‹ Histoire de Jean de Calais [microforme]Chapitre 2 sur 19 · CHAPITRE II, IL EST BATTU PAR UNE TEMPETE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, IL EST BATTU PAR UNE TEMPETE

Ce jeune héros était prêt par son retour à jouir des honneurs qui l’attendaient, lorsque son vaisseau fut battu par une si cruelle tempête, qu’il fut porté dans des mcrs inconnues.

Le calmë ayant succédé à l’orage, et Jean de Ca-

lais ayant mis en usage tout ce que l’art et l’expéri-

ence lui avaient appris pour trouver la terre, il découvrit une ile, et s’en approcha ; et ayant mis la ehaloupe en mer, il aborda au bord d’un bois, dans lequel il entra suivi de ses huit soldats.

Sa surprise fut extrême de le trouver taillé et coupé par de grandes et belles allées ; cela lui parut surprenant dans un pays qu’il avait eru inhabité ou barbare. Mais son étonnement s’augmenta, lorsque s’étant avancé il entendit parler flamand, langue qui lui était familière. Il conduisit ses pas vers les voix qu’il venait d’entendre, et vit trois hommes superbement vêtus qui s’approchèrent de lui avec politesse.

Jean de Calais les pria de lui apprendre dans quel :

pays il était, et s’il y avait sûreté pour lui et pour sa troupe. Qui que vous soyez, lui répondit un d’eux, je trouve surprenant que vous ignoriez que vous êtes dans l’Orimanie, état florissant où règne le Roi

du monde le plus juste, de qui la sagesse a dicté des lois pl, ce il s’est soumis lui-même, et dont l’observation religieuse fait le bonheur de cet empire. Ne regrettez pas d’y être abordé, vous y serez en assurance,

Montez sur cette hauteur, ajouta-t-il, qui vous cache la grande et superbe ville de Palmanie, qui sert de capitale à ces riches états. Vous y verrez cette rivière majestueuse qui forme le plus beau port de : Punivers, et dont l’abord est la sûreté de toutes les

‘ nations.

Jean de Calais le remercia, et charmé des grâces que lui faisait la fortune, il s’avança sur le sommet

ui lui cachait la ville ; il découvrit le plus beau pays

u monde et descendit dans cette capitale, le cœur rempli de joie. Mais étant arrivé dans une grande place, il vit le corps d’un homme déchiré par les chiens ; cet objet lui fit horreur ; il se repentit de s’être engagé si avant. Il demanda cependant, pourquoi dans une grande ville, et dont les lois paraissaient si sages, il ne se trouvait personne d’assez Charitable pour faire donner la sépulture à ce malheureux.

On lui dit qu’il subissait la peine de la loi, qui ordonnait que tous ceux qui mouraient sans payer leurs dettes étaient jetés aux chiens pour en être la proie; et que leurs âmes étaient errantes et ne . pouvaient entrer dans le lieu de repos destiné aux justes; qu’on faisait cette punition publiquement, parce qu’il se trouvait souvent des personnes assez généreuses pour payer les dettes de ces malheureux, et faire donner

a sépulture à leur corps.

Il n’en fallut pas davantage à l’âme magnanime de Jean de Calais. Excité par sa compassion, il fit publier sur le champ, au son de la trompette, par

toute la ville, que les créanciers de cet homme n’avaient qu’à lui faire voir leurs titres, qu’il les payeraient ; et le lendemain ayant fait entrer son vaisseau dans le port, il prit l’argent nécessaire pour satisfaire à sa parole ; et fit d’honorabies funérailles au cadavre du défunt.

Après avoir reçu les louanges dues à une si belle action, il ne songea plus qu’à prendre connaissance du trajet qui conduisait à Calais pour ea pouvoir donner connaissance à sa patrie, et lui ouvrir un chemin qui facilitât un négoce utile aux.deux nations.

Page 1