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j^5 HISTOIRE
» au plus tôt à Reims prendre votre digne cou- » ronneî » L'évèque de Castres, entrant alors en conversation avec elle , lui demanda si c'était son conseil qui lui avait inspiré ce qu'elle venait de dire ? Jeanne répondit que oui , et qu'elle était fréquemment incitée à cela ( stimulata de hujusmocli ré ). « Ne voulez - vous pas », dit alors le prélat, « nous dire ici, en présence du roi, la » manière de votre conseil quand il vous parle ?» Jeanne d'Arc rougit à cette proposition. « Je con- » çois assez bien », dit-elle, « ce que vous voulez » savoir, et je vous le dirai volontiers. » Le roi prit alors la parole. « Jeanne », lui-dit-il, « vous » plaît-il bien déclarer ce qu'il demande, en pré- » sence des personnes qui sontici?»Elle répondit que oui, et continua à peu près en ces termes : « Quand il me déplaît en quelque manière , de » ce que je ne suis pas facilement crue des choses » que je dis de la part de Dieu, je me retire à » part , et je prie Dieu , me plaignant à lui , et » lui demandant pourquoi on ne croit pas faci- » lement ce que je dis. Et, ma prière faite , j'en- » tends alors une voix qui me dit : Fille de Dieu, » va, va, va, je serai à ton aide, va! Et quand » j'entends cette voix, j'éprouve une grande joie, » et voudrais toujours être en cet état. » En faisant ce récit, et particulièrement en répétant les paroles de la voix dont elle se disait assistée , la jeune prophétesse paraissait ravie dans une es-
DE JEANNE D'ARC. ï4y
pece d'extase, et elle levait les yeux au ciel avec une expression si vive et si touchante , que les assistans n en perdirent jamais le souvenir (i).
Cependant plusieurs princes du sang étaient d'avis que le roi n'entreprît pas encore le voyage de Reims , et commençât par essayer la conquête de la Normandie (2). Leurs raisons étaient plausibles : la Normandie , pleine de mécontens, était à la portée des forces du roi ; pour se rendre à Reims , au contraire , il fallait traverser la Bourgogne , une partie de la Champagne , s'éloigner du centre de la puissance royale , s'isoler de tout appui et de tout secours. L'intérêt du duc d' Alençon était qu'on commençât par la conquête de la Normandie , afin qu'il fût plutôt réintégré dans la possession des terres de son apanage ; et il est probable que de tous les princes du sang c'était celui qui conseillait le plus vivement d'adopter ce parti. On ne voulait pas voir que ce serait de ce côté que le régent anglais , instruit aussi bien que les Français de l'état des choses dans ce pays, porterait d'abord toutes ses forces ; on ne voulait pas voir que le succès des opérations de la Pucelle dépendrait en partie de leur témérité même; on ne mettait pas en ligne de compte l'impression que la cérémonie du sacre de Charles VII , au milieu de la puissance anglaise et bourgui-
(1-2) Déposition de Jeaa, comte de Dunois.