‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 96 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE XIV

distinction devient ici nécessaire : La déclaration renferme deux choses, un fait extérieur et une doctrine. Bossuet, par une subtilité peu digne de son esprit, prétend que le fait seul de la déclaration a paru odieux au Saint-Siège ; pour hâter le retour à la bonne entente et enlever l'obstacle à la paix, il veut bien rejeter la déclaration^ %n tant que fait extérieur, propter asserendimodum. La doctriney qui est celle de l* école parisienne^ demeure hors de toute contestation , dit l'auteur, manet inconcussa. Il faut d'autant moins y renoncer qu'elle n'a jamais été l'objet d'une censure ni même d'un blâme ^ de la part du Saint-Siège... L'assertion est dure^ mais elle existe^ et tout l'esprit de Bossuet s'y trouve renfermé ^ Comme l'abbé Leroy, nous sommes convaincu que l'évêque de Meaux n'a jamais abandonné un point quelconque des doctrines qu'il a défendues ; que, dans sa pensée, il n'a rien retranché de son livre ; mais entre persévérer dans ses opinions et les répandre au dehors, il y a une différence que tout le monde comprendra.

Si nous jugions des intentions de l'auteur par ses habitudes et rétat où nous avons vu la copie de la DéfensCy nous conclurions^ sans hésiter, qu'il n'avait pas le dessein de livrer son travail à l'impression. Il eût exigé , selon toute vraisemblance^ une copie beaucoup plus nette^ beaucoup plus achevée.

De quelle époque date cette copie? Aucun renseignement positif ne vient nous éclairer. Les révisions dont elle porte de nombreuses traces ont-elles été faites avant 1689? Ce serait une sorte de preuve que Bossuet renonçait à son livre. Sont-elles postérieures et des dernières années de l'auteur ? Il nous paraîtrait surprenant que Bossuet eût laissé subsister^ à deux fois^ dans le dernier corollaire^ le nom d'Innocent XI^ ce pape étant mort en 1689.

Lorsque l'évêque de Meaux entreprit la défense de la décloua* tion^ il était fort loin du calme qu'exigeait une composition de ce genre. Entraîné par la passion, il traite durement ses adversaires > se répand en discussions acerbes et peu concluantes^ en termes

^ Voyez les détails que noua renvoyons à la fin du volume, note V.

parfaitement blessants, non-seulement pour quelques papes, mais pour la papauté elle-même. Sa doctrine chancelle sur plusieurs points ; ses preuves historiques sont souvent fautives ; le sophisme remplace trop souvent la logique, Tépigramme trop souvent la vérité et la courtoisie qui est due à des gens de mérite et de conviction...

Plus tard, la réflexion vint ; l'auteur revit son œuvre, et, malgré les faiblesses de la paternité, il en sentit les côtés défectueux ; c'en était assez pour arrêter une intelligence de cet ordre.

Deux motifs, selon nous, le déterminèrent à retourner en arrière et à déserter la fâcheuse route qu'il avait trop hâtivement suivie.

Si la déclaration avait soulevé contre elle TËurope catholique^ quel effet allait produire sa défense officielle, et dans les termes où elle se trouvait formulée ? Bossuet ne vit-il pas, d'un seul coup d'œil, répiscopat tout entier se lever contre son ouvrage et le condamner sans ménagements? Ne vit-il pas cent écrivains attachés à ses flancs, disséquant son livre, en relevant toutes les inexactitudes, ne laissant pas pierre sur pierre de son fragile édifice ? Ne vit-il pas la guerre recommencer plus ardente que jamais^ son repos perdu, sa réputation fortement compromise?...

Dans cette situation, il dut comprendre encore que Rome ne garderait pas le silence, et qu'une censure solennelle viendrait fondre promptement sur sa tête. Or, cette censure, il la redoutait sur toute chose, et il est facile de s'en apercevoir à l'insistance qu'il déploie pour prouver que la déclaration n'a jamais été condamnée ^

D'un autre côté , Bossuet souffirait de laisser sans réponse les attaques qui l'avaient si fort irrité ; de là le plan et l'exécution d'un ouvrage plus modeste dans ses prétentions, plus réservé dans les formes , et d'où serait exclu absolument le mot blessant de déclaration.

Leroy lui-même, dans sa préface, ne repousse pas l'hypothèse

1 Pourquoi le livre ne fut-U pas censuré, lorsqu'il parut en 1735 et 1745? Nous en donnerons l'explication, à la note V.

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