‹ Histoire de Jeanne d'Arc dite La Pucelle d'OrléansChapitre 8 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DEPUIS LA DÉCISION UD CONSEIL JCSQC'A L'ARRIVÊE DE JEANNE D'ARC DANS ORLÉANS.

Préparatirs pour faire entrer un convoi dans Orléans. — Charles VH donne à Jeanne le connnanileiuent de celte exp-ditioii. — État de maison monté pour elle par ordre du roi. — Épée trouvée à Sainte- Catherine de Fierbois. —Étendard de Jeanne d'Arc. —Prédiction qu'elle fait au roi avant son départ. — Départ de Tours. — Séjour à Blois. — Position de raruiée anglaise autour d'Orléans. — Lettie de Jeanne d'Arc au chef de guerre d'Orléans. — Départ de Blois. — Marche à travers la Sologne. — Arrivée de l'armée devant Orléans. — bntrevue de Dunois et de la Pucelle. — Le convoi est introduit dans Orléans.

Aussitôt que la décision dont nous venons de parler eut été prise dans le conseil, on se liàta dé

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retourner à Chinon. Trois semaines s'étaient écoulées , au grand regret de Jeanne , pendant ces diverses épreuves et depuis son arrivée à la cour; aussi son impatience était extrême. On voulut d'abord se borner à tâcher de faire entrer dans Orléans un convoi de munitions et de vivres , dont cette ville éprouvait le plus grand besoin ; du succès de cette première entreprise devait dépendre la confiance que l'on mettrait par la suite dans les promesses de la Pacelle.

Le roi envoya le duc d'Alençon à Blois pour préparer ce convoi. Jeanne d'Arc pressait vivement le départ de Texpédition , et sollicitait avec instance la permission d'accompagner le duc d'Alençon. Cédant à son impatience , Charles lui permit seulement d'aller à Tours sous la conduite du chevalier d'Aulon, attendre que tout fût prêt. Quand il avait été question d'introduire ce convoi dans Orléans, quelqu'un avait dit à Jeanne : « Il me semble que ce sera chose fort difficile , « vu les bastilles (forts) qui sont devant , et que « les Anglais sont nombreux et puissants. — En « mon Dieu, répondit-elle à celui qui témoi- « gnait ces craintes, nous introduirons le convoi « dans Orléans à notre aise, et cependant aucun « Anglais ne sortira de ses retranchements et (( ne fera même semblant de s'y opposer. » On conçoit , avec cette assurance du succès , qui du

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reste fut pleinement justifiée par l'événement , combien Jeanne était contrariée de la lenteur des préparatifs. « Qu'on me donne seulement une « poignée de gens d'armes , disait-elle souvent , « et je réussirai aussi bien qu'avec une nom- « breuse armée. »

Cliailes Yll s'occupa alors de lui monter une maison, ou, comme Ton disait alors, mji élat, c'est-à-dire de lui donner des gens pour sa garde et pour son service, et tout l'équipage d'un général d'armée. Jean d'Aulon , (|ue le comte de Dunois appelait le plus probe des chevaliers de la cour, fut chargé plus spécialement d'être à la tête de sa maison et de veiller à la sûreté de sa personne, avec le titre d'écuyer. Louis de Contes, surnommé Inerguet, et un autre gentilhomme qui n'est connu que sous le nom de Raymond, furent désignés pour l'accompagner en qualité de pages. On attacha à son service deux hérauts d'armes, nommés, Fnn Gniennc, et l'autre Ambleville, un maître d'hôtel et deux valets.

Il manquait encore, pour compléter sa maison, un chapelain, un aumônier. Elle chargea son frère , Pierre d'Arc , qui l'avait accompagnée, de lui chercher un digne ecclésiastique pour remplir ces fonctions. H ne fut pas embarrassé du choix : depuis son séjour en Touraiue , ce jeune homme avait fait coimaissunce avec un vénérable

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prêtre , nommé frère Jean Pasquerel , de Tordre des Frères-Ermites de Saint-Augustin, alors lecteur du couvent de cet ordre, établi dans la ville de Tours. Édifié de sa piété, Pierre d'Arc l'engagea à accepter la charge d'aumônier de sa sœur. Après quelques difficultés, le bon Père, cédant aux instances du jeune d'Arc et de sa sœur, consentit à leur demande. Il entra aussitôt en fonction, et dès lors il ne quitta plus la jeune guerrière* Le roi fît faire pour elle une armure complète et convenable à sa taille. Il voulut lui donner une épée; mais Jeanne d'Arc le remercia, en donnant pour prétexte de son refus que la révélation des voix célestes qui l'assistaient lui avaient appris qu'il y avait une épée , marquée de cinq croix , ensevelie derrière l'autel de Féglise Sainte -Catherine-de- Fierbois, et qu'elle devait s'en armer. Cette épée avait , dit-on , appartenu jadis à un ancien chevalier ; quelques personnes ont prétendu, je ne sais sur quel fondement, que c'était celle dont s'était servi Charles Martel à la bataille de Tours , où il défît les Sarrasins , et qu'il avait consacrée dans cette église après sa victoire. Si cette supposition est vraie , cette épée était destinée à sauver deux fois la France du joug de l'étranger. On accéda sans peine à la demande de Jeanne. Un armurier de Tours se rendit à Fierbois avec une lettre de la Pucelle

pour les prêtres de l'église de Sainte- Catherine. On s'empressa de faire des fouilles dans l'endroit désigné par la lettre de Jeanne , et Ton ne tarda pas à découvrir l'arme demandée. Les ecclésiastiques de Sainte- Catherine lui firent faire un fourreau de velours vermeil tout parsemé de fleurs de lis , et l'envoyèrent à la guerrière. Les habitants de Tours commandèrent une gaîne de drap d'or pour cette épée; mais Jeanne, toujours simple et moi leste, préféra se servir d'un fourreau de cuir bien fort qu'elle fit faire exprès.

Elle voulut aussi avoir un étendard , et, toujours par l'avis de ses voix, elle désigna la manière dont il devait être peint. Il était d'une toile blanche appelée alors boucassin. Sur ce champ blanc , semé de fleurs de lis, était figuré le Sauveur des hommes assis sur sou tribunal dans les Duées du ciel , et tenant un globe dans sa main ; à droite et à gauche étaient représentés deux anges en adoration. L'un d'eux tenait une fleur de lis en ses mains sur laquelle Jésus-Christ semblait répandre ses bénéd.clions. Ces mots , Jhesus Maria, étaient écrits à côté. Les saintes ses protectrices lui avaient dit : « Prends cet éten- « dard, de par le Roi du ciel, et porte-le hardi- « ment. » Elle le portait elle-même, autant que cela lui était possible , pour éviter de se servir de son épée et ne pas répandre le sang humain.

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Quand elle se trouvait engagée dans la mêlée , elle se contentait de repousser ses adversaires avec la lance de sa bannière , et de les écarter avec une petite hache qu'elle portait suspendue à son côté. Ce n'était qu'à la dernière extrénaité qu'elle tirait son épée , seulenoent pour se défendre, et jamais pour attaquer.

Avant de se séparer du roi, Jeanne lui fit une prédiction assez remarquable, et qui s'est exactement vérifiée. Elle annonça qu'elle serait blessée à la levée du siège d'Orléans, mais qu'elle ne cesserait pas d'agir pour cela; elle ajouta que sainte Catherine et sainte Marguerite lui avaient fait celte révélation le jour même où elle en fit part au roi (1).

Cependant le duc d'Alençon faisait les plus grands efforts pour accélérer les préparatifs du convoi qu'on voulait introduire dans Orléans. Aidé dans ses travaux par Ambroise de Lore, guerrier célèbre, et par un autre seigneur nommé Louis , il était parvenu à rassembler les fournitures demandées et le nombre d'hommes néces-

(1) Il existe un monument curieux qui prouve que cette prédiction n'a pas éié faite après coup : c'est l'analyse d'une lettre adressée de Lyon , le 22 avril lfi29 , par le seigneur de Rostlaer, gentilhomme flaniaiid, à quelques persoinies du conseil de Brabant , et qui renfeime la relation de la venue de la Pucelle auprès du roi de France. On y lit entre auires cette phrase : a Elle annonce qu'elle-même , dans un combat devant Oiléans, sera blessée d'un trait, mais qu'elle n'en mourra pas. » Celte lettre est du 22 avril, et la Pucelle ne fut blessée que le 6 mai suivant.

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saire pour escorter le convoi ; mais on manquait d'urgent pour suider les troupes et pour payer les vivres, qu'on refusait de livrer à crédit, vu le mauvais état des affaires du roi. Le duc d'Aleiiçon retourna donc auprès de Charles, lui fit connaître que tout était prêt , et qu'il ne restait plus qu'à trouver l'argent. La chose n'était pas sans difficultés; on parvint cependant à s'en procurer , et les officiers de la maison du roi se rendirent à Blois pour payer les troupes et les vivres.

Jeanne d'Arc partit de Tours le 25 avril 1429 pour se rendre à Blois. Elle était accompagnée de l'archevêque de Reims, chancelier de France ; du seigneur de Gaucourt , grand maître de l'hôtel du roi, et suivie de toute sa maison. Charles lui avait donné l'autorité d'un général d'armée , et il avait défendu à tous les autres chefs de rien entreprendre sans la consulter, ni de tenir aucun conseil pour délibérer sur les opérations de la guerre, sans y appeler la Pucelle.

Les maréchaux de Rays et de Saint-Sévère de Broussàc, auxquels était confiée la conduite de l'expédition, arrivèrent bientôt à Blois. On y vit accourir aussi le brave Lahire , aussitôt que le bruit de celte expédition fut venu frapper ses oreilles.

Jeanne d'Arc séjourna à Blois deux à trois jours , parce qu'il fallait attendre que les vivres

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qu'on y amenait dans des bateaux fussent arrivés. C'est dans cette ville qu'elle se revêtit pour la première fois de ses armes. Se voyant enfin sur le point de commencer sa glorieuse expédition si longtemps retardée, elle voulut pénétrer les esprits du véritable caractère de sa mission , en montrant aux soldats réunis à Blois, et qui paraissaient n'avoir pas beaucoup de confiance en elle , que c'était de Dieu seul qu'elle attendait conseil et assistance. En conséquence , elle engagea un certain nombre de prêtres à accompagner l'expédition. Elle fit faire une bannière distincte destinée à ce bataillon sacré. Deux fois par jour , le matin et le soir, Jeanne faisait rassembler par son aumônier les prêtres de la ville autour de cette bannière. Là ils chantaient en l'honneur de la Reine du ciel des antiennes et des hymnes, et ^ prosternée au milieu d'eux, Jeanne d'Arc mêlait àleurs chants de ferventes prières. Les soldats témoignèrent bientôt le désir d'assister à ces pieuses réunions, mais elle ne le permettait qu'à ceux qui s'étaient approchés du tribunal de la pénitence. Sur ces entrefaites, le vaillant Florent d'Illiers, capitaine de Chàteaudun, arriva à Blois avec un certain nombre de guerriers intrépides qu'il avait rassemblés d'après les ordres du roi. Comme il avait une connaissance parfaite de l'intérieur et des dehors de la ville d'Orléans , on lui déféra le

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périlleux honneur de faire, avec sa petite troupe, la piennière tentative pour s'introduire dans la place et annoncer aux assiégés la nouvelle de la prochaine arrivée de la Pucelle.

Florent d'Illiers accepta avec joie cette dangereuse commission , et la remplit avec autant de bonheur que d'intrépidité. Le 28 avril, aprtis midi, il entra dans Orléans accompagné de quatre cents combattants , et au milieu des transports • joie des habitants, qui voyaient dans ce preni: secours un gage de leur délivrance prochaine.

Au reste, depuis que Ton commençait à compter sur l'appui de la Providence, la confiance semblait renaître de toutes parts. Quelques jours avant l'arrivée de Florent d'IUiers, plusieurs petites troupes de guerriers venant de divers côtés avaient pénétré dans la ville, et les Orléanais, en voyant ces braves ne pas craindre de s'enfermer dans leurs murailles , comprenaient que leur cause n'était pas désespérée.

Cependant les Anglais poussaient avec ardeur les travaux du siège. Ils avaient , peu de temps auparavant , achevé de fortifier l'église Saint- Jean-le-Blanc, située sur la rive gauche du fleuve, au-dessus des Tournelles. Ils avaient par là terminé la chaîne de forteresses et de redoutes qui , conformément au plan du comte de Salisbury, devait embrasser la ville entière. Pour l'intclli-

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gence des événements qui vont suivre, nous allons tracer ici un tableau de l'état de siège, et fixer la situation des différents ouvrages des assiégeants , d'après M. Lebrun des Charmettes.

i^oms des forts et des redoutes dont il est fait mention dans la chronique.

A l'occident.

La bastille de Saint -Laurent- des -Orgerilz, commencée le 30 décembre 1428, au bord du fleuve, à l'endroit où se trouve encore aujourd'hui l'église qui porte ce nom.

Le boulevard ou redoute de la Croix-Boisée, existant le 17 janvier suivant, situé entre la ville et la bastille de Saint-Laurent , à l'endroit où se trouve probablement aujourd'hui le carrefour formé par les rues Rose, Saint -Laurent, du Four-à-Cbaux et de la Croix-de-Bois.

La bastille de Londres, à l'endroit appelé alors les Douze-Pairs.

La bastille ou le boulevard du Colombier, ainsi nommée apparemment parce qu'elle avait été élevée à l'endroit où était le Colombier -Turpin , qui a laissé son nom à une rue renfermée aujourd'hui dans l'enceinte de la ville.

Le boulevard de la Croix-Morin, situé vraisem-

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blablement à l'endroit qu'on appelle encore aujourd'hui la Croix, presque au bout de la rue du Colombier.

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