‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 99 sur 140 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

attaques étaient monnaie courante chez les poëtes et les conteurs, bien avant la Réformation et ces jours de luttes ardentes qui les expliquent tout naturellement. Un des plus audacieux fut le Dante, dans sa Divine Comédie. Là, on voit des prélats et des papes livrés, sans aucun déguisement, aux tourments affreusement bizarres de l'Enfer et aux expiations du Purgatoire ; les bienheureux oubliant la céleste quiétude du Paradis, pour stigmatiser, avec des images et des comparaisons fort terrestres, ces hautes puissances de l'Église ; l'angéUque Béatrix accusant, dans les termes les moins réservés, les fables grossières et ridicules par lesquelles la chaire était déshonorée; saint Pierre en personne, fulminant les diatribes les plus violentes contre la cour romaine; étrange audace qui n'a pas empêché, depuis cinq cents ans, l'ItaUe et Rome de vénérer le nom el l'œuvre du Dante. L'Italie, ce centre de la domination pontificale, nous offre, chez ses poëtes, bien d'autres hardiesses pareilles. Il suffit de citer, chez Luigi Pulci et Teofilo Folengo, les bouffonneries plus que hasardées du Morgante Maggiore^i de VOrlmidino, qui s'attaquent même à certains articles de foi ; dans Vltalia liber ata de Trissino, la véhémente invective que l'auteur met dans la bouche d'un ange, contre les scandales romains. Ces licences-là passaient à la faveur de la poésie. Parmi tous les exemples analogues que nous fourniraient les premiers âges de la Uttérature française, l'époque des troubadours et des trouvères, bornons-nous à citer certain fabliau allégorique dans lequel figure précisément un renard qui revêt tour à tour le froc du moine, la mître de l'évêque et la tiare papale (1). Soit rémi-

(1) VillemaiD, la Littérature au moyen âge.

niscence, soit rencontre d'idée, le rapport entre ce trait de satire et la tapisserie de Jeanne d'Albret est certainement fort curieux.

Pendant que la guerre continuait dans Touest de la France, le plus souvent à l'avantage des Calvinistes, Coligny poursuivait son étonnante campagne. Après avoir poussé jusqu'au Roussillon, alors possédé par l'Espagne, et que Montgomery traita comme terre ennemie, l'amiral passa près de Montpellier sans attaquer cette ville importante, et vint recueillir les ressources que Nîmes, empressée à le recevoir, tenait à sa disposition. Mais tant que la guerre se ferait si loin de Paris, elle ne pouvait produire qu'une stérile effusion de sang et d'inutiles ravages. Cette paix honorable, unique objet de ses vaux, Coligny ne se flattait désormais de l'obtenir qu'en menaçant la capitale du royaume. Il se détermina donc à marcher sur Paris. Ce fut à Nîmes que ses compagnons d'armes reçurent communication de ce projet inconcevable de hardiesse. Il trouva chez ses heutenants et ses principaux officiers une résolution égale à la sienne; mais presque tous les soldats qu'il avait recrutés dans les provinces méridionales n'entendaient guerroyer que dans leur pays, et ne se soucièrent pas d'entreprendre une expédition si lointaine. L'amiral n'en persista pas moins, malgré la diminution de ses forces.

En quittant Nîmes, il les partagea en deux corps. Avec le principal, où se trouvaient les princes, il prit la route d'Aubenas. Le second côtoya le Rhône par le Pont-Saint-Esprit, en marchant sur le flanc droit de

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