DEUXIEME PARTIE
tfioft nlêmè, n'auraient pas ébranlé là èouragèuàè rèinè ; tnais elle était en ce moment à la cour de France, et, par conséquent, entre les mains de ses ennemis. Elle sentit qu'une résistance ouverte, un refus positif perdraient tout; que, séquestrée, retenue captive, elle se verrait réduite à l'impuissance, que les voies seraient ouvertes aux spoliateurs et leurs projets accomplis sans obstacles. Etouffant cette indignation qui faisait bouillonner son cœur, elle répondit à Henri II d'une manière évasive, protesta de son bon vouloir à lui complaire, à entrer dans ses vues en conciliant tous les intérêts; mais, à son tour, elle ajouta qu'elle n'était pas souveraine absolue, qu'elle ne pouvait rien sans l'assentiment des États de Béarn; elle avait besoin avant tout de les réunir, de les consulter, de les préparer à une proposition qui, de toute autre bouche que la sienne, ne serait pas même écoutée. Il fallait aussi qu'elle les déliât elle-même de leurs serments de fidélité. Il était donc indispensable qu'elle se rendît en Béarn, afin de les amener à un consentement amiable, moyen beaucoup meilleur que la force pour atteindre le but que l'on se proposait.
Henri II, satisfait de cette réponse et des espérances qu'elle semblait renfermer pour lui , laissa partir la reine ; mais il la fit accompagner par des commissaires chargés de bien disposer les Béarnais, de mettre en usage auprès d'eux les séductions, les promesses, la perspective des avantages brillants qui récompenseraient leur réunion à la France. Il tâcha aussi de mettre de plus en plus Antoine de Bourbon dans ses intérêts ; il lui donna le gouvernement de la Guyenne, qu'avait eu Henri d'Albret, son beau-père, et, comme
72 HISTOIUE DE JE.i.\i\E DALBREf.
Antoine ne pouvait conserver en même temps celui de la Picardie, il y nomma le jeune frère du roi de Navarre, Louis de Condé, qui s'était signalé dans les dernières campagnes.
Jeanne d'Albret avait parfaitement pénétré la mission donnée aux commissaires français, et elle prit aussitôt les mesures nécessaires pour l'empêcher de réussir. Elle se hâta de prévenir en secret, dans les Etats, les hommes les plus influents, les plus dévoués, afin qu'ils déjouassent les intrigues et les machinations qui étaient préparées. Elle avertit son mari d'avoir à sortir de France, en lui donnant un rendez-vous oîi il vint, en eflet, la rejoindre, et tous les deux arrivèrent sur le territoire béarnais. Jeanne n"y était pas encore revenue depuis la mort de son père. C'était sous le titre le plus auguste, c'était avec la qualité de reine que les peuples la revoyaient, et leur joie, leurs acclamations, prenant un caractère nouveau, furent portées jusqu'à l'ivresse. Sur la route, le moindre village, le moindre hameau était en fête. Ces touchantes expressions d'attachement et d'amour auraient fortifié Jeanne, s'il en eût été besoin, dans la résolution de ne jamais abandonner des sujets qui étaient sa seconde famille : elle se sentait fiée à eux comme ils se sentaient liés à elle.
Cependant, les commissaires de la France avaient trouvé en Béarn un homme qui consentit à vendre ses services, et qui paraissait en position de les rendre efficaces : c'était Nicolas d'Angu, évêque de Mende et chancelier de Navarre. Pour livrer aux envahisseurs toutes les portes ouvertes, il avait besoin de se créer des compUces, et il en chercha. Mais bien qu'il crût connaître le terrain à fond, il se trompa dès son pre-