‹ Histoire de Jean de Calais [microforme]Chapitre 3 sur 19 · SA COMPASSION ET SA GENEROSITE · texte numérisé non relu

SA COMPASSION ET SA GENEROSITE

Un soir qu’il se retirait d’assez bonne heure sur son bord il aperçut un vaisseau qui venait de mouiller auprès du sien, sur le pont duquel il vit deux dames- fondant en pleurs ; elles étaient magnifiquement parées, et leur air fit juger à Jean de Calais qu’elles étaient d’une naissance distinguée. Il s’informa à qui appartenait ce vaisseau ; il apprit qu’il était à un corsaire qui venait d’entrer dans le port, que les deux personnes qu’il voyait étaient des esclaves qu’il vendrait le lendemain.

Le cœur sensible de Jean de Calais fut touché de leur malheur, et il forma le dessein de les retirer de l’abîme dans lequel elles allaient tomber. Pour cet effet i! demanda le corsaire, il lui donna ce qu’il demandait, et fit venir les deux esclaves sur son bord.

Mais quelle fut sa surprise, lorsqu’elles eurent ôté leurs voiles, de voir deux jeunes beautés, capables d’attendrir l’âme la plus barbare ! les pleurs qu’elles répandaient ne faisaient qu’augmenter leurs charmes, et semblaient leur servir d’armes pour vaincre

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tous les cœurs. Une des deux sutout frappa celüi 16- Jean de Calais d’un trait dont il ne put se défendre ; et sur le champ il l’uima.

Après avoir donné quelque temps à l’admiration que lui inspirait son amour naissant, il les consola et leur dit qu’elles étaient libres, et qu’un secret inviolable suivrait l’action qu’il venait de faire, et qu’en les retirant des mains du pirate, il n’avait pas d’autre dessein que de les rendre à leurs parents sans rançon.

Ces paroles généreuses rassurèrent les belles captives, et les termes les plus obligeans lui marquerent leur reconnaissance. Quelque temps après, il mit à la voile; sa navigation fut si heureuse, qu’il se trouva bientôt sur les côtes d’Albion, où le mauvais. temps l’obligea de relâcher. Pendant le voyage, il ne passait pas un moment sans être auprès de ses esclaves, et, comme il était jeune, insinuant et fait pour plaire, il trouva bientôt le chemin du cœur de celle qui l’avait charmé. Le même trait les blessa si profondément, qu’iis ne purent se le cacher longtemps ; ils s’aimèrent, ils se le dirent, et, ne congultant que la vivacité de leurs sentiments, ils se: jurèrent un amour éternel.

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