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gnonne , produirait sur les esprits ; on s'arrêtait aux maximes d'une politique vulgaire, quand il s'agissait de confondre tous les calculs de la politique. Mais Jeanne d'Arc, mieux inspirée, comme l'événement l'a prouvé , que tous les généraux et les conseillers du roi , persista toujours à soutenir qu'il fallait que le roi allât se faire sacrer et couronner à Reims. Elle donnait pour raison de son opinion que, quand le roi serait sacré et couronné, la puissance de ses adversaires irait toujours en diminuant, et qu'ils ne pourraient nuire ni à lui ni au royaume (i). Tout le monde finit par se ranger à son avis (2).
Cédant lui-même enfin au désir de la Pucelle, Charles lui promit d'entreprendre le voyage de Reims aussitôt qu'on aurait chassé les Anglais des places qu'ils occupaient encore sur la Loire, au-dessus et au-dessous d'Orléans. En conséquence, « il manda de toutes parts tous ses no- » blés » pour le suivre dans cette glorieuse expédition (3). La renommée semait partout le bruit des victoires de la guerrière , et l'enthousiasme que ces nouvelles répandait de proche en proche attira de tous les points des provinces res-
(1) Déposition du comte de Dunois.
(2) Dépositions du comte de Dunois et de Louis de Contes.
(3) Chronique sans titre.
DE JEANNE D ABC, ifa
tces françaises les chevaliers encore en état de porter les armes pour la cause sacre'e du roi et de la patrie.
L'amour et le respect du peuple pour l'envoyée du Seigneur ( car c'est ainsi qu'elle était généralement regardée par les sujets du roi Charles ) augmentaient de plus en plus , et se manifestaient par les témoignages les plus touchans. Des femmes vénérables par leur âge, se prosternaient devant elle malgré tout ce quelle pouvait faire pour l'empêcher (i). Par un mélange de dévotion et de cette curiosité naïve qui caractérise les peuples à demi-civilisés, beaucoup de personnes la priaient de leur laisser voir ses pieds et ses mains (2) , comme si elles eussent douté qu'une sainte pût être conformée comme une femme ordinaire. On les baisait avec respect (3), on baisait ses vêtemens (4), on baisait même les pieds de son cheval (5). Jeanne s'affligeait beaucoup de ces hommages excessifs ; il lui semblait que c'était une sorte d' adoration criminelle ; elle se fâchait même quelquefois (6) : mais que pouvait-elle faire? La crainte d'affliger ces bonnes gens par des paroles
(1) Déposition de Simon Beaucroix.
(2) La Pucelle , interrogatoire du 3 mars i43o.
(3) Déposition de maître Barbin , avocat du roi.
(4) La Pucelle, interrogatoire du 3 mars i43o.
(5) Déposition de maître Barbin.
(6) Déposition de Simon Beaucroix.
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trop sévères, retenait souvent sur ses lèvres l'expression de son mécontentement ; et maître Pierre de Versailles , qui se trouvait à Loches à cette époque , lui disant un jour « qu'elle faisait » mal de souffrir de tels honneurs qui ne lui ap- » partenaient pas, et qu'il fallait qu'elle s'en gar- » dât, parce que ces choses faisaient les hommes » idolâtrer. » — «En vérité », lui répondit-elle avec cette candeur et cette bonne foi qui formaient un des traits distinctifs de son caractère, « en » vérité , je ne saurais m'en garder, à moins que » Dieu ne veuille bien m'en garder lui-même (i).» Les êtres surnaturels dont Jeanne d'Arc se disait visitée inspiraient surtout la curiosité la plus vive ; on l'accablait là-dessus de questions indiscrètes. D'Aulon même, le sage et prudent d'Aulon , ne put résister au désir d'en savoir plus que les autres , et demanda à la jeune inspirée « qui » estoit sondit conseil ? Laquelle luy respondi » qu'ils estoient trois ses conseillers , desquelx » Tun estoit tousjours residamment avecques » elle ; l'aultre aloit et venoit souventefoys vers » elle et la visitoit ; et le tiers estoit celuy avec » lequel les deux aultres deliberoient. Et advint » que une fois entre les aultres , il qui parle » (d'Aulcm) lui priast et requist, qu'elle luy » voulsist ( voulut ) une fois monstrer icelluy
(i) Déposition de maître Barbin.
•» conseil : laquelle lui respondi qu'il n'estoit pas » assés digne ne vertueux pour icellny veoir. Et » sur ce , se désista ledit depposant de plus » avant luy en parler ne enquérir (i). »
Les préparatifs de la nouvelle expédition avançaient cependant avec assez de rapidité , et les troupes arrivaient de toutes parts. Jeanne d'Arc, qui ne perdait pas de vue une seule des révélations qui lui avaient été faites , et qui en avait eu de fort extraordinaires touchant la maison d'Orléans (2), pria le roi de lui laisser faire des prisonniers dans cette campagne , parce qu'elle espérait en avoir assez un jour pour acquitter la rançon du duc Charles (3).
Sur ces entrefaites un des frères de Jeanne *er Jui«
arriva auprès d'elle (4) pour partager la gloire
de ses travaux ; c'était sans doute Jean d'Arc , second fds de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée ; car, comme je l'ai déjà dit, Pierre d'Arc , troisième frère de la Pucelle , parti en même temps de \aucouleurs, était depuis long-temps auprès d'elle , et il ne paraît pas que Jacques d'Arc ait jamais consenti à laisser s'éloigner de lui Jacquemin, l'aîné de ses fds.
(1) Déposition de J. d'Aulon.
(2) La Pucelle, interrogatoire du i3 février i43o.
(3) La Pucelle , en l'interrogatoire du \i mars i43o.
(4) Lettre de Guy IV, sire de Laval, à ses mère et grand'mère.
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Apres les premiers morne ns , naturellement employés à se donner des témoignages mutuels du plaisir qu'ils éprouvaient à se voir , la conversation ne pouvait manquer de tomber sur le pays qui les avait vus naître.
« A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ï »
Jeanne d'Arc, qui semble avoir nourri dans son sein tous les sentimens nobles et vertueux , conserva toujours le plus tendre attachement pour le toit rustique , asile de son enfance ; elle ne se rappelait qu'avec émotion les riantes vallées , les rivages verdoyans de la " Meuse , les champs fertiles où elle avait tant de fois conduit ses troupeaux (ï), les forêts majestueuses où elle s'était si souvent retirée pour jouir de la fraîcheur de l'ombre, et se livrer, sans craindre d'être interrompue , au charme mélancolique d'une rêverie contemplative. Sans doute l'arbre antique des fées ne fut pas oublié parmi les objets qui revenaient en foule se présenter à sa mémoire ; elle en demanda peut-être avec intérêt des nouvelles à son frère , et il lui raconta qu'on disait dans le pays que c'était sous cet arbre mystérieux quelle avait pris son fait. Jeanne l'assura qu'on se trompait beaucoup, et témoigna un grand
(ï) Déposition du comte de Dunois.
DE JEANNE d'àRC. l53
éloignement pour tout ce qui pouvait ressembler à la magie (i).
Enfin tout se trouva prêt pour l'expédition/ Le roi voulait donnera Jean II, duc d'Alençon, le commandement en chef de Farinée (2), avec le titre de son lieutenant général (3), et Jeanne d'Arc désirait beaucoup que le prince raccompagnât dans cette campagne. Le duc ne demandait pas mieux ; il venait , dans cette intention , « d'acquitter ses ostages touchant la rançon ac- » cordée pour sa délivrance (4)- » Mais la duchesse, son épouse, Marie d'Armagnac, éprouvait les plus vives alarmes en le voyant prêt à s'éloigner. Elle dit à la jeune guerrière que le prince avait été long-temps prisonnier en Angleterre ; qu'il avait fallu exposer des sommes énormes pour sa délivrance , et que, si elle s'en croyait , elle le prierait de demeurer. « Ne crai- » gnez rien , madame , » lui répondit la prophétesse ; « je vous le ramènerai sain et sauf, et » aussi bien portant, voire en meilleur état, qu'il » n'est maintenant (5). » La duchesse laissa partir son époux sur cette assurance , tant les pro-
(1) La Pucelle, interrogatoire du 24 février i43o.
(2) Chronique sans titre.
(3) Déposition de Jean, duc d'Alençon.
(4) Chronique sans titre.
(5) Déposition de Jean ? duc d'Alençon.
messes de cette jeune fille avaient alors de crédit sur les personnes du plus haut rang. Le roi, dit une chronique du temps, « commanda expresse- » ment au duc d'Alençon qu'il usast et feist en- » tierement par le conseil d'elle (i). »
La lettre suivante, écrite précisément à celte époque par un des plus grands seigneurs du royaume , Guy , quatrième de nom , sire de Laval , à ses mère et aïeule , donnera une plus juste idée que tout ce que je pourrais dire de l'état des affaires et de la disposition des esprits au temps où se passaient les événemens qui nous occupent. L'antiquité du langage dans lequel -cette lettre est écrite, jointe à l'éloignement où nous sommes des faits quelle rappelle , peut en rendre la lecture pénible et l'intelligence difficile ; mais il me semble que ces légers inconvéniens sont bien rachetés , par le plaisir que tout lecteur amoureux de la vérité doit trouver à contempler ces précieux vestiges des temps évanouis , ces traces d'une existence fugitive, ces feuilles encore empreintes des sentimens d'une époque fameuse dans les fastes de l'histoire , et où respirent , pour ainsi dire , les désirs , les craintes et les espérances qui animaient, il y a quatre cents ans, le cœur d'un vrai chevalier français. Sans doute au moment où sa main , aujourd'hui consumée
(i) Histoire au vray, etc.
DE JEANNE D'ARC. ï55
et réduite en poudre , traçait ces caractères, il c'tait loin de penser que cet écrit, dérobé par l'effet du hasard à l'oubli et à la destruction , servirait quatre cents ans plus tard de document historique à Fauteur de la vie de Jeanne d'Arc , de l'héroïne qui faisait déjà l'objet de son admiration , qui ne jouissait encore que de la moitié de sa gloire, et dont il était loin de prévoir la fin tragique et prématurée !
« Mes très redoubtées dames et mères, de- )) puis que je vous escrivis de Saincte Catherine » de Fierbois , vendredy dernier, j'arrivay le » samedy à Loches , et allay veoir monsieur le Vendredi
. . , 3juim42g.
» daulphin {Louis XI) au chastel, à l'issue de samedi 4.
m vespres , en l'église collégiale , qui est très bel
)> et gracieux seigneur, et très bien formé et
» bien agile et habile , de l'eage d'environ sept
» ans (1) qu'il doibt avoir. Et illec vis ma cou-
» sine , la dame de la Tremouille , qui me feit
» très bonne chiere (accueil), et, comme on
» dit , n'a plus que deux mois à porter son enf-
» fant. Le dimanche , j'arrivay à Sainct Ai-
» gnan (2), où estoit le roy, et envoyé quérir et Dimanche 5.
» et venir de mon logis le sieur de Trêves , et
» s'en alla au chastel avec luy mon oncle , pour
(1) Il était né en 14*22 : donc cette lettre a dû être écrite et 1429.
(2) Petite ville sur le Cher, à environ neuf lieues E. N, de Loches.
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» signifier ( annoncer) au roy que j'estois venu ; » et pour sçavoir quant il luy plairoit que j'ai- » lasse devers luy. Et j'eus responce que j'y al- » lasse si tost qu'il me plairoit ; et me feit très » bonne chiere , et me dit moult de bonnes pa- >) rolles. Et quant il estoit allé par la chambre, » ou parlé avec aulcun aultre , il se retournoit » chacunefois devers moy , pour me mectre en » parolle d'aulcunes choses , et disoit que j'es- » tois venu au besoing, sans mander, et qu'il )) m'en sçavoit meilleur gré. Et quant je lui di- » sois que je n'avois pas amené telle compaignie » que je desirois , il respondit qu'il suffisoit bien » de ce que j'avois amené , et que j'avois bien » povoir d'en recepvoir greigneur {plus grand) » nombre. Et dit le sieur de Trêves à sa maison, » au sieur de la Chapelle , que le roy , et tous » ceulx d'environ luy , avoient esté contens des » personnes de mon frère et de moy , et que » nous leur revenions bien. Et jura bien fort » qu'il n' estoit pas mencion , que à ung de ses » amis et parens qu'il eust , il eust faict si bon » accueil, ne si bonne chiere, dont il n'est pas )> meshistre (peut-être chiche) de faire bonne » chiere , ne bon accueil , comme il disoit.
» Et le lundy me party avec le roy pour ve- » nir à Selles en Berry, à quatre lieues (i) de
(i) A l'est.
DE JEANNE D'ARC l5l
» Saine t Aignan ; et feit le roy venir au de- » vaut de luy la Pucelle, qui estoit de pa- » rayant à Selles : disoient aulcuns que ce » avoit esté en ma faveur , parce que ( afin que) » je la veisse. Et feit ladite Pucelle très bonne » chiere à mon frère et à moy, estant armée » de toutes pièces , sauve la teste , et te- » nant la lance en main. Et après que fusmes )) descendus à Selles , j'allay à son logis la veoir ; » et feit venir le vin, et me dist qu'elle m'en » feroit bien tost boyre à Paris. Et semble chose » toute divine de son faict, et de la veoir et de » l'ouyr. Et s'est partie ce lundy aux vespres de » Selles , pour aller àPvomorantin , à trois lieues » en allant en avant, et approuchant des adve- » nues, le mareschal de Boussac {Sainte Sévère) » et grant nombre de gens armez et de la com- » mune avec elle. Et la veis monter à cheval , » armée tout en blanc , sauf la teste , une petite » hache en sa main, sur un grant coursier noir, » qui à l'huys {porte) de son logis se demenoit » très fort, et ne souffroit qu'elle montast : et )) lors elle dist : — Menez le à la croix, — qui » estoit devant l'église , auprès au chemin ; et » lors elle monta sans qu'il se meust , comme » s'il fust lié. Et lors se tourna vers l'huys de » l'église, qui estoit bien prouchain, et dit en » assez voix de femme : — Vous les prebstres et P gens d'église , faictes processions et prières à
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» Dieu. — Et lors se retourna à son chemin, en » disant, — Tirez avant, tirez avant ! — son esten- » dart ployé , que portoit ung gracieux page » (Louis de Contes), et avoit sa hache petite en » la main ; et ung sien frère , qui est venu de- » puis huit jours ( Jean d'Arc ) , partoit aussi » avec elle , tout armé en blanc. Et arriva ce » hmdy à Selles monsieur le duc d'Alençon, qui » a très grosse compaignée, et ay aujourd'huy » gaigné de luy à la paulme une convenance. Et » n'est point encores icy veiiu mon frère de » Yendosme. J'ay icy trouvé F ung des gentilz- » hommes de mon frère de Chauvigny, pour ce )) qu'il avoit desja ouy que j'estois arrivé à )) Saincte Catherine ; et m'a dit qu'il avoit es- » cript aux nobles de ses terres , et qu'il pense » estre bientost par deçà. Et dist que ma sœur » est bien sa mye , et plus grasse qu'elle n'a ac- » coustumé. Et l'on dit icy que monsieur le con- » nestable ( Artus , comte de Richejnont , duc de » Bretagne après la mort de son frère ) vient » avec six cens hommes d'armes et quatre cents » hommes de traie t; et que Jehan de la Roche » vient aussi, et que le roy n'eut pieça (depuis » long-temps ) si grant compaignie que on es- » père estre icy ; ne oncques gens allèrent de » meilleure voulenté que vont à cette cy. Et » doibt cejourd'huy arriver icy mon cousin de » Raiz ( le maréchal) ; et croist ma compagnie ;
DE JEANNE D'ARC. iSo,
» et, quoy que ce soit, ce qu'il y a est bien hon- » neste et d'appareil. Et y est le seigneur d'Ar- » genton Fung des principaux gouverneurs, qui » me faict bien bon recueil {réception) et bonne » cbiere. Mais de l'argent , n'y en a il point à » la cour, que si estroictement , que pour le » temps présent je n'y espère aucune recousse » (secours) ni soustenue. Pour ce, vous, ma- » dame ma mère , qui avez mon sceau, n'espar- » gnez point ma terre par vente ne par engage » ( aliénation ) , ou advisez plus convenable à » faire , là où nos personnes sont à estre saul- » vez , ou aussi , par deffault , abaissez , et, par )) adventure, en cas de périr ; car si nous ne fais- » mes (faisons ) ainsi , veu qu'il n'y a point » de soulde ( solde ) , nous demourerons tous » seuls : et jusques icy nostre faict a esté et est » en bon honneur, et a esté nostre venue au roy » et à ses gens tous , et aussi aux aultres sei- » gneurs qui viennent de toutes parts , bien » agréable , et nous font tous meilleure chiere » que ne vous pourrions escrire.
» La Pucelle m'a dict en son logis , comme je » la suis allé y veoir , que trois jours avant mon » arrivée , elle avoit envoyé à vous , mon ayeule, » un bien petit anneau d'or, mais que c'estoit » bien petite chose , et qu'elle vous eust voulen- » tiers envoyé miculx , considéré vostre recom- » mandation (mérite et qualité), Cejourd'huy s juin 1429.
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» monsieur d'Alençon , le bastard d'Orléans » ( Danois ) et Gaucourt ( grand - maître de la » maison du Roi ) , doibvent partir de ce lieu de » Selles , et aller après la Pucelle. Et avez faict » bailler je ne scay quelles Jectresàmon cousin » de la Trimouille ( le ministre) et au sieur de » Trêves, par occasion desquelles le roy s'ef- » force de me vouloir retenir avec luy jusques » à ce que la Pucelle ait esté devant les places )> angleiches d'environ Orléans (i) : et est desja » l'artillerie pourveue ; et ne s'esmayd point » ( ne doute point) la Pucelle qu'elle ne soit » tantost avec le roy {quelle ne soit bientôt de » retour auprès du roi) , disant que lorsqu'il » prendra son chemin à tirer avant vers Pveims, » que je irois avec lui : mais jà Dieu ne veuille » que je ne le face et que je ne aille ( à Dieu )) ne plaise que Je nj aille pas), et entretant » ( autant) en dit mon frère. Et comme ( dit) » monsieur d'Alençon , ce que abandonné {cette » entreprise abandonnée) qui seroit celui qui de-
(i) Probablement les deux dames , mère et aïeule du sire de Laval, craignant que l'ardeur de ce brave chevalier ne l'exposât à périr dans une expédition qui pouvait être fort périlleuse , avaient supplié le roi, le sire de la Trémoille et le seigneur de Trêves, leurs parens , de le retenir à la cour jusqu'à ce que le premier succès de la Pucelle fut confirmé par de nouvelles victoires.
DE JEANNE D'ARC. l6l
» moureroit (i) ? Et pense que le roy se partira » ce jeudy ( jeudj prochain ) d'icy 9 pour s'ap- » proucher plus près de l'ost ( F armée ) ; et vieil- » nent gens de toutes parts chaque jour. Après » vous feray sçavoir , sitost qu'on aura aulcime » chose besongné, ce qui aura esté exécute'. Et » espère Ion que avant qu'il soit dix jours , la » chose soit bien avancée de costé ou d'aultre ; » mais tous ont si bonne espérance en Dieu, que » je croy qu'il nous aydera. Mes très redoub- » tées dames et mères, nous nous recomman- » dons mon frère et moy à vous, le plus hum- » blement que pouvons , et vous envoyé des blans » signez de ma main, affin, si bon vous semble, )) du datte de cette présente (sous la même date » que la présente) escrire aulcune chose du con- » tenu cy dedans à M. le duc ( au duc de Bre- » tagne ) , que lui en escrivez ( que vous puissiez » lui en écrire) ; car je ne luy escris oncques puis » (car je ne lui écrirai plus). Et vous plaise » aussi sommairement nous escrire de vos nou- » velles, et vous, madame ma mère, en quelle » santé vous vous trouvez , après les médecines
(i) Je soupçonne qu'il y a ici une faute de copiste, et qu'il faudrait lire : « Et autant en dit mon frère , et comme 9 monsieur d'Alencon , que abandonné [iiifdme) seroit » celui qui demoureroit. » C'est ce que je ne puis vérifier, n'ayant pas l'original sous les yeux.