra« dition de l'Eglise •. »

La flèche qu'on lançait devait frapper un double coup^ ruiner Tautorité de Sfondrate , qui avait attaqué si vigoureusement la déclaration ; puis humilier le Saint-Siège, qui l'avait décoré de la pourpre. Les erreurs relevées dans le livre posthume du cardinal sont de nature à produire Teffet qu'on attend, puisqu'il s'agit du

* Bausset, liv. X.

« Lettre 254, tome XXVI, p. 529.

manichéisme, du pélagianisme^ du monothélisme et autres hérésies non moins capitales.

a Innocent XII répondit aux cinq évêques par un bref trèsobligeant en date du 6 mai 1697. Il y annonçait qu'il avait nommé une commission composée d'habiles théologiens pour examiner le livre du cardinal Sfondrate , et les observations des prélats, afin que toutes les choses étant pesées mûrement, il pût ensuite décider ce qui serait juste, sans autre considération que celle de remplir, comme il convenait, le ministère que Dieu lui avait confié '.

» On dit même que dans le premier moment ce pontife déclara, avec autant de mesure que de dignité , a qu'il avait fait l'abbé Sfondrate, cardinal pour servir l'Eglise, mais qu'il ne prétendait pas abandonner l'Eglise pour servir le cardinal Sfondrate. i>

x> L'examen des théologiens nommés par le Pape n'eut aucun résultat. Le cardinal Gabrielli, qui avait été approbateur de l'ouvrage du cardinal Sfondrate, dans le temps où il était encore simple théologien du Pape, écrivit même pour le défendre; Bossuet ne put donner aucune suite à cette affaire ; il eut à la même époque à déployer toutes ses forces et toutes les ressources de son génie dans un combat bien plus animé ; ce fat en effet alors que s'engagea sa controverse avec Fénelon ; et cette lutte trop célèbre, qui lui coûta trois années entières de soins, de travaux et d'activité, absorba toute son attention. (Bausset.)

Le jugement n'a jamais été prononcé, par une raison fort simple, c'est que la commission de théologiens nommée par le Pape, après un minutieux examen, déclara que rien dans l'ouvrage incriminé ne lui avait paru digne de censure.

Si les évêques dénonciateurs durent renoncer pour le moment à de nouvelles instances, leur passion ne fut point calmée. Nous retrouverons Bossuet et l'archevêque de Reims , en 1700, s'acharnant contre un adversaire couché dans la tombe, et tendant à leur fin par des voies obliques, peu compatibles avec leur dignité.

Lorsque M. de Bausset affirme que : a les idées du cardinal

» Lettre 253, Bosj?uet, tome XXVI, p. 111.

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