‹ Histoire de Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 10 · JHESUS * MARIA · texte numérisé non relu

JHESUS * MARIA

« Comte d'Armignac, mon très chier et bon

(1) Je soupçonne que la phrase que j'ai soulignée n'existait pas dans l'original, et fut intercalée par les Anglais.

(2) Processus Joannis Puellae , manusc, de la Bibliot. du Roi,n° 5965.

3oO HISTOIRE

» ami , Jehanne la Pucelle vous fait savoir que » vostre message est venu par devers moy , le- » quel m'a dit que l'aviés envoie pardeça pour i) savoir de moy auquel des trois papes que man- :» dez par mémoire vous devriez croire : de lav quelle chose ne vous puis bonnement faire sa- » voir au vray pour le présent , jusques à ce que » je soye à Paris ou ailleurs à requoy; car je » suis pour le présent trop empeschiée au fait » de la guerre. Mes quant vous sarez que je » seray à Paris , envoyez un message pardevers » moy, et je vous feray savoir tout au vray au- » quel vous devrez croire, et que arây sceu par » le conseil de mon droicturier et souverain Sei- » gneur, le roy de tout le monde , et que en au- » rez à faire. A tout mon povoir, à Dieu vous » commans. Dieu soit garde de vous. Escript à » Compiegne le xxiie jour d'aoust (i). »

Il est bon de remarquer que je transcris ici ces deux lettres telles qu'elles sont rapportées dans les grosses du procès de condamnation de la Pucelle, signées et paraphées par les notaires greffiers du procès ; mais que Jeanne d'Arc a déclaré n'avoir pas dicté tout ce qui est écrit dans la seconde , et ne l'a reconnue qu'en partie. Elle déclara qu'elle avait été fort embarrassée

Processus Joannis Pnellac , manusc. de la Bibliot. du P-pi ; n° 5965.

DE JEANNE u'AKC. 3q1

sur ce qu'elle devait répondre , parce qu'elle avait cru que le comte d'Armagnac lui demandait auquel des trois papes Dieu voulait que lui, comte d'Armagnac , obéît ; mais que pour elle elle n'avait jamais été en doute sur ce qu'elle devait croire elle-même à cet égard , ayant toujours pensé qu'elle devait obéir au pape séant à Rome ; que quant à la réponse qu'elle promettait de faire plus tard, c'était sur une toute autre matière que sur le fait des trois pontifes ( déclarations qui semble indiquer que la lettre du comte avait elle-même été tronquée et altérée ), et elle a juré qu'elle n'avait jamais envoyé au comte aucune décision qui eût rapport à cette affaire (i). Il est d'autant plus probable que les ennemis de la Pucelle avaient en effet altéré ces lettres , que les originaux ne furent point produits ; le chef du tribunal déclare lui-même qu'il n'en fut lu que des copies (2).

Le roi se rendit à Senlis avec son armée (3), qui campa auprès de la ville (4). On ignore si cette ville opposa quelque résistance. Aussitôt que le roi y fut entré , il y établit un gouverneur et des officiers de sa création (5). Il parait que la

(1-2) Interrogatoire du ïer mars i43o.

(3) Histoire au vray, etc.; Alain Ghartier; JVlonslrelet.

(4) Déposition dWlbert de Urchiis.

(5) Histoire au vray, etc.

Pucelle resta dans le camp , car le chevalier Albert de Urchiis rapporte F y avoir vue , pendant deux jours , recevoir en même temps que le duc cFAlençon et le comte de Clermont , des mains de frère Richard, le sacrement de l'Eucharistie (1).

Jeanne d'Arc ayant désiré avoir un cheval de plus , propre également aux voyages et à la guerre , en parla au sire dé la Trémoille. Celuici , qui n'était pas très-scrupuleux sur les moyens à employer pour obtenir les choses nécessaires au service du roi , et qui probablement avait quelque motif particulier pour désirer vexer l'évêque de Senlis, imagina de profiter de cette occasion : il mit en réquisition la haquenée favorite de l'évêque , et l'envoya à la Pucelle. Celle-ci ne trouva point que cet animal pût remplir l'objet qu'elle s'était proposé ; quoiqu'il eût été estimé deux cents saluts d'or, et qu'on eût même donné un billet de pareille somme à l'évêque , il n'était point propre au service auquel il devait être employé , parce qu'il ne pouvait supporter aucune fatigue un peu prolongée. D'ailleurs , le bruit vint aux oreilles de la Pucelle que l'évêque était très-mécontent qu'on lui eût pris son cheval : cette raison seule eût suffi pour qu'elle ne voulût pas garder cette haquenée. Elle écrivit

(1) Déposition d'Albert de Urchiis.,

DE JEANNE D'ARC. 3g3

donc au prélat « Que il la réairoit , s1il vouloit, » et qu'elle ne valoitrien pour souffrir paine ». Bientôt après, elle la renvoya au sire de la Trémoille , pour qu'il la rendit à l'évêque. Mais elle n'a jamais su si la haquenée lui avait été en effet rendue , ou s'il avait été payé du billet de deux cents saluts qu'on lui avait d'abord remis. Elle soupçonnait même que ni l'un ni l'autre n'avaient eu lieu (i). Le caractère de la Trémoille rend cette dernière supposition infiniment vraisemblable.

Le duc de Bar rejoignit le roi à Senlis. Les damoiseaux de la Marche et de Piodenaty vinrent solliciter l'honneur de combattre sous l'étendard des lis (2). Les seigneurs de Moy et de Montmorency déposèrent à ses pieds l'hommage de leur obéissance , et renouvelèrent entre ses mains le serment de fidélité que leurs ayeux avaient fait à ses ancêtres (3). Pont-Sainte-Maxence, Ghoisy, Gournay-sur-Aronde , Remy-la-Neufville , Moynay, Chantilly, Sainctrines, et un grand nombre d'autres places ouvrirent leurs portes à ses hérauts d'armes (4). « Et pour vérité, se il , à » tout sa puissance , fust venu à Sainct-Quantin, » Corbye, Amiens , Abbeville , et plusieurs au-

(1) Deuxième interrogatoire du i4 mars i43o.

(2) Alain Chartier.

(3-4) Monstrelet.

» très fortes villes et forts chasteaulx , la plus )) grant partie des habitans d'icelle contrée es- » toient tous prestz et appareillez de le recep- » voir à seigneur, et ne desiroient aultre chose au » monde que de luy faire obéissance et plaine ou- » verture. Toutesfois, il ne fut point conseillé de » aller si avant sur les marches du duc de Bour- » gongne, tant pour ce qu'il le sentoit fort de gens » d'armes, comme pour l'espérance et attente » qu'il avoit que aulcun bon traicté et appoincte- » ment se fist entre eulx(i). »

Les intelligences qu'on était parvenu à se ménager dans la capitale ; l'exemple de tant de villes qui étaient venues d'elles-mêmes se ranger sous le sceptre paternel des fds de saint Louis ; l'inaction du duc de Bourgogne, et l'éloignement du duc de Bedford; tout faisait espérer qu'une tentative sur Paris pourrait être couronnée d'un heureux succès. Le roi résolut donc de se rendre sous les murs de sa capitale. L'armée quitta Senlis , et, le même jour, F avant-garde parut devant les portes de la ville sainte , dépositaire , depuis tant de siècles , des restes mortels de nos 25 août rois. Elle s'empressa d'ouvrir ses portes. «Le » vingt-cinquiesme d'aoust, » dit le bourgeois de Paris dans sa chronique quotidienne , « fut

(i) Monstrelet.

m JEANNE iVaRC.

» prinse par eux ( les Français ) la ville de » saint Denis ; et le lendemain couraient jusques » aux portes de Paris Et n'osoit homme yssir » pour vendanger vigne on verjus, ne aller aui >> marays riens cueillir ; dont tout enchery bien )) tost. »

Le gouvernement anglais de la capitale, effrayé de l'approche du monarque légitime , eut recours pour la seconde fois , dans un danger si pressant , à Tune de ces ressources banales qui , le plus souvent, loin d'affermir la fidélité' des peuples, encouragent à la désertion et à la désobéissance , en révélant la faiblesse des gouvernemens ; mais qui , il faut l'avouer , présentait pins de garantie dans ce siècle plus religieux que le nôtre , et dans une ville depuis long-temps signalée par sa haine et son horreur pour son roi.

(( Vendredi xxvie jour d'aoust , messire Loys ^^t

de Lucembourg, evesque de Theroenne et *429chanchelier de France , vint en la chambre de parlement , où estoient les presidens et conseillers des trois chambres dudit parlement, les maistres des requestes de Fostel, l'evesque de Paris , le prevost de Paris, les maistres et clers des comptes, les advocas et procureurs de céans, l'abbé de Chastillon , le prieur de Corbueil, M. J. Chuffart, M. Pasquier de Vaulz , le doien de Saint Marcel , le commandeur 'le Saint Anthoine , le trésorier de Saint

» Jaques de Fospital , le prieur de Sainte Kathe- » rine , le prieur des Jacobins ; le prieur des î) Carmes , le prieur des Celestins , le curé de » Saint Laurens , le curé de Saint Nicolas des » champs , le curé de Saint Medart , le curé de » Sainte Croix , les fermiers de la cure Saint » Andry des Ars, Jaques de Lor, M. J. Dufour, » M. Jehan Dieulefist , le curé de Saint Inno- » cent, M. J. de Bury, M. J. Talence , M. J. » d'Orches, J. de Rais dit Dynadam , M. Jeh. » Murray, M. P. Quirault, M. Jeh. Bonpain , » et plusieurs autres ; lesquelz , en suivant ce que » avoit esté juré par plusieurs habkans de ceste ;» ville de Paris en la présence des ducs de Bed- » fort , régent , et de Bourgongne , estans lors » en la sale de céans sur Seyne , ung jour avant » le dernier département du duc de Bourgon- » gne de ceste ville de Paris , et ce que depuis » avoit esté juré par plusieurs desdits habitans en » la présence dudit duc de Bedfort avant son » dernier partement de Paris : firent serment de » vivre en paix et union en ceste ville soubz fo- » beissance du roy de France et d'Angleterre , » selon le traitté de la paix.

« Ce jour , ledit chanchelier , en la présence » des gens des conseils du roy , estant lors en la- » dite chambre de parlement , commest mais- » tre Phelipe de Rully, trésorier de la Sainte » Chapelle et maistre des requestes de Tostel ,

DE JEANNE DARC? Ijy

» et maistre Marc de Foras, archid. de Thei- » rischc , maistre des comptes du roy, à recevoir » les sermens pareilz que dit est des gens d'c- » glise de Paris, séculiers et réguliers. Et len- » demain et les jours ensuivans, alerent lesditz » commis es chapitres et couvens et église de ;) ceste ville pour faire ce qui dit est.

» Et depuis a vaqué la court par plusieurs » journeez, et n'ont point esté assemblez céans » les presidens et conseillers pour ouyr les plai- » doieries , ne pour entendre à l'expedicion des » causes et procès en la manière acoustuméc : » mais seulement sont aucuns d'iceulz venuz en » la chambre de parlement , pour oyr requestes » de cause urgens et nécessaires, et pour pour- » veoir aux cas survenans à F occasion des gens » d'armes de messire Charles de Valoys estans en » plusieurs villes et cités environ Paris (i). »

Charles VII , arrivé à Saint-Denis, alla rendre d'humbles actions de grâces à Dieu, à la Vierge , aux apôtres de la France saint Denis, saint Rustique et saint Eleuthère, dans l'antique basilique où reposaient les rois ses ancêtres autour du tombeau de ces glorieux martyrs. Il déposa sur cette tombe sacrée , regardée alors comme le palladium de la France , les riches offrandes que les

i) Registres du parlement, yol. XV.

3g8 HISTOIRE

princes de sa maison avaient coutume de présenter, depuis un temps immémorial , à ces immortels protecteurs du royaume des lis (i). L'amazone sainte avait probablement accompagné le roi dans la visite qu'il était venu faire aux cendres de ses pères. On la supplia de tenir sur les fonts de baptême deux enfans nouveau-nés , que leurs parens désiraient placer sous la protection de l'envoyée du ciel. Elle y consentit (2) avec cette complaisance pleine d'aménité qui lui gagnait tous les coeurs. « Venoient les pouvres gens vou- » lentiers à elle , pource qu'elle ne leur faisoit » point de desplaisir, mais les supportoit à son » povoir (3). » Une foule de peuple se pressait sur son passage ; des femmes pieuses l'environnaient , et attachaient un grand prix à toucher à ses mains et à ses anneaux (4).

La douceur et la patience de la jeune guerrière ne se démentirent jamais que sur un seul point. Le vice et la débauche excitaient en elle une horreur si grande, qu'elle ne pouvait réprimer les transports d'indignation dont elle se sentait saisie à la vue des excès où s'abandonnait avec des femmes sans honte une soldatesque effrénée. Le bonheur rend l'esprit fort. L'ivresse des succès avait peu à peu enhardi cette multitude ignorante et

(1) Jacques Doublet, liist. des antiquités de Saint-Denis. (2-3-4) Interrogatoire du 3 mars i43o.

DE JEANNE D ARC. ijrm

sans mœurs, au point do braver otfVertement à cet égard et les ordres du roi et ceux de la guerrière sainte ; et l'exemple des chefs , livrés aux mêmes désordres, ne servait que trop à les encourager. On eût dit que ceux-ci cherchaient par la tolérance qu'ils accordaient là-dessus à leurs troupes, aussi bien que par les excès qu'ils se permettaient eux-mêmes, à faire mépriser l'autorité de la Pucelle , et à lui enlever à la fois l'attachement et le respect de l'armée. L'impudence et le cynisme des soldats devinrent tels , que Jeanne d'Arc poursuivit un jour l'épée à la main une femme qu'elle avait surprise au milieu des hommes d'armes , et que frappant sur eux et sur cette femme du plat de son épée, elle la rompit en deux (i), C'était justement l'épée mystérieuse qu'elle avait envoyé prendre dans l'église de Sainte - Catherine de Fierbois , et avec laquelle elle avait « fait tant de belles conquestes. » On la donna « à des ouvriers pour la refondre ; ce qu'ilz » ne peurent faire , ni ne la peurent oncques ras- » sembler. » La Pucelle parut très-sensible à la perte de cette épée. Le roi en fut lui-même « bien » desplaisant , luy disant qu'elle debvoit avoir » prins ung bon baston, et frapper dessus, sans » abandonner ainsi icelle espée , qui lui estoit

(i) Déposition de Jean, duc d'Alençon ; Jean Chartier, en deux endroits de son Hist. de Charles VII, etc.

» venue divinement ( i ). » Ce fait est raconté avec quelques différences par un poète contemporain :

« Ladite Pucelle , en allant ,

» Si rencontra devant sa vue ,

» Deux fillettes et ung galant

» Qui là menoient vie dissolue.

» Si frappa dessus rudement

» Tant qu'elle peut , de son espe'e,

» Et sur gens d'armes, tellement

» Qu'elle fut en deux pars couppe'e.

» De les batre n'estoit que bon ,

>> Et luy fut dit par l'assemblée ,

» Que devoit frapper d'ung baston ,

» Sans despecer sa bonne espée (2), »

Les chroniques ne sont pas d'accord sur le temps et le lieu où se passa cette action. J. Chartier la place d'abord immédiatement après la bataille de Patay, et ensuite ( sans se soucier de la contradiction dans laquelle il tombe avec luimême ) au moment où l'armée royale partit de Gien. Mais le récit du duc d'Alençon , témoin oculaire , qui met ce fait à Saint-Denis , doit remporter sur ces diverses assertions. La Pucelle le confirme même en quelque sorte dans un de

(1) Jean Chartier.

(2) Martial de Paris, Vigiles de la mort du roy Charles septiesnie.

DE JEANNE D'ARC/ /fOI

ses interrogatoires où elle dil avoir porto l'épée de Fierbois jusqu'à Saint-Denis (i). 11 est vrai quelle dit ensuite , clans le même interrogatoire, quelle avait porté cette épée jusqu'à Lagny, clans sa dernière campagne; mais ces variations n'avaient sans doute pour but que d'écarter ses juges de la vérité , qu'elle n'avait pas promis de leur dire , et qu'elle répugnait à leur révéler.

En se transportant par la pensée dans le siècle auquel appartiennent les événemens qui forment la matière de cette histoire , il est impossible de ne pas regarder comme très - important le malheur arrivé à l'épée de la Pucelle. Considère comme un présage , il était d'un funeste augure , et pouvait exercer la plus fâcheuse influence sur les dispositions de la multitude. Jeanne d'Arc sembla elle-même l'avoir pris pour un avertissement du ciel, qui, par cet accident, voulait lui faire entendre que sa carrière militaire était finie , sa mission terminée et son pouvoir détruit. Il paraît aussi qu'elle éprouva une douleur profonde , un repentir amer et une honte extrême , de s'être abandonnée à un mouvement d'emportement si peu conforme à sa bonté naturelle , à sa douceur ordinaire , et au caractère sacré dont Dieu avait un moment daigné la revêtir. Ce qui le prouve ,

(i) Interrogatoire du 27 février i43o.

/j.02 HISTOIIIE

c'est qu'elle ne voulut jamais s'expliquer devant ses juges sur ce qu'était devenue cette épée mystérieuse (i) , dont, à ce qu'il paraît, l'existence était encore pour les Anglais un sujet d'inquiétude , même long-temps après que la Pucelle fut tombée en leur pouvoir.

26 août Informée de l'arrivée du roi à Saint-Denis , la ville de Lagny députa vers lui le prieur de l'abbaye , Artus de Merry, et plusieurs des principaux habitans , « qui avoient ordre de remettre » cette ville de Laigny en son obéissance. » Charles les reçut avec sa bonté accoutumée , et ordonna au duc d' Alençon d'y pourvoir. Le duc y envoya Ambroise de Lore , qui fut accueilli avec les témoignages de la plus grande joie , et qui reçut le serment du peuple de vivre et de mourir fidèle à son légitime souverain (2).

11 paraît qu'il régnait beaucoup d'incertitude autour du roi sur le parti qu'on devait prendre relativement à la capitale , qui , loin d'envoyer des députés au roi, comme on s'y était probablement attendu, semblait disposée à se défendre. On crut devoir ne rien précipiter, et essayer la voie des négociations particulières. L'événement prouva qu'il aurait mieux valu profiter

(1) Interrogatoire du 14 février j43o.

(t.) Chronique sans titre.

ounnen-

du premier moment de surprise pour attaquer la ville, que de laisser à la masse du peuple le temps de revenir de son effroi. Le Journal du bourgeois de Paris , souvent cité dans le cours de cette histoire, nous fournit à ce sujet des détails curieux à recueillir.

« La première sepmaine de septembre Tan

x A * cernent de

» i429 •> les quarteniers, ebascun en son endroit, septembre

» commencèrent à fortifier Paris : aux portes ,

» de boullevars ; aux maisons qui estoient sur

» les murs affectées , canons ; queues pleines de

» pierres sur les murs ; redrecer les fossez de-

» hors la ville et dedans. Et en icelluy temps les

» Arminaz firent escrire lecti es scellées du scel

)) du comte d'Alençon , et les lettres disoient :

» A vous y prevost de Paris ^ et prevosi des mar~

» chans y et eschevins ; et les nommoient par

» leurs noms , et leur mandoient de salus par

» bel langaige largement , pour cuider esmou-

)) voir le peuple Tung contre l'autre et contre ♦

» eulx : mais on apperceut bien leur malice ; et

» leur fut mandé que plus ne getassent leur pa-

» pier pour ce faire , et n'en tint oneques

» compte. »

Les Parisiens étaient encore tellement aveuglés, que ni léloignement du duc de Bedford , ni l'abandon du duc de Bourgogne, ni les exactions de toute espèce qu'exerça le gouvernement

4ô4 HISTOIRE

anglais de la capitale pour tirer le plus <T argent* possible d'une ville qu'il se croyait à la veille de perdre , ne purent dessiller les yeux de ce malheureux peuple , jouet , dupe et victime de ses tyrans.

7 septembre « Mercredi, viie jour de septembre, oye la ltj29' « relacion de messire Phelipe de Morviller et

» de M. Fiichart de Chancey, prësidens, fu ap- » poincté que la somme de iiijxxiiij livres parisis, » mise en depostes mains de M. J. Coletierpar » Jacques Vivian , serait baillée au receveur de » Paris commis à recevoir les dcpostz, etc. si » comme plus à plain est contenu au registre » des plaids. Et est vray que lors, on faisoit )> prendre et lever de par le roy tous depostz , » et faire empruntz aux églises et personnes ec- » clesiastiques, bourgois et habitans de la ville » de Paris , pour paier et entretenir les gens » d'armes estans à Paris pour garder la ville et » les habitans d'i celle à F encontre des gens d'ar- » mes de messire Charles de Valois estans à » Saint Denis, et en plusieurs places environ » Paris (i). »

Aucun mensonge , aucune calomnie ne coûtaient aux Anglais pour maintenir ce peuple dans l'erreur funeste qui le faisait s'armer pour

(i) Registres du parlement, vol. XV.

de jeanne n\\r.c. 4°5

défendre ses chaînées; ils oseront publier « que » ledit messire Charles de Valois, fil/ du roy » Charles VIe, dernier trespassé , cui Dieu par* » doiut, avoit abandonné à ses gens ladite ville » de Paris, et les habitans d'icelle , grans ctpe- » tis, de tous estas, hommes et femmes; etqwàd » erat sua intentio redtgêndi ad aratrum urbém » parisiensem œhristpianissimis cwibus habita- » lam : quod non erat facile credendu.ni ; » c'està-dire , « et qu'il était dans l'intention de faire » niveler à la charrue la ville de Paris, habitée » d'un peuple très-chrétien : ce qui n'était pas » facile à croire (i); » et n'en fut cependant pas moins cru, comme le rédacteur de cette note le fait observer lui-même.

Cependant les Français venaient chaque jour faire des escarmouches aux portes de Paris, tant pour faire briller leur valeur que pour observer la contenance des Parisiens ; « là où furent faits » plusieurs biaulx faitz d'armes d'une part et » d'aultre (2). »

Louis de Contes , page de la Pucelle , se sépara d'elle à cette époque ; on ignore pour quel motif (3).

Enfin , les généraux résolurent de tenter une 7 septembn

(1) Registres du parlement, vol. XV.

(2) Histoire au vray, etc.

(3) Déposition de Louis de Contes.

4o6 HISTOIRE

attaque plus sérieuse. Jeanne a assuré qu'ils ne voulaient réellement que faire une vaillance d'armes devant Paris (i). Il est probable qu'ils se proposaient surtout de tâter les dispositions du peuple en déployant sous ses yeux des forces plus considérables, et en feignant de vouloir réellement donner l'assaut à la ville. C'est ce qu'indiquent les registres du parlement , dont le greffier rédacteur assure qu'ils s'approchèrent de la capitale , « esperans par commocion de » peuple grever et dommagier la ville et habi- » tans de Paris , plus que par puissance et force » d'armes. » Il paraît même qu'ils avaient dans la ville des gens prêts à les seconder en tachant de soulever les habitans contre les Anglais (2). Jeanne d'Arc , que Monstreîet accuse d'avoir engagé le roi à l'attaque de Paris , était si loin d'avoir donné ce conseil, qu'elle hésita beaucoup à condescendre au désir des chefs de guerre qui lui demandaient instamment de les accompagner (3). Elle consulta sa voix, qui lui dit de demeurer à Saint Denis , et elle voulait obéir à ce commandement; mais les seigneurs qui dirigeaient l'armée la forcèrent à les suivre (4).

(1) Interrogatoire du i3 mars au soir.

(2) ïlcgiilres du parlement, vol. XV.

(3) Interrogatoire du i3 mars.

'4) Interrogatoire du 22 février i43o.

DE m D ARC. /,,»-

Egoïsme bizarre, qui leur faisait user de contrainte pour conduire avec eux au mi lieu des périls de la guerre une pauvre jeune fille , en secret l'objet de leur haine et de leur jalousie, seulement pour animer le courage dos soldais, toujours remplis pour elle d'une confiance que rien ne semblait pouvoir détruire , confiance dont ces chefs ingrats voulaient bien recueillir les fruits , tout en méprisant , pour la plupart , l'héroïsme qui la faisait naître! Il est impossible de se défendre d'un mouvement d'indignation en faisant cette remarque , et de ne pas se rappeler ces malheureuses pythonisses que des prêtres cruels conduisaient malgré elles sur le trépied funeste, source mystérieuse des richesses dont ils étaient avides, mais où ces infortunées épuisaient leurs forces dans des agitations convulsives, et respiraient à longs traits le soufle de la mort (i).

La Pucelle , le duc d'Alençon , les comtes de Clei mont , de Vendôme et de Laval , les maréchaux de Rayz et de Sainte-Sévère (2), le seigneur de Montmorency (3), La Hire, Poton de Xaintraiîles (4), et un grand nombre d'autres

(1) Barlhélemi , Voyage du jeune Anacharsis.

(2) Histoire au vray , etc.

(3) Jean Ghartier.

(4) Histoire nu vray, etc.

4o8 HISTOIRE

capitaines, partirent de Saint-Denis le 7 septembre avec un corps de troupes considérable , et vinrent occuper le village de la Chapelle , qui était alors à mi-chemin de Paris à Saint-Denis,

« Paris n'était point tel, en ces temps orageux,

» Qu'il paraît en nos jours aux Français trop heureux.

» Cent forts ? qu'avaient bâtis la Fureur et la Crainte,

» Dans un moins vaste espace enfermaient son enceinte (1).»

On peut même avancer que ses murs n'embrassaient pas la cinquième partie de l'espace qu'ils renferment aujourd'hui.

Jeudi Le lendemain , jour de la nativité de la Yier-

8 septembre , N , , , . - ,

1429. g° (2) •> les généraux, jugeant apparemment la

porte Saint-Martin, la porte Saint-Denis et la porte Montmartre trop bien fortifiées pour qu'il y eut apparence de pénétrer par-là dans la place, conduisirent leurs troupes , qui montaient à plus de douze mille hommes (3) , vers le côté du couchant, et vinrent , entre onze heures et midi (4) , les ranger en bataille dans un vaste espace appelé marché aux pourceaux (5) , qui s'étendait alors entre la butte Saint-Roch ou des

(1) Voltaire, Henri 'ade , chant vi.

(2) Registres du parlement, vol. XV ; Journal d'un bourgeois de Paris.

(3-4) Journal d'un bourgeois de Paris.

(5) Histoire au vray , etc. > Registres du parlement ; Martial de Paris ; Vigiles de la mort du roy Charles septiesme.

DE JEANNE D'ARC, /jncj

Moulins tft la porte Saint-Honoré , située à Pendroit où la rue Traversière vient aujourd'hui se

joindre à la rue Saint-Honoré (i). La petite rue du Rempart, qui conduit maintenant de la rue Saint-Honoré au péristyle du Théâtre Français, tire sans doute son nom du voisinage où elle était alors des murs de Paris. L'enceinte qui défendait dans ce temps-là la capitale de la France était celle qui, commencée sous Charles Y, en 1367, avait été terminée sous Charles VI, en i383.

C'est de ce même côté que, deux cents ans plus tard , Henri IY vint établir son camp et commencer ses attaques contre ce malheureux Paris , destiné à méconnaître trois fois ses monarques , et à expier trois fois , par des flots de sang et de larmes , les crimes de quelques factieux et les erreurs de la multitude. Par une rencontre assez singulière , au milieu de ces capitaines qui venaient, en i429 » apporter sous les murs de Paris les enseignes de Charles YII , brillait Louis de Bourbon , comte de Yendôme , issu de Saint Louis, et d'où descendit en droite ligne ce même Henri IY, le premier des Bourbons qui devait s'asseoir sur le trône des lis.

Les généraux disposèrent leur artillerie en plusieurs endroits, et commencèrent à faire tirer vigoureusement contre les remparts de la pla-

(1) Anciens plans de Paris.

ce (i), et souvent même sur la ville (%) ; ce qui semble indiquer qu'une partie de cette artillerie était placée sur la butte Saint-Roch ou des Moulins, qui formait alors une élévation assez considérable. Une chronique l'appelle une grant butte (3); une autre va jusqu'à se servir, pour la désigner, du terme de montagne (4).

Une partie des habita as de Paris se précipitèrent dans les églises, où des prêtres vendus au parti anglais montèrent en chaire (5) , et les exhortèrent à rester fidèles à la haine qu'on leur avait inspirée pour leur roi. Le reste accourut sur les remparts, et vint prêter secours aux Anglais et aux Bourguignons chargés de la défense de la place (6) ; ils se montraient en foule armés de toutes pièces, « et faisoient porter plusieurs » estendars de diverses couleurs , et tournoyer , » aller et retourner à l'entour des murs par de- » dans, entre lesquelz il y en avoit ung moult » grant , à une croix rouge (7) » ; c'était probablement l'étendard d'Angleterre. Outre les chefs de guerre anglais laissés par le duc de Bedford

(1-2) Histoire au vray, etc.

(3) Jean Chartier, Hist. de Charles VII.

(4) Histoire au vray, etc.

(5) Pvegistres du parlement. «

(6) Registres du parlement; Hist. au vray , etc. -y Journal d'un bourgeois de Paris.

(7) Histoire au vray, etc.

DE JEANNI n \nc. /, | ,

à la garde de la capitale, les sires de Créqui et de nie-Adam, les che\alicrs Simon de Lalaing , Valérien de Bonncval et plusieurs autres « uo-

» tables chevaliers (i) , » y avaient élé envoyës parle duc de Bourgogne, et ne contribuaient pas peu à animer le peuple par leurs discours et par leur exemple.

Les Français avaient amené avec eux « très » grant foyson de charriots, chai cttes , et che- » vaulx , tous chargés de grant bourrées à trois » tiars, pour emplir les fossez de Paris ; et com- » mencerent à assaillir entre la porte Saint Ho- » noré et la porte Saint Denis; et fut Tassaul! » 1res cruel; et, en assaillant, disoient moult » de villeines paroles à ceulx de Paris (2).

» Aulcuns seigneurs Françoys se voulsirent » approucher plus rfrès , et par especial , le sei- » gneur de Sainct Yallier , dalphinois , lequel » feit tant que luy et ses gens allèrent bouter le » feu an boulevart et à la barrière Saint Ho- » noré. » La défense de ce poste avait été conf ée à des troupes anglaises , qui opposèrent d'abord la plus vigoureuse résistance; mais il fallut céder à l'impétuosité française , et « leur convint » re traire par celle porte et rentrer dedens Paris ; » par quoy les Françoys prindrent et gagnèrent

(1) Monstrclct.

(2) Journal d'un bourgeois de Paris,

4l2 HISTOIRE

)> à force la barrière et le boulevart (i). » 11 paraît que la Pucelle prit part à ce combat , et y signala sa valeur accoutumée ; car elle enleva, dit-elle , une épée à un guerrier du parti anglais devant les murs de Paris (2) , et c'est le seul endroit de l'attaque où les Français et leurs ennemis eussent combattu ce jour-là main à main.

« Et parce qu'ilz pensèrent que les Angloys » sauldroient (feroient une sortie} par la porte )) Sainct Denis pour courir sus aux François , » estans devant la porte Sainct Honoré , les » ducz d'Alençon et de Bourbon ( le duc d'A- » lencon et le comte de Clermont- fils du duc » de Bourbon) s'embuscherent derrière la mon- » tagne qui est auprès et contre celluy marché » aux pourceaulx ( la butte Saint-Roch ou des » moulins ) ; et plus près ne se pouvoient pas » mettre , pour doubte des canons , veuglaires » et coulevrines , dont tiroient ceulx de Paris » sans cesser. Mais ilz perdirent leur peine ; car » ceulx de Paris n'osèrent saillir hors la ville (3). » Le seigneur de Montmorenci fut fait chevalier en cet endroit, par F un des princes chefs de Palmée (4).

(1) Histoire au vray , etc.; Martial de Paris ? Vigiles le la mort du roy Charles septiesme.

(1) Interrogatoire du 17 mars i43o.

(3) Histoire au vray,»elc.

(4) Jean Chartier.

DE JEANNE D'ARC: /fI;)

« Pourquoi la Pucelle , voyant leur c

» maintien* délibéra de les assaillir au

» pied de leurs murs (i). Mais elle n'estoit pas

» bien informée de la grande eaue qui estoit es

» fossez ; et toutesfois il y en avoit aulcuns audit

» lieu qui le sçavoient bien, lesquelz , selon ce

» qu'on pouvoit considérer et conjecturer, eus-

» sent bien voulu par envie qu'il fust mescheu à

h icelle Jehanne (2). Neantmoins (3), environ

» deux heures après midy (4), elle vint àgrant

» puissance de gens d'armes (5) , et plusieurs

» seigneurs, entre lesquelz estoit le mareschai de

» Rays , qui tous , par belle ordonnance , se mi-

» rent à pied (G), portans longues bourrées et

» fagos, descendirent et se boutèrent es pre-

» miers fossés (7), esquelzn' avoit point d'eaue (8),

» où quel eulx esîans , elle monta le dos d'âne

» ( on appelait ainsi V espace étroit qui séparait

» le premier fossé du second ) , duquel elle des-

» cendit jusques au second fossé, et y mist sa

» lance en divers lieux, tastant et essayant quelle

(1) Histoire au vray, etc.

(2-3) Chronique sans titre.

(4) Registres du parlement.

(5) Chronique sans titre.

(6) Histoire au vray , etc.

(7) Registres du parlement ; Histoire au vray, etc.; Chronique sans titre

(8) Registres du parlement.

/fi4 HISTOIRE

n parfondeur il y avoit d'eaue et de boue ; en » quoy faisant elle fut grant espace (i). » Pendant ce temps , les soldats jetaient « lesditz bourrées y, et fagos dedens le fossé prochain des murs , )> esquelz y avait grant eaue (2), » et montraient la ferme résolution de tenter l'escalade des remparts.

« Et à celle heure , y ot dedens Paris gens af - » fectez ou corrompuz , qui esleverent une voix » en toutez les parties de la ville deçà et delà » les pons, crians que tout estoit perdu, et que » les ennemis estoient entrez dedens Paris , et ») que chacun se retrahist et fist diligence de soy » sauver. Et à celle voix, à une mesme heure de » Fapprouchement desditz ennemis , se despar- » tirent des églises de Paris toutez les gens es- » tans lors es sermons, et furent moult espou- » ventez , et se retrahirent les pluisieurs en leurs » maisons, et fermèrent leurs huys (3). »

Qu'on se figure en ce moment Isabeau de Bavière, cette reine avilie , cette mère dénaturée , cachée au fond de l'hôtel Saint-Pol, où elle vivait alors dans l'abandon et le mépris , entendant gronder contre les remparts de Paris les foudres de la vengeance , allumées par les ordres et peut-être de la main de son fils ; de ce

(1) Histoire au vray, etc.

(2-3) Registres du parlement.

DE JEANNE DAftC.

fils à qui elle avadl arraché la couronne , et dont elle sYlail déclarée l'implacable ennemie. !)<quel remords, de quel effroi devait-elle être

agitée ! Quelle pâleur mortelle dut se répandre sur le front sillonné par les ans , en dépit de toutes les ressources de l'art, de cette femme tour à tour frivole et cruelle, quand ce cri terrible, Tout est perdu , l'ennemi est dans Paris ! vint frapper son oreille, au milieu du tumulte et des malédictions d'un peuple épouvanté !

« Mais pour ce, n'y ot aucune autre commo- » cion de fait entre lesditz habitans de Paris ; » et demourerent à la garde et défense des por- » tes et des murs d'iceile ville ceulx qui estoient » députez ; et en ayde survindi ent pluisieurs au- » très desditz habitans , qui firent très bonne et » forte resistence aux gens dudit messire Char- » les de Valoys (i). »

Cependant Jeanne d'Arc , restée debout sur F espace étroit qui séparait les deux fossés , continuait, au milieu d'une grêle de traits, à encourager les soldats français et à les diriger dans leur travail. Son étendard était porté à côté d'elle par un guerrier qui lui avait toujours donné des preuves d'un rare courage , et d'une fidélité plus rare encore (2).

(1) Registres du parlement.

(2) Journal d'un bourgeois de Paris.

4l6 HISTOIRE

« D'un coslé et d'autre, eanons

» Et coulevrines si ruoient ,

» Et ne ve'oit on qu'emparions

» De flèches qui en F air tiroient.

» Adoncques Jehanne la Pucelle

» Se mist dans l'arrière fossé,

» Où fist de besongner merveille ,

» D'un courage en ardeur dressé....

» Boys, hays, fagotz, faisoit getter,

» Et ce qui estoit possible au monde,

» Pour cuider sur les murs monter ;

» Mais l'eaue estoit par trop parfonde (i). »

Les cris , les menaces , les injures des assièges , ne faisaient aucune impression sur F esprit de la jeune héroïne , résignée à tout ce qu'il plairait à Dieu d'ordonner sur son sort. <( Rendez la ville » au roy de France (2)! » criait-elle aux Parisiens. Les paroles que lui prête le bourgeois de Paris dans son journal , sont un peu différentes ; mais , outre que le discours qu'il mit dans la bouche de la Pucelle s'accorde fort peu avec le caractère de cette jeune fdle , attesté par une foule de témoins , elle a nié en avoir proféré les premiers mots ( rendez vous, de par Jliesus), les seuls qui aient été rapportés par ses accusa-

(1) Martial de Paris, Vigiles de la mort du roy Charles scplicsme.

(2) Interrogatoire du i3 mars if\Zo.

DE JEANNE d'aRC. , i ^

leurs, qui, rassemblant toutesles imputations dont

on cherchait à la noircir, n'auraient pus manqué de recueillir le discours tout entier que lui attrihue le bourgeois de Paris, si ce discours eût été conforme à la version générale. Je le rapporterai toutefois pour l'exactitude historique. « Rendez-vous , de par Jhesus , à nous tost ! » lui fait dire cet ennemi forcené du parti royal ; « car se ne vous rendez avant qu'il soit nuit, » nous y entrerons par force , veuillez ou non , » et tous serez mis à mort sans mercy ! » — « Yoire ! dist ung , paillarde , ribaulde ! et » traict de son ai balestre droit à elle , et luy » perce la jambe tout oultre (i). » Le greffier rédacteur des registres du parlement assure également que « entre les autres , fut blecée en la » jambe , de traict , une femme qu'on appelloit » la Pucelle , qui conduisoit l'armée avec les au- » très capitaines dudit messire Charles de Va- » lois (2). » Des chroniques du parti français, l'une dit « qu'un arbalestrier de Paris luy perça » la cuisse d'un traict (3) ; » une autre rapporte que « elle eut d'un coup de traict les deux cuisses » percées , ou au moins l'une (4). » Le chroni-

(1) Journal d'un bourgeois de Paris.

(2) Registres du parlement , vol. XV.

(3) Histoire au vray , etc.

(4) Chronique sans titre.

4l8 mSTOÏRE

queur bourguignon se contente de dire ,' sans entrer dans aucun détail , qu'elle « fut treffort navrée (i). » Jeanne elle-même , avoue , dans ses interrogatoires, qu'elle fut blessée devant Paris; mais elle ne dit ni comment , ni dans quelle partie du corps (2).

Ici le récit du bourgeois de Paris devient de plus en plus contradictoire avec les chroniques royales. Selon lui , à peine la Pucelle se sentit-elle atteinte, qu'elle s'enfuit; chose assez difficile , ce semble , quand on a une flèche dans la jambe. « Ce non ohstant , » disent , au contraire , les chroniqueurs du parti opposé , « elle ne s'en vouloit partir, et faisoit très grant » diligence de faire apporter et jecter fagotz et » boys en celuy fossé pour l'emplir , affin qu'elle » et les gens de guerre pussent passer jusques aux v murs (3). »

Reprenons le récit du bourgeois de Paris. L'animosité cruelle dont il est empreint donnera la mesure de la confiance qu'on peut avoir dans ses assertions. On serait tenté de soupçonner, à la couleur de son style, que ce chroniqueur anonyme appartenait à cette confrérie des bouchers

(1) Monstrtlet.

(2) Interrogatoire du 22 février i/[3o.

(3) Histoire ou vray, etc. -, Chronique sans titre ; Jean Çhartier -, Martial de Paris.

DE JEANNE dVrC.

de Paris, dont il prend le parti avec tant de tendresse en plusieurs endroits de son journal , < : qui s'étaient montrés si dévoués au duc de Bourgogne Jean le Téméraire. « Un aultre ( arbalé- » trier ), » dit-il, « perça le pié tout oultre à cel- » luy qui portoit son estendart ( V étendard de la » Pucelle). Quant il se sentit navré, il leva sa » visière pour veoir à oster le vire ton de son pié ; » et un autre lui traie t ( lui décoche une flèche ), » et le saingne entre les deux yeulx, et le navre » à mort : dont la Pucelle et le duc d'Alençon » jurèrent depuis que mieulx ilz aimassent avoir » perdu quarante des meilleurs hommes d'armes » de leur compaignie. L'assault fut moult cruel » de part et d'autre, et dura bien jusques à quatre » heures après disner, sans ce que on sceust qui » eut le meilleur. Ung pou après quatre heures , » ceulx de Paris prindrent cueur en eulx , et tel- » lementlesberserentde canons et d'autre traict; » qu'il leur convint par force reculer, et laisser » leur assault, et eulx en aller; qui mieulx s'en » pouvoit aller estoit le plus eureux. Car ceulx » de Paris avoient de grans canons qui gectoient » de la porte Saint Denis jusque par delà Saint » Ladre largement , qui leur gectoient au dos ; » dont moult furent espouvantez. »

Cependant Jeanne d'Arc, « obligée parla dou- » leur de sa blessure , et par la quantité de sang

» qu'elle répandait (i), » de quitter la place où elle avait si long-temps encouragé les troupes, en était descendue pour s'étendre par terre en un lieu plus à couvert (2) , « et demoura tout le » jour es fossez derrière ung dos d'asne , jusques » au vespres, que Richard de Thiebronne et » autres l'allerent quérir (3). » Soit que les chagrins qu'elle avait éprouvés précédemment , et le danger auquel on l'avait si long-temps laissée exposée , lui eussent fait ouvrir les yeux sur l'ingratitude et la jalousie des chefs , et que cette conviction eût porté le désespoir dans son âme ; soit que le premier échec essuyé en sa présence parles armes de son roi l'affligeât au point de lui faire désirer de n'y pas survivre , elle refusa de quitter cet endroit funeste , « et ne s'en vouloit retourner » ne retraire en aucune manière , pour prière et » requeste que luy feissent plusieurs. Par diverses » fois l'allerent quérir de soy en partir, et luy » remonstrerent qu'elle devoit laisser celle entre- » prinse , » puisqu'il n'y avait plus d'espoir d'entrer dans la ville , et que la nuit approchait (4). Toutes leurs instances furent inutiles , « jusques » à ce que le duc d' Alençon l'envoya querre , et

(1-2) Villarot, Histoire de France, tom. XIV.

(3) Monstrelet.

(4) Histoire auvray, etc.

DE JEANNE D'ARC. , i

» la feist retraire (i). » D'autres assurent qu'il « fallut que ledit duc d'Alençon L'allasl quérir, el .» la rame n as t luy mesme (2). » Il était alors dii ou onze heures du soir (3). L'armée se retira à la Ville tte (4) ou à la Chapelle (5), où elle campa au même endroit que la nuit précédente (6).

Tel fut le résultat de cette malheureuse entreprise des Français sur Paris. « Pou y conqueste- » rent , » dit le Parisien - Bourguignon , « se ce » ne fut douleur, honte , et meschef ; car plu- » sieurs d'eulx furent navrez pour toute leur vie, » qui par avant l'assault estoient tous sains ; mais » fol ne croit jà tant qu'il prent pour eulx le dy; » qui estoient pleins de si grant maleur et de si » malle créance, que pour le dy d'une créature » qui estoit en forme de femme avec eulx , que » on nommoit la Pucelle ( que c'estoit , Dieu le » scet), le jour de la nativité de Notre Dame, » firent conjuracion tout d'ung accord d'icelluy

» jour assaillir Paris Ainsi furent ilz mis à

» la fuite. Mais homme n'yssi de Paris pour les » suivir, pour paour de leurs embusches. Eulx » en allans , ilz boutèrent le feu en la grange des

(1) Histoire au vray , etc.

(2) Chronique sans titre ; Martial de Paris.

(3) Registres du parlement, vol. XV.

(4) Histoire au vray, etc.

(5) Chronique sans titre.

(6) Histoire au vray, etc.; Chronique sans tilre.

» Mathurins emprès les Porcherons , et mirent de » leurs gens qui mors estoient à l'assault, qu'ilz » avoient troussez sur leurs chevaulx , dedans » celluy feu grant foison, comme faisoient les » payens à Rome jadis. Et maudissoient moult » leur Pucelle , qui leur avoit promis que sans » nulle faute ils gaîgneroient à celluy assault la 3> ville de Paris par force , et qu'elle y geyi oit » {coucherait) celle nuyt et eulx tous, et qu'ilz » seroient tous enrichiz des biens de la cité ; et » que tous seroient mis, qui y mectroient auy> cune deffence, à l'espée , ou ars en sa mai- » son (i). » A travers beaucoup d'exagérations et d'impostures, on voit percer dans ce récit quelques vérités précieuses à recueillir. Il n'est pas en effet sans vraisemblance que, pour enhardir les troupes , les chefs de l'armée française eussent fait répandre que la Pucelle garantissait le succès de l'entreprise. On conçoit alors qu'une soldatesque irritée , changeant son idolâtrie en haine avec cette facilité qui est le partage du peuple de tous les siècles et de tous les pays, couvrît alors d'injures l'héroïne devant laquelle elle se prosternait la veille , et lui reprochât avec fureur une prophétie dont elle n'était pas coupable. Yu la force de l'enceinte dont Paris était alors environné , la profondeur de ses fossés , et

(i) Journal d'un bourgeois de Paris.

DE JEANNE D'ARC. /fo3

le nombre de ses défenseurs, il n'y avait réellement aucune apparence de réussir à y pénétrer sans le concours des habitans ; et on a vu de quoi esprit ils étaient animés. « Se pour cbascun » homme qu'ilz avoient lors ( lès Français), ilz » en eussent eu quatre , ou plus , aussi bien ar- » mez qu'ilz estoient, ilz n'eussent mie pris la- » dite ville de Paris par assault ne par siège, tant » qu'il y eust eu vivres dedens la ville , qui en » estoit lors bien pourveue pour long-temps ; et » estoient les habitans bien uniz avec les gens » d'armes de ladite ville pour résister à l'assault » et entreprise dessusdite (i). »

Il paraît que les Français abandonnèrent les chariots qui avaient apporté leurs fascines. Le Parisien anonyme , oubliant qu'il vient de dire que « Homme n'yssi de Paris pour les suivir, » pour paour de leurs embusches , » tâche de transformer ce fait en un avantage remporté par les Parisiens sur les Français pendant la retraite de ces derniers. « Leur charroy, » dit -il, « en » quoy ilz avoient amené leurs bourrées , ceulx » de Paris leur osterent; car bien ne leur devoit » pas venir, de vouloir faire telle occision le jour » de la sainte nativité de Notre Dame. »

On ne sut pas précisément à combien s'était

(i) Registres du parlement.

élevée la perte des Français. Leurs généraux avaient intérêt de la tenir secrète ; c'est probablement pourquoi on jeta dans les flammes un certain nombre de cadavres ; mais on ne peut douter que cette perte n'eût été considérable , et je ne pense pas qu'il y eût beaucoup d'exagération dans le rapport suivant : « Le lendemain y » vindrent quérir par saufconduit leurs mors : » et le hérault qui vint avecques eulx fut sar- » mente du cappitaine de Paris combien il y » avoit eu de navrez de leurs gens ; lequel jura » qu'ilz estoient bien quinze cent , dont bien » cinq cent , ou plus , estoient mors ou navrez » à mort (1). »

L'armée retourna le lendemain à Saint-Denis, où le roi était resté avec son arrière-garde (2). On ne peut ni comprendre , ni excuser l'inaction de ce prince pendant une attaque où sa présence, ce semble , eût été si nécessaire. Puisqu'on espérait qu'une partie des Parisiens pencheraient pour sa cause , n'était-il pas de la plus haute importance de leur montrer leur roi, l'olivier de la paix à la main? Oui sait, à la vue du petit-fds de saint Louis, de quels sentimens auraient été saisis les habitans de Paris les plus animes contre lui? Quel retour n auraient-ils pas pu faire sur le

(1) Journal d'un bourgeois de Paris.

DE JEANNE d'àRC. 4^

passé? quels remords ne se seraient pas réveillés dans leur sein? que de calomnies n'aurait pas effacées un mot, un regard de leur prince, de ce monarque paré de toutes les grâces de la jeunesse , fort de tout l'attrait de la honte , de tout l'ascendant du courage? Qui put donc l'empêcher de venir se mêler à ses guerriers ! La Trémoille paraît l'en avoir dissuadé. Un Sully l'y aurai! conduit par la main.

Plusieurs guerriers ne purent s'empêcher de dire qu'on n'avait manqué la prise de Paris que faute de constance et de courage , « et que s'ilz y » eussent esté jusqu'au matin , il y eust eu des ha- » bitans d'icelle ville qui se f eussent ad visez (i). » L'armée, au reste, en abandonnant l'entreprise, avait obéi aux ordres envoyés par le ministre la Trémoille (2).

Eclairée par ce qui s'était passé la veille , Jeanne renouvela ses instances auprès du roi pour obtenir la permission d'aller finir ses jours dans l'obscurité et la retraite (3). Cette démarche changea la disposition des esprits à son égard; au moment de perdre le secours de son dévouement , on en sentit mieux le prix ; peut-être aussi le roi , sensible à la reconnaissance , parut - il

(1) Histoire au vray, clc. ; Chronique sans titre.

(2) Alain Charticr.

(3) Viîlaret, Hist. de France, tom. XIV.

blessé du peu d'égards qu'on avait eu pour l'héroïne à laquelle il devait sa couronne. On fit donc tous les efforts imaginables pour la consoler et lui faire changer de résolution. « Fut moult v louée la Pucelle de son bon vouloir et hardy » courage qu'elle avait monstre , en voulant as- » saillir si forte cité, et tant bien garnie de gens » et d'artillerie , comme estoit la ville de Paris. » Et certes aulcuns dirent depuis que si les cho- )> ses se feussent bien conduictes, qu'il y avait )) bien grant apparence qu'elle en feust venue à » son vouloir (1). »

Les éloges des généraux ne pouvaient effacer du cœur de Jeanne d'Arc le souvenir de l'ingratitude dont elle avait pensé être victime , et des injures dont il paraît que les soldats l'avaient accablée , lorsqu' affaiblie par la perte de son sang et succombant à la douleur de sa blessure , on l'avait emportée mourante des fossés de la porte Saint-Honoré (2). Résolue à ne plus tirer l'épée pour des ingrats, la jeune héroïne, suivie du roi et des princes , alla se prosterner dans la basilique royale de Saint-Denis , devant l'autel dos martyrs protecteurs de la France (3), rendit grâces à Dieu , à la Vierge et à ces saints Mar-

(1) Hisloire au vray , etc.

(•2) Journal d'un bourgeois de Paris.

(3) Jacques Doublet, Hist. des antiquitez de Saint-Denis.

DE JEANNE D'ARC, fal

tyrs, des faveurs qu'ils avaient répandues sur elle (i), consacra ses armes à l'apôtre de la Fiance , et les suspendit à une des colonnes du temple , devant la châsse révérée où étaient conservés les débris humains de cet ange mortel et dr ses compagnons de gloire (2). « Ung blanc har- » nas entier à ung homme d'armes , avec une » espée, » la même que la jeune guerrière avait conquise sous les murs de Paris, composaient ce précieux trophée (3). L'épée tenait à une ceinture de buffle , « dont les annelets, garnitures, » et boucles des pendans, estoient d'or (4). »

La blessure de la Pucelle fut guérie au bout taseptem

de cinq jours (5), c'est-à-dire le i3 ou 14 sep tembre. Cependant, après qu'il eut été décidé dans un conseil tenu à Saint-Denis qu'il était à propos de ramener l'armée vers la Loire , le roi en partit dès le 12, laissant le commandement de cette place à Ambroise de Lore , sous les ordres duquel le chevalier Jean Foucault devait rester avec un certain nombre de gens de

(1) Jacques Doublet , Hist. des antiquitez de Sainl-Denis.

(a) J. Chartier, Hist. de Charles VII; la Pucelle, eu ses interrogatoires du 27 février et du 17 mars i43o ; Jacques Doublet, Hist. des antiquitez de Saint-Denis.

(3) Interrogatoire du 17 mars i43o.

(4) Jacques Doublet , Hist. des. antiquitez de Saint Denis. Cet auteur dit avoir vu et touché maintefois celte épée.

(5) Interrogatoire du 27 février i43o.

Lre 1439.

guerre (1). Comme la Pucelle partit avec le roî, il est évident qu'elle se mit en route avant d'être parfaitement guérie.

L'historien d'Angleterre indique le principal motif qui détermina Charles YII à retourner vers la Loire. L'armée française consistait, pour la plus grande partie, en volontaires qui servaient à leurs propres dépens (2). De semblables troupes aspiraient bientôt aux douceurs du repos; enrichies des dépouilles de l'ennemi, elles devaient désirer les rapporter dans leurs foyers, pour y jouir en sûreté du fruit de leurs exploits.

Selon Monstrelet, « le roy Charles, triste et » dolent de la perte de ses gens , s'en alla à Sen- » lis pour guérir et mediciner les navrez, » circonstances dont ne parlent aucune des chroniques du parti français. « Et lesditz Parisiens plus » que paravant se reconfermerent les ungs les » autres, promectans que de toute leur puis- » sance et povoir ilz resisteroienl contre icelluy » roy Charles , qui les vouloit comme du tout », destruire. Et peut bien estre , » ajoute sensément cet historien , qui n'est pas toujours si juste ni si pénétrant , « et peut bien estre que le crai- » gnoient, comme ceux qui grandement se sen- » toieht forfaitz par devers luy , en le ayant de-

(1) Histoire au vray, etc.

(2) Hume's lïistory ofEngland.

» bouté de ladicte ville; el avoient mis à mort )> plusieurs de ses feables serviteurs, comme ci» » autres lieux plus à plaiu est declairé (i). »

Le roi laissa une partie de son armée dans l'Ile de France et le Beauvoisis, sous le commandement général de Charles de Bourbon, comte de Clermont (2) , qui demeura à Beauvais avec l'archevêque de Reims, chargé de négocier la paix avec le duc de Bourgogne (3). J'ai déjà dit que le commandement de Compiègne avait été confié à Guillaume de Flavy ; le comte de Vendôme eut le gouvernement de Senlis ; celui de Creil fut remis à Jacques de Chabannes (4). Ces dispositions faites, le roi, selon le chroniqueur bourguignon, partit de Senlis et se rendit à Crespy , accompagné des grands seigneurs qui l'avaient suivi, et de la plus grande partie de l'armée.

Les chroniques du parti français font suivre au roi un itinéraire beaucoup plus vraisemblable ; car on ne voit pas quel intérêt pouvait obliger ce prince , décidé à retourner vers la Loire , à se diriger sur Senlis et sur Crespy , qui l'en éloignaient. Selon ces chroniques, Charles VII, parti de Saint-Denis le 12 septembre, se rendit directement à Lagny , où il passa la Marne ; de

(1) Monstrelet.

(2) Monstrelet; Alain Charlier.

(3-4) Monstrelet.

i3septem- Lagny à Provins, et de Provins à Bray , dont les

bre 1429. . . . .

habitans lui ouvrirent leurs portes et ou il traversa la Seine. Ceux de Sens ayant refusé d'imiter cet exemple , il alla passer l'Yonne à gué , un peu au-dessous de la ville , se rendit à Gourtenay, puis à Château-Regnard , puis à Montar- Findesep- <AS pUis à Gien (1), où il rentra en triomphe

tembre. & ' %. , . . , t

avec 1 amazone sainte , trois mois après en être parti pour Tune des expéditions les plus avantureuses dont notre histoire ait conservé le souvenir. On doit à Charles YII la justice de dire qu'il se montra généreux envers sa jeune libératrice ; on en trouve la preuve dans les mémoires de la Chambre des comptes, où l'article suivant est porté : « A Jehanne laPucelle, la somme de cinq » cens escus d'or fut baillée à diverses fois , de- » puis quatre mois auparavant , par le comman- » dément du roy, pour ses harnois et chevaux , » par lettres dudit roy, du 26 septembre 1429.»

(1) Histoire au vray , etc. -7 Chronique sans titre 5 Alain et Jean Chartier.

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