LIVRE VII. — CHAPITRE XIII
a Le gouvernement et ]e parlementadoptèrent entièrement l'avis de Bossuet, et ce fut dans cet esprit que fut conçu l'arrêt du 20 décembre 1695, qui défendait le débit des livres de Roccaberti.
» La seconde mesure proposée par Bossuet, était de requérir le Pape de s'expliquer sur Tinlention de ses brefs , de peur qu'on n'en étendit les louanges jusqu'aux invectives irrespectueuses » répandues dans tout le corps de Touvrage de Tarchevêque de Valence,
9 Enfin la troisième mesure consistait à requérir du gouvernement espagnol qu'il s'opposât à la publication et à la vente d'ouvrages injurieux au clergé de France.
0 Mais comme il était facile de prévoir que la cour de Rome ferait usage de ses lenteurs accoutumées, pour éluder la satisfaction que le roi était en droit dé prétendre, Bossuet proposa un genre de réparation qui deviendrait encore plus honorable au roi et à TËglise gallicane , et qu'il n'était pas au pouvoir de Rome d'enlever à la France.
« La France, dit Bossuet (Mémoire au roi) est pleine de gens savants et de plumes très-éloquentes, qui y sans déroger aux droits et à l'autorité du Saint-Siège, pourront montrer à rarchevêque de Valence et à ses
semblables leur ignorance et leur emportement 11 n'est plus question
d'invectlTer contre la déclaration du clergé de France, sur laquelle le Pape est content, et le clergé ne dit mot. Mais sous prétexte de s'y opposer, outrer la censure jusqu'à vouloir qu'on soit hérétique ou schismatique, pour ne pas suivre des sentiments qu'on agite depuis trois cents ans dans
les écoles, sans que les Papes les aient notés ou défendus c'est un
excès si étrange, qu'on ne le peut dissimuler i. »
Nous ne ferons aucune réflexion sur ce récit que nous abandonnons au jugement du lecteur. Le parlement condamna en effet l'ouvrage de Roccaberti. Mais nous sommes humilié de voir l'évêque de Meaux , Bossuet , descendre au rôle de dénonciateur, appeler à son aide le bras séculier , et répondre à un livre de théologie par un arrêt du parlement I
Ce fut le 20 décembre 1695, que le parlement interdit, en France, le débit de l'ouvrage de Roccaberti. Bossuet avait
* Bausskt, note du VI liv.
cru se montrer indulgent en requérant q^il ne fût pas brûlé par la main du bourreau, quoique suivant Tévêque de Meaux , il le méritât à plus juste titre que bien d'autres auxquels on avait fait subir ce sort (Bossuet, t. XXII.) Le parlement daigna obtempérer à cette miséricordieuse prière. Quant à la sommation faite à Innocent XII de rendre compte do ses brefs , il n'en fit aucun cas, et il eut raison ^
Fermer à l'ouvrage les portes de ta France, c'était chose facile, sous Louis XIY^ qui laissait circuler en toute liberté les écrits les plus outrageants pour la papauté ; mais on ne détruisait , par le fait^ ni les raisons qu'il contenait , ni les blessures qu'il infligeait à la Déclaration. Aussi Bossuet reprendra-t-il la plume et consacrera-t-il de longues pages à réfuter cet adversaire dont il ne méconnaît ni l'importance ni le talent.
L'affaire du cardinal Sfondrate forme le triste pendant de celle de Roccaberti, et il convient de les joindre ici toutes deux. Nous sommes en 1696; le cardinal Sfondrate était mort depuis peu d'années^ laissant en manuscrit un livre sur la prédestination^ intitulé : Nodus prœdestinationis , où il réfutait Calvin et Jansénius.
(c Cet ouvrage ne vit point le jour tant que son auteur vécut; et il ne parut imprimé que quelques années après sa mort , avec l'approbation d'un théologien du Pape^ et sous les auspices, disait-on, du cardinal Albano, depuis pape lui-même sous le nom de Clément XI .
x> Ce fut l'archevêque de Reims (Charles-Maurice le Tellier) qui en reçut en France le premier exemplaire ; et il entreprit de le réfuter par une lettre imprimée au mois de janvier 1697. Mais Bossuet en ayant eu connaissance , se proposa un plan plus étendu^ plus digne de l'importance de la matière , et plus convenable^ en quelque sorte , à la dignité dont l'auteur avait été revêtu. Ce fut de déférer au Pape lui-même l'ouvrage du cardinal Sfondrate, dans une lettre raisonnée , où un petit nombre d'évêques se borneraient à exprimer leurs sentiments et leur étonne-*
* ViLLECouBT^ la France et le Pape,