QUATRIEME PARTIE
dats appartenaient à la Picardie, à la frontière qui touchait les Pays-Bas. N'étant pas en force pour rejoindre directement, de si loin, Condé dans l'Aunis ou la Saintonge, ils étaient allés se réunir à Guillaume de Nassau, et ils se rallièrent comme lui au duc de Deux-Ponts pour parvenir à leiir but par ce long chemin. Ils se rendirent extrêmement utiles dans cette expédition, comme avant-garde et comme éclaireurs (1).
Le 15 mars, le duc Wolfgang avait passé à Hochfeld^ dans la Basse-Alsace, la revue de ses troupes, après quoi il s'était mis en marche. Le corps auxiliaire devait d'abord se diriger, par la Bourgogne, vers la Loire, et la franchir dans la partie supérieure de son cours. Puis il avait à traverser le Berry, la Marche, le Limousin, avant d'atteindre l'Angoumois, la Saintonge, les provinces dont les Protestants étaient maîtres. Ce n'était rien moins que toute la largeur de la France, et même bien davantage, car l'itinéraire suivi par le duc de Deux- Ponts décrit une diagonale très prononcée. Il avait devant lui des difficultés de tous genres : des montagnes, un grand fleuve, plusieurs rivières considérables. Généralement, ces provinces ne renfermaient pas un grand nombre de Religionnaires ; plusieurs sont naturellement pauvres, et elles Tétaient encore davantage
(1) Hangest de Genlis, que ses compagiious d'armes avaient élu pour chef, mourut de maladie avant l'entrée en campagne. Comme il ne laissa pas d'enfants, sa terre de Genlis passa à son frère Jean Hangest d'ivoy, qui en prit le nom, et qui figura aussi dans ces guerres. Dans le siècle suivant, la seigneurie de Genlis fut achetée par Brulard de Sillery et érigée pour lui en marquisat. Quoique ayant pris à son tour le nom de Genlis, cette famille n'avait ainsi rien de commun avec celle qui l'avait porté autrefois.
par le malheur des temps ; d'ailleurs, renncmi ne pouvait manquer de prendre ses mesures pour s'approprier ou détruire le peu de ressources qu'elles offraient. Enfin, — c'était le plus grand obstacle, — deux corps, l'un commandé par le duc de Nemours, l'autre par le duc d'Aumale, suivaient et côtoyaient l'armée allemande. Réunis, ils étaient beaucoup plus forts qu'elle en infanterie, s'ils l'étaient moins en cavalerie. Ayant pour eux les places et presque toute la population du pays, ils pouvaient l'accabler en tombant sur elle de concert. Le bagage que les Allemands traînaient avec eux ajoutait aux chances d'une attaque. 11 n'y eut cependant que des escarmouches. Quoique affaibli par une fièvre quarte opiniâtre, le duc de Deux-Ponts montra, pendant cette marche si longue et si difficile, les talents d'un habile et prudent capitaine, bien secondé, d'ailleurs, par ses lieutenants et par les officiers français.
La question capitale était le passage de la Loire : c'était là que l'ennemi pouvait le mieux arrêter ou écraser le duc et ses troupes. La Charité, avec son pont sur le fleuve, fut le point choisi. Les capitaines français se chargèrent de ce coup décisif. Par une attaque audacieuse, ils emportèrent la ville, dont le commandant se conduisit, d'ailleurs, avec peu de résolution, et le chemin fut ouvert.
Si bien que l'expédition fut conduite, aurait-elle surmonté tant d'obstacles, sans quelque influence secrète qui la favorisa ? Suivant une opinion qui se fait jour dans des documents contemporains, entre autres dans les Mémo&es de Tavannes, la politique ténébreuse de Catherine serait venue en aide au prince allemand.