S EAUX
la perte > Je VOUS iuneste
nfortuné
EELUS V'ARA
trouva dans les débris de quelque vaisseau qui avait
‘fait naufrage de quoi se garantir de la mort : il com-
battit longtemps contre la fureur des eaux, et fut poussé dans une Île déserte, où il aborda dans l’état où vous pouvez juger que devait être un homme qui sort d’un semblable péril.
[1 fit longtemps réflexion sur sa triste aventure, et malgré la douleur accablante qu’il ressentait de se voir si cruellement séparé de Constance et son fils, il remercia le Ciel de lui avoir sauvé la vie, espérant qu’il trouverait encore par sa bonté les moyens de rejoindre des objets si chers.
Ce fut avec ces pieux sentiments qu’il parcourut cette île d’un bout à l’autre saus y trouver nulle marque d’habitation.
Il n’y vit que de timides animaux, auxquels il fut obligé de déclarer une innocente guerre, pour conserver, dans ces sauvages lieux, des jours que les eaux avaient respectés. Il y vécut de cette sorte deux années que Constance avait passées à le pleurer, sans qu’il vit aucune facilité qui dût lui donner l’espoir de la revoir. Îl commençait à s’abandonner à de douloureuses réflexions, lorsqu’un jour se promenant sur le bord de la mer, il vit un homme dans l’éloignement, qui lui parut venir droit à lui. La joie s’empara de son cœur, et voulant jouir au plustôt d’une vue qui ranimait son espérance, et la confiance qu’il avait toujours eue dans les effets de la Providence, il doubla le pas, et l’ayant joint: Je me croyais seul dans cette île, lui dit-il en l’abordant, n’ayant jamais remarqué, depuis que j’y suis, nul vestige qui me pût faire connaître qu’il y eût d’autre homme que moi. Je croyais y terminer mes jours malheureux sans espoir de secours ; mais votre présence la fait renaître,
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et sivous êtes seul avec moi, nous trouverons peut-
‘être ensemble les moyens que je n’ai pu imaginer pour en sortir.
‘ Ilest vrai, répondit l’inconnu d’un ton grave, que ‘ cette île était inhabitée avant ton abord, et je ne fais moi-même que d’y aborder.” Comment se peutil, lui répondit Jean DE CALAIS, mes yeux ne découvrent aucun navire qui vous ait pu porter ?
Les chemins que j’ai pris, lui dit-il, sont inconnus aux hommes. Je vois, continua-t-1il en remar- “quant l’étonnement de JEAN px CaALaïs, que mon ‘ discours te surprend ; mais tu seras encore plus ‘surpris lorsque tu sauras que je ue viens ici que ‘ pour toi: je te connais, JEAN DE CaLaïs, je saistes ‘ malheurs et la trahison de Don Juan. Mais sache ‘ que ce n’est pas la seule peine qu’il te prépare: il ‘est prêt d’épouser ta femme. Elle t’aime toujours ‘“tendrement et quoiqu’elle croie ta mort certaine, “elle t’est fidèle. La seule amitié paternelle et les ‘ raisons d’état dont on la rend victime, l’obligent à ‘6 donner sa main à ce traître: le jour de demain doit sé éclairer ce fatal hymen, qui sera le dernicr de sa ‘6 vie, si tu ne parais promptement.??
Grand Dieu! s’écria Jean de Calais, et comment pourrais-je empêcher tant de malheurs dans l’état où je suis. Hélas! je supportais avec quelque patience ceux où j’étais plongé, j’implorais encore le Ciel avec quelque confiance, je me flattais que sa bonté me tirerait d’ici, puisqu’elle m’avait arraché à la mort ; ta vue même avait cimenté cet espoir dans mon âme ; mais ce que tu m’annonces met le comble à mon désespoir. Mon perfide rival sera possesseur de Constance s1je ne pars: il n’a qu’un jour à passer pour l’être: Hé ! par quel moyen puis-je paraître ? le vaisseau le plus léger, le vent le plus favorable me
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seraient inutiles quand je les aurais, et mon seul secours doit être dans la fin de ma vie.
‘ Calme tes transports,” lui répondit l’inconnu, je “tai dit que je ne suis venu ici que pour toi; pro- ‘“mets-moi la moitié de ce que tu aimes le plus et “ je te jure à mon tour d’empêcher le mariage et le ‘triomphe de Don Juan. Tu peux connaître ce que ‘je puis par tout ce que je t’ai dit ; ainsi remets ton “sort à la disposition divine, rappelle ta vertu, suis- “en exactement les lois. Tu sauras un jour pour “ quelle raison le Ciel prend soin de ta destinée.”
Jean de Calais était si surpris de ce qu’il entendait, et de la sûreté avec laquelle cet homme lui parlait, qu’il doutait s’il était éveillé ; mais faisant réflexion qu’il ne pouvait rien lui arriver de plus cruel que ce qu’on venait de lui annoncer, et qu’il n’était pas en état de démêler le mensonge d’avec la vérité, il résolut de s’abandonner à l’inconnu, et lui promit tout ce qu’il voulut.
Alors ils s’assirent auprès d’an arbre, et cet extraordinaire compagnon lui conta tout ce qui s’était passé à la cour de Portugal, depuis sa prétendue mort et les efforts que Constance avait faits pour lui garder sa toi. Pendant ce récit, Jean de Calais ne pu résister à la violence du sommeil qui vint l’acca-
ler, et malgré l’intérêt qu’il prenait à ce discours il s'endormit.