QUATRIEME PARTIE
de trois cent mille livres. » L'escadre rochelaise, qui avait pour amiral Jean Sore, ne craignait pas de donner la chasse aux vaisseaux royaux, souvent trop heureux de gagner l'embouchure de la Gironde ou quelque port de refuge. Tout bâtiment portant le pavillon d'un État ennemi des Protestants, était réputé bon à saisir. Une escadrille, commandée par Du Chastellier- Portaut, fit essuyer aux Portugais, notamment, des pertes fort considérables. Grâces aux démarches d'Odet de Ohâtillon, la reine d'Angleterre avait permis que les corsaires rochelais amenassent et vendissent leurs prises dans ses ports, ce qui fut pour eux un très grand avantage.
Dans TAunis, l'Angoumois, la Saintonge, le Poitou , les Calvinistes tenaient la campagne : Saintes, qui était retombée au pouvoir des Catholiques, fut enlevée de nouveau par La Rochefoucauld et Soubise, malgré la belle défense de Jean de Beaufort, marquis de Canillac. Dans le Bas-Poitou , les Huguenots avaient pour principal chef Christophe Claveau, seigneur de Puyviaut , l'un des capitaines les plus renommés du parti. Sur les deux bords de la Sèvre-Niortaise se livrèrent de nombreux combats. Cette fatale guerre, qui faisait tant de ruines, et qui coûtait tant de sang de part et d'autre, elle embrassa une partie du pays où devait s'allumer , à une époque plus rapprochée de nous, une autre guerre civile non moins acharnée. Ce Marais du Bas-Poitou, qui eut, comme le Bocage, son rôle dans la lutte vendéenne, \it Catholiques et Protestants se retrancher derrière ses canaux et ses fossés, qui croisent en tous sens leur labyrinthe humide. Dans cette autre région voisine du Marais, et que l'on appelle la Plaine, La Noue, qui s'était
emparé de Marans et des Sables d'Olonne, remporta, le 15 juin 1570, une victoire signalée. A Sainte-Gemme, à cinq lieues de Fontenay-le-Gomte, il défit complètement les troupes catholiques commandées par Puygaillard. Elles laissèrent cinq cents morts sur le champ de bataille. Sept à huit cents prisonniers, restés entre les mains de La Noue, attestèrent ses généreux efforts pour arrêter la fureur des soldats huguenots, exaspérés par le sanglant souvenir de Moncontour. Seize drapeaux et deux cornettes, trophées des vainqueurs, furent offerts en hommage à la reine de Navarre. Dans sa froide insouciance des malheurs de cette guerre , la cour plaisanta sur la défaite et le nom de son général, en disant avec Tavannes : « Voilà qui n'est pas trop gaillard. » Cette légèreté ne fut pas sans causer un grand ébahissement aux envoyés calvinistes chargés en ce moment de suivre les négociations qui, de temps en temps, se mêlaient à la guerre.
Quelque temps après sa défaite, Puygaillard tenta de la réparer par un coup de main dont le succès aurait valu le gain d'une bataille. A une demi-lieue de La Rochelle est un endroit nommé La Font, où la reine de Navarre vint faire un court séjour. Puygaillard, qui épiait ardemment l'occasion de prendre sa revanche, fut prévenu par ses espions de l'excursion de la reine. Surle-champ, il partit de Saint- Jean-d'Angely avec sept cents chevaux, pour la surprendre. Il arriva de grand matin à La Font; mais Jeanne était retournée à La Rochelle la veille au soir.
Sur ce gouvernement de Jeanne d'Albret à La Rochelle, il existe un important et curieux document : c'est un registre des délibérations du Conseil qu'elle prési-