DEUXIEME PARTIE
inaient contre une femme, rontre une mère : déjà ù'avides convoitises étendaient la main sur son royaume, sur l'héritage de son tils . convoitises d'autant pins odieuses qu'elles venaient d'un côté d'où Jeanne avait lieu d'attendre sympathie, secours et appui. Cette fois, ce n'était plus contre l'Espagne que la maison d'Albret allait avoir à défendre ses possessions : c'était contre la France, ou, pour mieux dire, contre la cour fran- (•aise. Au lieu de rendre à cette maison ce que les Espagnols lui avaient ravi, comme tant de fois on lui en avait donné l'assurance, c'était l'œuvre spoliatrice de Ferdinand, qu'un allié, un parent s'apprêtait à consommer.
Henri II, qui régnait alors, n'était que trop accessible à des influences mauvaises, à celle de Diane de Poitiers, cette nouvelle courtisane royale dont il portait la chaîne honteuse, à celle des favoris qui l'entouraient de leurs pertides suggestions. Dans cette même cour où la reine de Navarre était en d'autres temps si admirée, elle avait des envieux puissants, d'actifs ennemis. Ils alarmèrent Henri II sur les dangers qui poun-aient, en un cas donné, lui venir de ce royaume compris dans les limites naturelles de la France, et occupant une partie de ses frontières. Ils lui citaient l'exemple de la maison de Bourgogne, cette grande vassale qui avait failli causer la ruine et la perte de ses suzerains ; ils invoquaient le souvenir plus récent du connétable de Bourbon comme un témoignage des menaces que. suivant eux, recelait l'avenir. D'après les conseils de ces haines coalisées, il fallait que le roi se fît céder par Jeanne d'Albret toutes ses possessions voisines des Pyrénées, en échange desquelles on lui
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donnerait des terres situées à l'intérieur de la France. En un mot, il ne s'agissait de rien moins que d'effacer, de supprimer absolument le royaume de Navarre et de briser la couronne de ses antiques souverains.
Comme le caractère connu de Jeanne d'Albret ne permettait pas de croire qu'elle prêterait aisément la main à une pareille cession, ce fut dans la faiblesse de son mari que les moteurs de cette combinaison mirent leur espérance. Henri II s'adressa donc d'abord à Antoine de Bourbon, lui prodigua les caresses les plus amicales et finit par mêler à ces formes affectueuses l'expression bien intelligible du commandement. Antoine n'était pas homme à repousser ce marché insultant, cette humiliante sommation, comme le lui ordonnaient sa dignité de prince, ses devoirs d'époux et de père. Il fut heureux de pouvoir se mettre à couvert derrière la position souveraine de sa femme; il n'avait pas le droit de disposer du trône qui était à elle, où elle Tavait fait monter. Son seul consentement à lui serait sans force, et il était nécessaire avant tout qu'il en référât à la reine.
Ce fut avec une profonde indignation que Jeanne apprit le plan formé contre elle et le piège oii l'on se flattait de la faire tomber. Relevant de la couronne de France pour une partie de ses domaines, elle était pour les autres souveraine indépendante et dépositaire d'un droit qui, pour être ici celui du faible, n'était pas moins sacré que celui du fort. Si la persuasion et la tromperie étaient vainement employées près d'elle, on comptait bien recourir à la violence : la violence ne l'effraya pas plus que la ruse ne pouvait la tromper, que les caresses ne pouvaient la séduire. La prison, la