‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 71 sur 140 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

Dans cette circonstance comme dans bien d'autres, elle aurait craint qu'un triompha trop complet du parti catholique et des Guisps ne fortifiât un pouvoir rival du sien. Fidèle à ce besoin de divisions et d'intrigues qui était inhérent à sa nature, elle aurait envoyé des avis contradictoires à Nemours et à d'Aumale, leur ordonnant tour à tour, à celui-ci d'attaquer, à celui-là do s'abstenir. Par l'incertitude qui en résultait, elle aurait exprés paralvsé leurs mouvements, et rendu tout concert impossible, espérant, dit Tavannes. « qu'ils ne feraient rien qui vaille, et c'est ce qui advint. »

La Loire une fois franchie, le duc Wolfgang pénétra jusqu'auprès de Limoges. Les nouvelles de cette expédition si hasardeuse étaient attendues à La Rochelle et au quartier-général de Coligny avec une ardente anxiété. En apprenant le passage de la Loire heureusement opéré, l'amiral s'écria : « Yoilà un bon présage : » rendons-le accompli par diligence et résolution ! » et il marcha au-devant de ses auxiliaires. Il passa la Vienne en détruisant un détachement qui voulait l'arrêter, et arriva sans autre obstacle à Chalus, puis à Saint-Yrieix. Ce fut là qu'il fit, le 42 juin, le 45, suivant d'autres, sa jonction avec les troupes allemandes, au miheu des félicitations réciproques et de l'allégresse générale. Mais le duc de Deux-Ponts ne put jouir de son succès et de cette réunion : peu de jours auparavant, près de Limoges, il avait succombé à la fièvre qui le minait, encore aggravée par de si grandes fatigues. Il laissa aux mains de Mansfeld l'héritage du commandement.

Dès que la reine de Navarre eut appris l'arrivée des Allemands, elle s'em])ressa do venir à leur rencontre.

Elle témoigna de vifs regrets de la mort du duc de Deux-Ponts; elle félicita les deux princes de Nassau, Mansfeld et leurs troupes sur leur bonne arrivée après un trajet si long et si périlleux; e.le conna de grandes louanges à leur courage, à leur fermeté, à leur zèle pour la foi qu'ils venaient défendre. Au général et aux principaux chefs, elle remit des médailles d'or qu'elle avait fait frapper à La Rochelle, suspendues à des chaînes de même métal. Sur la face, on voyait son portrait et celui de son fils; sur le revers, trois couronnes ou guirlandes, l'une composée de deux palmes, et en dedans ces mots : ou victoire entière; l'autre, formée d'une guirlande d'olivier avec ceux-ci : ou PAIX ASSURÉE ; la troisième de cyprès, ayant pour inscription : ou MORT HONNESTE. PouT Ics officicTs Subalternes, la médaille était en argent, et les portraits étaient remplacés par l'écusson de la reine, accompagné de cette légende : jeanne, p. la g. de d., royne de

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