LETTRE XVII
A Paris, le 10 mars 1698.
Voire mère se porte bien. Madelon et Lionval% sont un peu incommodés, et je ne sais s'il ne fau ira point leur faire rompre carême : j'en étais assez d'avis , mais votre mère croit que cela n'est pas nécessaire. Gomme le temps de Pâques approche, vous voulez bien que je songe un peu à vous et que je vous recommande aussi d'y songer. Vous ne m'avez encore rien mandé de la chapelle de M. l'ambassadeur. Je sais combien il est attentif aux choses de la religion, et qu'il s'en fait une affaire capitale. Est-ce des prêtres séculiers par qui il la fait desservir, ou bien sont-ce des religieux?
1 Madeleine Racine, la cinquième des filles, était née en 1688, et mourut file en 1741. Lionval était le nom que portait, dans son enfance, Louis Racine, qui avait alors cinq ans et demi.
Je vous conjure de prendre en bonne part les avis que je vous donne là- dessus, et de vous souvenir que, comme je n'ai plus rien à cœur que de me sauver, je ne puis avoir de véritable joie si vous négligiez une affaire si importante, et la seule proprement à laquelle nous devrions tous travailler. On m'a dit qu'il fallait absolument que votre sœur aînée revînt avec nous, et j'irai au plus tard la semaine de Pâques pour la ramener : ce sera une rude séparation pour elle et pour ces saintes filles, qui étaient ravies de l'avoir et sont fort contentes d'elle. Nanette vous fait ses compliments dans toutes ses lettres. Votre cousin de Romanet n'a point d'autre parti à prendre que de s'en retourner à Montdidier, M. de Barbezieux s'étant mis en tête de ne point prendre de surnuméraire dans le bureau de M. Dufresnoy, et n'ayant point de place dans tous les autres bureaux. M. Begon m'a promis qu'il m'avertirait quand il en aurait; mais ce ne sera pas sitôt apparemment. Je plains fort votre cousin, qui avait bonne envie de travailler, et dont M. Dufresnoy était content au dernier point.