QUATRIÈME PARTIE
Champbaudoin et de Lisle ) ; de La Chassetière, Meauce, de Villiers, d'Escodéca, baron de Boisse ou de Bouesse : de Savignac, de Quincerot, du Mortier ou des Mortiers, du Blanc ou Le Blanc, du Chaylar, le lieutenant général de Bergerac, le baron de Rosny. Dans ce corps dirigeant siégeait aussi le maire de La Rochelle, comme représentant de la cité.
François de Béthune, baron de Rosny, était le père de Maximilien de Béthune, le célèbre Sully. Celui-ci était encore trop jeune pour faire ses premières armes dans les rangs où combattaient déjà Du Plessis-Momay et d'Aubigné, destinés à être, comme lui, les constants et historiques amis du fils de Jeanne d'Albret (1).
Aux gentilshommes qui entouraient la reine de Navarre dans la métropole calviniste, joignez Françoise d'Orléans, veuve de Condé ; Anne de Salm, veuve de d'Andelot; Charlotte de Roye, comtesse de La Rochefoucauld, et plusieurs autres dames de qualité ; vous aurez une cour à laquelle le Louvre pouvait envier plus d'un nom, et surtout plus d'une vertu.
Dans tous les détails d'administration dont la reine s'occupait en personne, les hôpitaux ne devaient tenir qu'une trop large place, avec ces combats presque journaliers. Elle les visitait assidûment; eUe encourageait les malades et les blessés ; elle les soignait souvent de ses propres mains, comme l'avait fait la noble compagne de l'amiral, et sans s'inquiéter d'être à son tour victime
(1) C'est à tort que, dans beaucoup de biographies et d'autres ouvrages, il est dit que d'Aubigné fut élevé avec Henri de Bourbon. Leurs premiers rapports particuliers datent seulement de 1574 ; le roi de Navarre avait alors près de vingt et un ans, et d'Aubigné vingt-quatre.
de son dévouement. Ceux qu'elle consolait et secourait ainsi n'aspiraient qu'à lui témoigner leur reconnaissance. Des soldats allemands, sortis des hôpitaux où ils avaient éprouvé sa généreuse charité, se firent remarquer particulièrement à Sainte-Gemme, et contribuèrent à la victoire.
Après ce brillant succès, La Noue mit le siège devant Fontenay. Ce fut là qu'un coup d'arquebuse lui brisa le bras gauche. On le transporta aussitôt à La Rochelle. A tous les secours de l'art se joignirent pour lui les soins les plus affectueux de la reine. Le vertueux guerrier, philosophe chrétien au milieu des combats, était un des hommes avec lesquels Jeanne d'Albret devait sympathiser d'une façon toute particuUère. Sa sollicitude, qui s'étendait jusqu'au moindre soldat blessé, fut pour La Noue celle d'une sœur. Malgré tant de soins, la blessure s'aggravait ; le membre fracassé fut atteint par la gangrène. Les chirurgiens jugèrent l'amputation indispensable ; mais La Noue ne pouvait s'y résoudre, par une de ces répugnances que l'on a vues, dans des circonstances pareilles, chez les hommes de guerre les plus fortement trempés. Il lui semblait qu'après cette mutilation, son existence serait inutile, et il voulait vivre ou mourir tout entier. Jeanne d'Albret invoqua près de lui l'intérêt de son parti, celui de la foi dont il était un des plus vaillants soutiens ; elle le supplia de se conserver pour les servir encore. Ses instances, se joignant à celles des ministres, arrachèrent enfin le consentement de La Noue. Supérieure à toutes les faiblesses de son sexe, Jeanne d'Albret ne le quitta pas pendant l'opération ; elle y aida même, car ce fut elle qui lui tint le bras. L'amputation fut faite avec un plein suc-
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ces, et La Noue, guéri, ne tarda pas à reprendre les armes. Un habile artiste fit pour lui un bras mécanique avec lequel il pouvait tenir les rênes de son cheval, d'où lui vint le surnom de La Noue Bras-de-Fer, qui convenait doublement à ce guerrier intrépide.
Tant d'occupations diverses, les soins du gouvernement, ceux des finances et de l'armée, des manifestes à publier, une vaste correspondance à entretenir, ne suffisaient pas pour absorber cette activité qui, chez Jeanne d'Albret, semblait multiplier les heures. Elle en trouvait encore pour l'éducation de sa fille, qui n'était pas plus négligée au milieu du mouvement et du bruit de la guerre que dans la paisible retraite de Gastel-Béziat , elle en trouvait pour agiter avec les ministres les plus hautes questions de religion et de théologie. Sentant parfois son cerveau fatigué par tant de soins, et pour empêcher que cette lassitude ne vînt à fermer invinciblement ses yeux pendant les prédications, elle s'était fait autoriser par ses pasteurs à occuper ses doigts par un ouvrage de tapisserie, tout en écoutant leur parole ; et elle l'écoutait en effet si bien que, le sermon fini, elle aurait pu le répéter tout entier. Ces ouvrages d'aiguille lui fournissaient encore un moyen de traduire la pensée qui dirigeait toutes ses actions. Elle en fit un qui, très remarquable comme composition, ne devait pas l'être moins par le travail. Voici la description qu'en donne le jésuite Garasse :
« Gomme elle estoit grandement addonée aux devises, elle fit de sa main de belles et grandes tapisseries, entre lesquelles il y a une tente de douze ou quinze pièces excellentes qui s'appelle les Prisons brisées, par lesquelles elle donnoit à cognoistre qu'elle avoit brisé
les liens et secoué le joug de la captivité du pape. Au milieu de chasque pièce, il y a une histoire du Vieux Testament qui ressent la liberté : comme la délivrance de Suzanne, la sortie du peuple de la captivité d'Egypte, l'eslargissement de Joseph, etc. Et à tous les coings, il y a des chesnes rompiies, des manottes (menottes) brisées, des estrapades et des gibbets en pièces, et par dessus en grosses lettres sont ces paroles de la seconde aux Corinthiens, Ch. III : Ubi spiritus, tbi liberlas. »
Comme la haute inspiration, la mordante satire trouvait un instrument dans l'aiguille royale. Voici ce que rapporte encore l'auteur que nous venons de citer :
« Pour monstrer encore plus clairement l'animosité qu*elle avoit conçiie contre la religion catholique, et nommément contre le sacrifice de la messe, ayant une très belle et excellente pièce de tapisserie faite de la main de Marguerite sa mère, devant qu'elle ne se laissast cajoller par les ministres, en laquelle estoit broché parfaitement le sacrifice de la messe, et le prestre qui monstroit la saincte hostie au peuple, elle arracha le quarreau qui portoit cette histoire, et au lieu du prestre, y substitua de sa main un renard, lequel se tournant au peuple et faisant une horrible grimace, et des pâtes et de la gueule, disoit ces paroles : Domimis vobisciim. »
Cette satirique allégorie du renard n'a rien qui puisse étonner en ce temps où, dans les deux camps, l'acre pamphlet prenait toutes les formes et ne connaissait aucun ménagement. La plume et le crayon se faisaient les auxihaires de l'épée et de l'arquebuse, et l'aiguille même devenait une arme à son tour. Comme nous l'avons observé à propos des traits nombreux lancés par la reine Marguerite contre les prêtres et les moines, ces